Entrevue avec Héron | Cultiver son verger
Aujourd’hui même, Héron, projet néo-trad d’Henri Kinkead, lance Verger, son premier album en bonne et due forme. Prenant comme point de départ les traditions, Kinkead parvient à les adapter à son univers queer et à notre époque pour cultiver un jardin qui lui est propre. Entrevue.
« Verger, c’est vraiment ce que j’avais en tête quand j’ai commencé le projet, dit Héron, qui s’est surtout fait connaître par le grand public en 2023 en atteignant la finale des Francouvetes. Un hybride de trad et de folk, mais aussi de pop expérimentale et de rock indie, poursuit-il. Ça touche à plein de styles, et je trouve que c’est vraiment plus éclaté. C’est ça que j’avais envie de faire au début, mais je pense juste que je n’avais pas le vocabulaire pour ça. »
Si bon nombre d’artistes qui se passionnent pour un genre musical ou un instrument sont tombés dedans à l’enfance malgré eux, l’histoire est tout autre pour Héron : Henri Kinkead a commencé à parfaire sérieusement sa compréhension du folklore québécois pendant la COVID, découvrant un monde accueillant et diablement festif.
« Si tu t’intéresses à ce qu’ils font, ils ont vraiment envie de partager leurs connaissances et leur amour du folklore avec toi, lance Héron, un sourire aux lèvres. Après ça, quand les restrictions sanitaires ont été levées et que j’ai pu aller dans des veillées de danse, de les vivre et de voir le potentiel que ça a de rassembler des gens de différentes générations, de différents groupes… C’est good vibes à fond! »
Tu vas dans ces soirées-là, et tu vois à quel point il y a des jeunes, et y’a plein de jeunes queer aussi, des gars avec des jupes, autant ça que des messieurs-madames de 70 ans. Tout le monde crée des liens ensemble via la danse, et je pense qu’on a tellement besoin de ça en ce moment.
Dans la nouvelle galette, une chanson a particulièrement retenu notre attention : Bonaventure, une pièce folk mignonne comme tout entre le Blackbird de McCartney et Harmonie du soir à Châteauguay de Beau Dommage. À la fin de l’enregistrement, nous entendons les quelques secondes qui suivent la fin de la captation de la chanson : des rires dans le studio, des encouragements, de la fierté. Des sentiments humains, quoi, quelque chose que cette odieuse IA ne comprendra jamais.
« Je pense que de plus en plus, j’essaie de faire des trucs qui sont plus raw, avoue Héron. De pogner l’émotion, les imperfections, ça rajoute vraiment une chaleur, une vulnérabilité, une proximité. Et c’est ça, dans le fond, la chanson folk », continue Héron, qui se dit notamment influencé par les grands de la chanson comme Joni Mitchell, Neil Young ou encore Nick Drake.
Héron est donc fasciné par le folklore du Québec et ses subtilités, mais il puise également son inspiration dans la mythologie celtique. Justement, l’artiste de Québec a adopté une légende gaélique pour l’adapter en musique dans son album. Intitulée Echtra Condla, c’est sa chanson préférée du nouveau disque, estime-t-il.
« Je ne sais pas pourquoi ça me touche autant, mais je l’écoute, et ça me fait pleurer. C’est une adaptation d’une légende qui raconte l’histoire d’un prince qui fait le choix de quitter son royaume pour aller vivre dans l’autre monde avec une divinité féminine, raconte Héron. Je trouve ça tellement touchant, je trouve qu’il y a un gros parallèle à tracer, justement, avec l’idée de faire des choix de vie comme la queerness, le choix de faire une carrière artistique, puis toute l’insécurité qui vient avec ça, poursuit-il. J’ai l’impression que ça parle de ma vie, mais en même temps, c’est une légende… en tout cas. »
* Photo par Charlotte Rainville.
Inspiré par la chanson québécoise, le folklore celtique et le folk, Héron se dit également très influencé par… le reggaetón! Pas forcément dans les sonorités, mais plutôt dans la démarche.
« Même dans la genèse du projet, j’écoutais de la musique latine, du reggaetón, de la cumbia, des trucs “prodés” de façon très moderne, souffle Héron, précisant que des artistes comme Bad Bunny, Daddy Yankee ou Karol G ont rythmé sa période de confinement. En 2020, quand je commençais à penser au projet d’Héron, je me disais que c’était tellement cool que ces peuples-là fassent de la musique qui mette vraiment en valeur des rythmes traditionnels, que ça soit aussi populaire et qu’ils en soient aussi fiers. Et en même temps, que ça fonctionne super bien à l’international aussi! Je me suis dit “ce serait quoi si, moi, j’essayais de faire un truc du genre, mais à ma sauce, avec le folklore kéb”. »
Sans surprise, la discussion finit par tomber dans nos appréciations respectives du dernier spectacle de la mi-temps du Super Bowl, où Bad Bunny a offert une vitrine sans précédente pour la musique latine. La performance était colorée, une ode à la différence et à la fois à l’union, le tout saupoudré par des rythmes obligeant à se dandiner le derrière, même seul chez soi. Désolé, Kid Rock et Turning Point, mais il est clair que nous avons un gagnant en termes de divertissement cette année!
Héron emmènera son Verger sur scène pour deux lancements au mois de juin, d’abord au Théâtre Petit Champlain, le 5 juin, puis deux semaines plus tard à la Cinquième salle de la Place des Arts, dans le cadre de la prochaine édition des Francos. Billets par ici pour Québec, et par ici pour Montréal!
Héron promet un spectacle multidisciplinaire alliant gigue, conte, beaux costumes et, bien sûr, musique. Vous pouvez écouter sur Bandcamp son album Verger en suivant le lien juste ici.
* Héron à la finale des Francouvertes, en 2023. Photo par Pierre Langlois.
- Artiste(s)
- Héron
- Ville(s)
- Montréal, Québec
- Salle(s)
- Cinquième Salle, Théâtre Petit Champlain
- Catégorie(s)
- Conte, Folk, Folklorique, Francophone, Indie Rock, Pop,
Événements à venir
-
vendredi
-
vendredi
Vos commentaires