crédit photo: Maëva Acolatsé
Francouvertes

Francouvertes 2026 – Demi-finales – Soir 1 | C’est parti avec Noëm, Komēdza et Irdens Exantus

C’est le 25 mars dernier que se concluaient les sept rondes préliminaires de la 30e édition du concours-vitrine Les Francouvertes, au terme desquelles étaient dévoilés les noms des neuf demi-finalistes : Luan Larobina, Irdens Exantus, Mitaine, Spaghatt, Thalia Rosaura, Noëm, Komēdza, Chaude Chaleur et Fyore. Pour les demi-finales, on remet les compteurs à zéro au départ de la route vers la grande finale du 11 mai.

Sur la ligne de départ de cette première soirée de demi-finale, on retrouvait hier trois artistes aux saveurs soul, R&B et hip-hop : Noëm, Komēdza et Irdens Exantus. Tout juste avant leurs prestations,  le groupe Polémil Bazar, un ex-participant, est venu réchauffer la salle.

25 ans après avoir foulé les planches des Francouvertes, la même année que Loco Locass et Les Cowboys Fringants, Polémil Bazar a ouvert la soirée en revisitant le répertoire interprété lors de son passage aux Francouvertes. Le groupe a présenté son jazz manouche festif à la Brassens, porté par des textes engagés, malheureusement encore bien actuels, sur la politique et l’environnement. Après près de 20 ans sans avoir foulé une scène, si l’on a bien compris, ils ont livré une performance suffisamment convaincante, festive et énergique pour donner envie de les revoir sur scène, pourquoi pas dans un festival cet été.

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Noëm

Lors des rondes préliminaires, l’autrice-compositrice-interprète Noëm et ses musiciens se sont hissés dans le top neuf en faisant vibrer une « soul pop aux accents R&B, et parfois jazz ».

Noëm est donc venue présenter des compositions tirées de son album à paraître, sur lesquelles elle explore, avec son complice Olivier Girard, le deuil sous toutes ses formes : de son chez-soi, de son enfance et celui de sa grand-mère Louise. L’album à paraître portera d’ailleurs son prénom, nous a-t-elle confié.

L’écriture de Noëm est intime, honnête et directe. En évoquant sa grand-mère décédée, elle chante « J’ai mis tes cendres sous terre », une image simple et concrète, sans toutefois être dépourvue de poésie.

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Dès le premier titre, Les saisons tannées, Noëm et ses musiciens ont rapidement installé une ambiance jazz-soul bien incarnée. Une entrée en matière forte, nécessaire pour marquer les esprits après la performance festive et réussie de Polémil Bazar.

Ont suivi deux titres pop estivaux aux accents bossa nova, Quand je me noie et Louise, agréables à l’écoute, mais assez convenus musicalement.

Sur Hymne à l’orage, les envolées soul, assumées mais encore timides, ont suscité quelques réactions sensibles dans la foule. Noëm gagnerait d’ailleurs à faire preuve d’une plus grande assurance et à offrir une interprétation plus audacieuse de la soul qui sommeille en elle : cela ajouterait ce petit quelque chose qui manque pour marquer davantage les esprits.

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Beau et laid, ma préférée du lot hier, s’est distinguée par ses contrastes : des couplets R&B qui mènent vers un refrain plus rock, bien dosé. Sans toi a clôturé la prestation de Noëm sur une proposition musicalement plus ambitieuse, pas entièrement aboutie, mais rattrapée par une finale explosive mettant en valeur son registre vocal, appuyée par le solo de son complice et guitariste Olivier Girard.

Et puis non. Noëm n’a visiblement pas suivi le conseil de notre rédacteur en chef quant à l’utilisation du mégaphone sur scène, qui suggérait de le pointer vers la foule ou vers le micro afin que les paroles à amplifier soient bel et bien audibles. Brandi en permanence dans les airs, l’objet offrait des pauses certes très esthétiques, mais s’est révélé complètement inutile sur le plan acoustique.

Komēdza

Komēdza avait déjà démontré dans en rondes préliminaires « une prestance scénique charmante et naturelle qui tient à une aisance sans démonstration ». Hier soir, il en a ajouté une couche, comme s’il était possible d’en offrir davantage sans trop en faire, dans une performance musicale à la croisée du hip-hop, du R&B et de la soul, enrichie d’influences des rythmes d’Afrique de l’Ouest.

Dès les premières notes de ((Mdē kuKu)), guitare vaporeuse et groove de basse installent l’ambiance. Le Granbyen d’origine togolaise débute sa chanson dans la salle, tout de blanc vêtu, distribuant une rose avant de rejoindre la scène. Une entrée simple et originale.

