Lady Blackbird

Lady Blackbird au Studio TD | L’aura et la prestance d’une légende

Coiffée de son afro platine signature, Lady Blackbird a fait ses débuts montréalais hier soir au Studio TD, dans le cadre du festival Montréal en Lumière. Sa voix rugueuse et envoûtante a ensorcelé l’auditoire, évoquant l’impression d’avoir été témoin d’un moment exceptionnel.

Lady Blackbird, accompagnée de son ami et producteur Chris Seefried, a offert des interprétations épurées de titres de son premier album, ainsi que des morceaux inédits de son prochain opus à paraître.

La soirée a dégagé l’étrange sentiment de vivre un moment d’intimité avec une artiste qui aurait déjà fait ses marques depuis des décennies. Un peu comme si on avait eu l’occasion de voir Billie Holiday ou Grace Jones dans une salle de 300 personnes.

Mais qui est Lady Blackbird?

De Munroe à Lady Blackbird

Originaire de Los Angeles, Marley Munroe a consacré des années à tenter de percer l’industrie musicale, jonglant entre sessions de chanteuse de studio et spectacles dans les bars d’hôtels.

Puis, elle a entamé une collaboration en studio avec son ami et producteur Chris Seefried. Le premier enregistrement fut une interprétation a cappella du titre Blackbird de Nina Simone

C’est d’ailleurs ce titre de Simone qui a inspiré le nom sous lequel l’auteure-compositrice-interprète est désormais connue. Alors qu’elle écoutait Blackbird en studio, quelqu’un l’aurait spontanément surnommée « Lady Blackbird ».

Ainsi est née Lady Blackbird.

#BlackAcidSoul

Imprégnée du gospel de son enfance à l’église, du funk de Chaka Khan, de la soul de Tina Turner et du jazz de Billie Holiday, Lady Blackbird a collaboré avec Seefried pour créer un une identité sonore album qui transcende les frontières des genres. Seefried a même utilisé le hashtag #blackacidsoul à plusieurs reprises avant la sortie de l’album, annonçant ainsi la naissance d’un sous-genre musical.

Depuis la sortie de son album, Lady Blackbird fait sensation partout où elle passe. Mais que dire de sa performance sur scène?

Plus proche de la soul que du jazz

On décrit Lady Blackbird comme une chanteuse jazz, mais elle dégage davantage l’énergie d’une chanteuse de soul. Une forte émotion spirituelle et sensuelle se dégage de ses interprétations ancrées dans le funk, le blues et le gospel.

Avant même qu’un son ne s’échappe de ses lèvres, Lady Blackbird irradie une aura de légende. Elle s’avance lentement vers le micro, vêtue d’une longue robe noire ornée d’un col de fourrure et son afro caractéristique d’un blanc immaculé. Elle porte un chapeau évoquant une éclipse solaire, comme s’il était nécessaire de projeter un peu d’ombre sur cette figure lumineuse.

Mais toute cette mise en scène semblerait dérisoire si la performance n’était pas à la hauteur de cette aura de légende. Alors qu’elle entre sur scène et entame a cappella Solitude de Billie Holiday, le public est conquis en quelques secondes. On est rassuré, l’image, la voix et le charisme forment un tout.

Entre ensuite en scène Chris Seefried venu ajouter de la profondeur, parfois avec son jeu de guitare nuancé et texturé et parfois dans de très belles performances au piano à queue.

Ils ont présenté pas moins de quatre titres inédits de leur prochain album. Des joyaux encore bruts, certains en attente de peaufinage, certains destinés à évoluer tant dans leur titre que dans leurs arrangements musicaux.

Lady Blackbird a indiqué à propos de ce deuxième album lors d’une entrevue qu’il conserverait le son soul épuré caractéristique de la #BlackAcidSoul. Se définissant comme une femme queer de couleur, elle a également mentionné que les nouvelles chansons porteront un message résolument tourné vers l’émancipation des femmes.

Cette démarche est apparue évidente dans l’interprétation de No One Can Love. Un morceau puissant, inspiré des chants gospel, évoquant une atmosphère céleste. Un hymne au vrai amour, qu’elle chante en regardant sa partenaire assise au premier rang.

Le premier album fut un succès critique, le second en sera peut-être un populaire. Les nouvelles compositions ont des mélodies plus prononcées, leur conférant une saveur légèrement plus pop.

C’est notamment le cas sur Man On A Boat, un morceau sur la découverte et l’acceptation de soi, dont le refrain doux et accrocheur invite instantanément à chanter en chœur. Sur Matter of Time, Seefried ajoute de sa guitare une saveur funk très agréable. Enfin, nous avons eu droit à une version inédite de If I Told You, une composition country qui, selon Lady Blackbird, a peu de chance de figurer telle quelle sur l’album. On a donc eu le droit à une très belle version qui ne sera jamais pressée sur vinyle.

Une soirée intime pour privilégiés

Après cette incursion dans son prochain album, Lady Blackbird est revenue aux titres de son premier album Black Acid Soul.

Parmi les moments forts, mentionnons la reprise de Blackbird, dans une version bien plus proche de celle de Simone que celle de l’album Black Acid Soul. Seefried s’est contenté avec sa guitare de jouer un rôle semblable à celui des percussions dans la version originale, mais a agrémenté certains passages d’une tension par l’ajout de succincts accords d’un son de guitare distordu. Une interprétation magnifique de ce classique.

Un autre moment marquant a été son interprétation du titre Woman, qui a atteint la place dans le classement officiel UK Top 40 en 2022. Les couplets plutôt solennels sont entrecoupés d’un refrain très rythmé, ce qui en fait une chanson forte, accessible et accrocheuse.

Entre les chansons, Lady Blackbird fait preuve d’humour, souvent d’autodérision, et semble toujours apprécier l’instant présent, ce qui a donné de charmants moments d’intimité.

C’était sa première fois à Montréal, et on n’espère pas sa dernière. En sortant du Studio TD hier, on avait l’impression que son prochain passage sera grandiose, et que nous pourrons dire que nous étions parmi les privilégiés à avoir vécu ce moment unique d’intimité avec une légende en devenir. Qu’elle devienne ou non une légende, c’est l’impression qui se dégageait de la soirée, et que pour cela nous sommes reconnaissants.

 

Grille de chanson

  1. Solitude (reprise de Billie Holiday)
  2. Five Feet Tall
  3. Collage (reprise de James Gang)
  4. No One Can Love Me (titre inédit)
  5. A Man on a Boat (titre inédit)
  6. Matter of time (titre inédit)
  7. If I Told You (titre inédit)
  8. Fix It
  9. Blackbird (reprise de Nina Simone)
  10. Woman
  11. Feel it Coming
  12. It’ll Never Happen Again (reprise de Tim Hardin)

Encore:

  1. I Am What I Am (reprise de Jerry Herman)
  2. Lost and Looking (reprise de Lou Rawls and Les McCann)

 

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