Alaclair Ensemble

Entrevue avec Alaclair Ensemble | Bonne Cueillette

La troupe de post-rigodon bas-canadienne Alaclair Ensemble offrait son quatrième album Les Frères Cueilleurs le 2 septembre dernier. Sors-tu.ca s’est entretenu avec Ogden (Robert Nelson) et KenLo pour jaser de cette nouvelle galette plus encrée dans le rap, d’évolution musicale et de mononcles.

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Les Frères Cueilleurs

Leur petit dernier, c’est une reconnaissance de l’esprit très fraternel que les six membres, Ogden, KenLo, Vlooper, Eman, Maybe Watson et Claude Bégin partagent, selon Ogden:

C’est un résumé de notre relation au sens où on est vraiment comme une petite famille, des frères, et on fait des opérations comme cueillir des choses. On cueille des idées, des sons, de la musique, des shows. On va cueillir une subsistance avec ça étant donné que c’est aussi un projet qui est né que d’un esprit ludique mais qui est aussi devenu quelque chose de plus sérieux avec une dimension gagne-pain.

Fidèles à leur Bas-Canada, le titre fait également référence aux militants indépendantistes Les Frères Chasseurs, une société secrète fondée par Robert Nelson (le personnage historique et non le rappeur) et les Patriotes lors de la deuxième révolte de 1838. Une société secrète possède toujours son propre appareil de communication, histoire de permettre à ses membres de communiquer entre eux sans que personne soit au courant de leurs activités: « Nous, on n’est pas Les Frères Chasseurs, on est Les Frères Cueilleurs. Clairement, on communique entre nous, on planifie des choses. On a nos codes, notre mythologie ».

Alaclair_frères cueilleursUn band, derrière les rideaux, c’est un peu comme une société secrète. C’est d’ailleurs l’impression que nous donne la pochette, où y figure les six Frères Cueilleurs connectés par un code de couleur autour de l’implorée feuille du Bas-Canada.

L’album, sous l’étiquette Septième Ciel, est une première pour le groupe: « C’est une nouvelle phase du projet Alaclair, où l’équipe qui travaille dessus a besoin d’être agrandie pour que le projet puisse continuer de grandir au lieu de juste rester à la même place. C’est plus la continuité du projet que la bifurcation du projet ». Pour Ogden, c’était organique de bouger dans cette direction.

Uniformiser l’absurdité

Alors que les précédentes galettes d’Alaclair Ensemble s’éparpillaient dans plusieurs styles différents, dans des zones d’absurde et d’inexploré, cet album se concrétise autour du rap. C’est un ensemble de 13 chansons plus directionnelles, plus uniformes: « C’était un but depuis le début, qui flowait naturellement dans ce que la vie nous a emmenés à faire, qui est de rapper sur des beats. On avait une approche un tantinet moins expérimentale, un peu plus tac-au-tac », explique KenLo.

Cet album, encré dans un seul genre, reste pourtant accessible à celui où celle qui ne s’y retrouve pas dans le rap. Les beats restent dans la tête, et les paroles sont toujours aussi fortes et entremêlées à la perfection. « En faisant ça on avait, sans nécessairement perdre de l’accessibilité, l’impression que les gens fans de rap allaient se sentir plus adressés », avoue Ogden. Les fans d’Alaclair, ayant majoritairement grandi avec la génération hip-hop, comprennent le rap, ses nuances et ses codes, qu’ils en soit fans ou non.

Même si les paroles flânent dans l’absurdité, on remarque une sobriété, un calme atypique: c’est nostalgique, ça nous parle d’accomplissement de soi. Il y a un aspect mélancolique et bluesy dans l’album. Les gars admettent ne pas avoir eu de thème au niveau des sujets, mais plutôt un penchant pour une certaine musicalité: « En touchant cette musicalité là, ça nous a peut-être inspiré des choses parfois un peu plus sobres que le besoin de tout le temps virer su’l top. Écrire sur un beat, peu importe le vibe avant de l’avoir entendu, t’emmène quelque part que tu le veules ou non. Tu n’avais pas prémédité le fait de peut-être sonner nostalgique ou mélancolique, mais ça t’emmènes là un peu tout seul », selon Ogden.

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L’esprit mononc’

Avec un album plus homogène vient aussi l’état d’esprit du mononcle. Sur Alaclair High, les gars ont fait la transition d’une gang de chums (GDC) à une gang de mononcs (GDM). KenLo nous explique que même en pleine jeunesse, l’eau coule quand même sous les ponts: « C’est reconnaître l’eau qui coule, dans un esprit de jeunesse, je me sens habité par ça. C’est une forme de rôle abstrait qu’on peut avoir à partir du moment qu’on reconnait qu’il y a quand même un peu d’eau qui a coulée ». Selon lui, c’est une mission de redonner de la gloire au mot « mononc' », ce n’est pas une référence péjorative ou archaïque.