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De son propre aveu, Komēdza exprime généralement peu ses émotions et passe par la musique pour dire ce qui l’habite. L’affirmation identitaire et artistique traverse d’ailleurs plusieurs de ses pièces, notamment ((AlioCha)) Bonus, avec « Ça mélange saveurs d’ailleurs à celles d’ici, comme un alliage », puis ((HainEux)), avec « C’est vrai, j’suis le méchant dans les histoires mal racontées ». Sur cette dernière, Komēdza a fait briller ses talents d’interprète, alternant paroles soufflées et rap rapide.

La deuxième partie s’est ouverte sur ((AzNav’)), en duo avec Sandrine Marin, son âme sœur musicale, qui lui a aussi présenté les musiciens l’accompagnant sur scène. Sa voix d’ange contraste magnifiquement avec la voix grave de Komēdza. La force d’interprétation de Sandrine Marin est d’ailleurs mise de nouveau en valeur un peu plus tard sur ((Seule (sans toi))), un autre duo où les deux voix se répondent et se mettent mutuellement en valeur. Après un couplet pop-rap, Marin déploie sur le refrain sa voix avec force et justesse, donnant à la pièce une belle intensité.

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Comme lors des préliminaires, Komēdza a invité Cadiem sur scène pour ((Cadence)), un titre débordant de swag porté par un duo, encore une fois, très bien réussi. Komēdza dit aimer la musique pour ses capacités de partage, avec le public comme avec ses collègues, et ça s’entend. C’est d’ailleurs dans ces moments qu’il est à son meilleur.

Avant la finale, Komēdza a invité le public à « être dans le bruit », une expression togolaise signifiant faire la fête. L’appel a été entendu : la salle s’est levée d’un seul mouvement et s’est mise à danser.

On apprendra plus tard en soirée que Komēdza s’est temporairement hissé en troisième position, ce qui, à cette étape-ci des demi-finales, lui laisse très peu de chances d’accéder à la finale. Peu importe le verdict, on espère ne pas avoir fini d’entendre parler de Komēdza, mon coup de cœur personnel de cette édition.

Irdens Exantus

Fort de sa deuxième place en rondes préliminaires, le Montréalais d’origine haïtienne Irdens Exantus a grandi dans la musique d’église, une filiation qui se ressent autant dans sa manière d’occuper la scène que dans l’intensité émotionnelle de ses pièces.

En ouverture, une bande sonore diffusant un discours de prédicateur se fait entendre, avant que le groupe n’entre en scène à travers la fumée. La musique laisse d’abord présager un titre percutant, taillé pour les grandes scènes, avant que la pièce Monnaie ne bifurque vers quelque chose de plus doux. Couplets rap, refrains feutrés, puis montée finale aux accents hip‑hop jazzés : la structure fonctionne, même si le flow, bien maîtrisé par moments, se révèle plus inégal.

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Plus de love s’enchaîne avec une grande fluidité, presque sans qu’on ne s’en rende compte, tant la transition est subtile. La pièce joue sur de nombreuses variations vocales, du lent au plus rapide. Sur Dream Team, Irdens Exantus impressionne par sa capacité à naviguer entre chant et rap sur une composition exigeante, marquée par de multiples changements de rythmes et d’intentions vocales.

Avec Codes, l’artiste revendique son droit de chanter en créole, rappelant que Montréal est une ville où tous parlent deux langues, voire plus : trois, quatre, cinq ou six. L’émotion est très présente, peut-être au détriment de la justesse vocale par moments. Vices & Porcelaine accélère ensuite le tempo sur un rap rapide, riche par son flow et relevé par un solo de guitare bien senti.

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Moment fort de la soirée : Mensonges a revisité de façon acoustique un « banger », publié jadis sous son nom, Denzel (comme d’ailleurs Monnaie et Dream Team), écrit en pandémie alors que le confinement l’avait éloigné de l’église, le déracinant et induisant en lui des idées suicidaires. La mise en scène, avec les choristes disposées en triangle autour de lui, fonctionnait pleinement, soutenue par de belles harmonies et un remarquable solo de guitare d’Antoine Tousignant.

Enfin, Danger est venu clore la prestation sur un climax dansant, une pièce R&B énergique qui appelle à ne pas avoir peur du danger, à résister à l’extrême droite et à faire changer la honte de camp. Une conclusion forte, à l’image d’une performance habitée, parfois irrégulière, mais portée par une réelle intensité.

Verdict

À l’issue de cette première soirée des demi-finales, Irdenx Exantus s’empare du premier rang, suivi de Noëm et de Komēdza.

Ce soir, Chaude Chaleur, Spaghatt et Mitaine monteront sur scène dans l’espoir de se tailler une place en finale.

Pour assister aux Francouvertes, en salle au Cabaret Lion d’Or ou de la maison, c’est par ici.

Palmarès

  1. Irdenx Exantus
  2. Noëm
  3. Komēdza.

Exclusion de la finale : aucune pour le moment.

Photos en vrac

Noëm

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Komēdza

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Irdens Exantus

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Polémil Bazar

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