crédit photo: Jordan Sully
Kery James

Kery James à l’Olympia | Des mots tranchants comme une dague

La légende du rap français Kery James donnait lundi un excellent spectacle, à son image : généreux et engagé. Des soirées comme telles nous rappellent à quoi devrait ressembler une performance de rap quand le public met la main au portefeuille.

L’aiguille de 21h vient de taper. Des « Kery » sont scandés en boucle dans une salle sombre. Les téléphones s’allument et les secondes sont longues. Vient l’attendu Kery James, accueilli comme un héros quand il est enfin illuminé par l’arrière. Le rappeur d’Orly entame la soirée avec 28 décembre 1977, texte qui évoque à la fois son immigration, sa jeunesse et son attachement marqué à l’Islam. Un point central du morceau : le racisme que le rappeur, sa famille ou simplement les immigrés ont subi. Pas juste un point central de ce morceau-là, en fait, un point central de l’univers et de la musique de Kery James en entier.

* Photo par Jordan Sully.

Leçon de rap

Sur scène, aucun beatmaker n’est à signaler : l’artiste français est entouré d’un claviériste, d’un percussionniste et de deux choristes. Le choix de l’instrumentation est simplement parfait : les longs textes de Kery James sont davantage adaptés à une ambiance intime et minimaliste qu’à une formule énervée.

Vêtu d’un complet noir, Kery James vient avant tout piocher dans ses classiques, dans cette rage enfouie et authentique. Mais toujours dans la sobriété : n’oublions pas la formule première du spectacle à respecter.

* Photo par Jordan Sully.

Sur Le poète noir, deuxième titre interprété dans la soirée, Kery James se permet d’insérer au milieu de la chanson une reprise du premier couplet d’Hier encore de Charles Aznavour. Et le choix n’est pas dû au hasard : rappelons que le légendaire interprète de La bohème avait dit sur un plateau télé qu’il estimait que Kery James était le chef de file des rappeurs au pays, et à quel point il trouvait que la poésie du rappeur était « française ». La chanson française d’antan et le rap, deux mondes culturels majeurs pour le pays dans son histoire, mais aussi si différents (ou peut-être pas, alors?). Critique envers l’État, mais critique envers les siens aussi à travers Constat amer : le rappeur remet tout en question, il ne se donne pas de limites.

Avant d’interpréter Amal, Kery James se positionne sur un pupitre disposé à la droite de la scène afin d’y réciter un discours sur la brutalité policière. Les derniers mots de ce message? Les noms et prénoms de Français qui ont péri à la suite d’altercations avec des policiers. Kery James répète cet exercice de discours quelques fois dans la soirée, ce qui apporte une belle variété à la proposition plus uniquement musicale, donc.

* Photo par Jordan Sully.

Les textes sont poignants, le public s’accroche aux lèvres de Kery James : qu’on soit d’accord ou non avec la vision crue du rappeur sur la société française, ce sont bien ce genre d’artistes qui nourrissent les débats et qui s’avèrent essentiels à l’industrie. Arrêtez de donner de l’attention à Gazo qui raconte à quel point il prend du plaisir à mêler drogues, sexe et violence, arrêtez de donner de l’attention à Koba LaD qui peine à faire rimer deux phrases intelligentes. Ils plaisent, oui, c’est vrai, surtout en spectacle, mais avec du recul, ils n’apportent absolument rien. Orelsan, Alpha Wann, Akhenaton ou Kery James : ce sont eux, les vrais poètes modernes.

Après l’interprétation de Je m’écris, en collaboration avec la chanteuse Zaho qui foule les planches de l’Olympia, Kery James présente Demain, encore une fois en duo avec l’auteure-compositrice-interprète algéro-canadienne, une inédite qu’il dit n’avoir jouée qu’une seule fois en concert auparavant.

* Photo par Jordan Sully.

Présentant Le Mélancolique, Kery James rappe ensuite Vent d’État, aux accents bien plus énergiques que la sobriété préférée en début de spectacle. Les membres du public arborent tous le signe V avec leurs doigts, le V de la paix, le V de la vérité.

En rappel, Kery James interprète sans surprise son tube Banlieusards. Le moment s’étire, s’étire, s’étire… un peu (beaucoup) trop, en fait.

Vous voyez, ces scènes finales dans les James Bond ou les Expendables, ce long crescendo où l’appartement explose, avant que l’immeuble n’explose (petit baiser romantique d’interlude), avant que le quartier n’explose (des flammes d’interlude, maintenant!), avant qu’un tsunami ne vienne frapper la ville, avant que, etc.

Ce genre d’instant interminable. Mousser une chanson sur 15 minutes en refaisant 12 fois le refrain, en ajoutant de longues présentations de chaque instrumentiste, des remerciements et autres, ça devient peu à peu un brin écœurant (dans le vrai sens du terme, pas l’expression québécoise).

Mais bon, au vu de la prestation sensationnelle offerte par l’artiste, on le pardonne. Le public non plus n’avait pas envie de laisser partir son Kery James. Balle au centre.

Des propres mots de l’artiste, l’Olympia a eu la chance d’assister à « un vrai concert de rap français » ce soir.

Et il ne semble pas s’être trompé, ce Kery James.

* Photo par Jordan Sully.

Grille de chansons

  1. 28 décembre 1977
  2. Le poète noir
  3. La vie en rêve
  4. Amal
  5. Lettre à la République
  6. Constat amer
  7. Comment ça va ?
  8. Ne grandissez pas trop vite
  9. Je m’écris
  10. Demain
  11. Douleur ébène
  12. Y’a pas d’couleur
  13. Le Mélancolique
  14. Vent d’État

Rappel

  1. Banlieusards

 

Photos en vrac

* Photo par Jordan Sully.

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