Pour Ogden, c’est un état d’esprit, plus qu’un âge. Pour lui, le terme n’est pas une définition biologique: « Ça fait un petit moment que Alaclair on est là. Même nous, Les Frères Cueilleurs, on a des liens de plus en plus forts entre nous, il y a une camaraderie musicale qui a évoluée au fil des années. Étant donné que plusieurs membres du groupe sont maintenant dans leur vie personnelle des parents, les autres autour on se sent tous aussi concernés par la vie personnelle des autres, on devient des mononcs dans la réalité littéralement. C’est un peu une juxtaposition de nos vies personnelles et peut-être au sein du rap. On est pas entrain de dire qu’on est des vieux criss qui l’ont juste parce qu’ils sont vieux… En fait c’est vraiment parce que dans les soirées, on vire trop saouls et on fait des blagues déplacées ».

 

S’éparpiller dans des projets

Qui dit Alaclair Ensemble dit aussi Rednext Level, Eman & Vlooper, Claude Bégin en solo. Les membres du groupe s’éparpillent dans divers projets à l’extérieur d’Alaclair. Comment font-ils pour être aussi productifs? Pour Ogden: « Je pense qu’il y a une facilité avec le médium à être productif. Pour rapper, c’est juste une bouche, faire des beats et s’enregistrer. C’est beaucoup seul aussi, même quand tu es entrain de créer en groupe. On est tous des solistes au sein d’Alaclair ». Le rap, c’est un genre qui est compatible avec beaucoup de productivité.

Même que, les multiples projets hors Alaclair leurs permettent d’être plus dédiés au projet: « Quand on revient de tous ces projets-là, avec Alaclair, on fait la part des choses. Tu peux décider de ce que tu as envie de faire comme projet et ce que tu as envie de faire avec Alaclair. Alaclair n’est plus l’unique endroit où tu dois répondre à tous tes besoins en tant que créateur ». Pour Ogden, c’est une liberté de création agréable qu’il a découvert alors que tous les membres se sont relancés également dans des projets personnels. Le fait de s’éparpiller semble avoir permis une ligne plus directrice pour Les Frères Cueilleurs.

Quand on crée autant, l’inspiration vient de partout, selon KenLo, qui dit s’inspirer du rap du sud des États-Unis. Pour Ogden, c’est la bonne vieille mentalité sportive du rap qui l’influence, plutôt qu’un artiste en particulier: « L’inspiration vient de notre héritage commun de jeunesse, d’avoir écouté beaucoup de rap. C’est une inspiration qu’on allait pas chercher nécessairement dans l’année où on a créé l’album, mais c’est un genre d’inspiration que tu vas chercher dans ta personne. La chanson Les infameux articule bien cette idée, chanson qui fait référence à The Infamous du groupe Mob Deep. Chaque membre du groupe y reprend un verse classique du rap américain, en franglais, un hommage au rap de leur part.

Sur scène pour l’automne

Ce qui s’envient pour Alaclair Ensemble à l’automne, c’est des spectacles au Québec, notamment avec L’Osstidtour, une tournée aux côtés de Koriass et Brown. Le trio du rap québ sera de passage à Québec le 27 janvier 2017 et à Montréal le lendemain. C’est une tournée à ne pas manquer, d’autant plus que les gars d’Alaclair ont la réputation d’être très impressionnants sur scène, et qu’ils travaillent présentement sur les artifices à y inclure: « On essaye toujours d’emmener du nouveau. Quelqu’un qui a tout vu reconnaitra peut-être certaines choses, mais clairement il va y avoir du neuf aussi », explique Ogden.

La scène, c’est leur terrain de jeu, leur bonbon. La boucle étant bouclée au spectacle, il s’agit en fait d’une consécration des chansons, vécues avec leur public en live, où l’artiste devient spectateur: « On a la chance d’aimer ça assez pour que ça soit plus excitant que stressant. C’est un grand dialogue la musique, le spectacle d’autant plus. Nous, on a particulièrement du plaisir quand on sent la foule impliquée. La musique qu’on fait est beaucoup basée sur les paroles, donc la participation du public est facile. Avec le temps, on a réalisé qu’on a un fanbase qui connait dangereusement bien nos lyrics. Il arrive des moments où tu es mieux de pas fuck up parce que les gens vont s’en rendre compte! »

Ogden et KenLo nous quittent avec des conseils minceur:

La minceur c’est dans la tête, et commencer la journée avec de l’eau citronnée tiède, ça aide à faire baisser le niveau d’acidité dans le corps.

Maintenant, aussi bien écouter la nouvelle galette Les Frères Cueilleurs juste ici.

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