Bells Larsen

BleuBleu 2026 – Jour 2 | De la douceur, des légendes et un gros party

Ce n’est pas le jour du Seigneur, mais on commence tout de même notre journée à l’église en ce vendredi de BleuBleu.

Pas tant pour y prier, quoi que la musique de Bells Larsen soit effectivement d’une douceur divine, mais pour y écouter les versions live d’une poignée de chansons tirées du magnifique album de l’artiste, Blurring Time.

Un album-concept à travers lequel Larsen est en duo avec lui-même; on peut y entendre des jeux d’harmonies entre sa voix féminine pré-transition et sa nouvelle voix, masculine, post-transition d’affirmation de genre.

Malgré que son nom commence à circuler pas mal, Bells, très humble, avoue être surpris de l’importance de la foule – une église presque sold-out – présente pour l’entendre.

« Je vois qu’il y a des gens au balcon, y’a-tu quelqu’un qui peut prendre une photo? Mon père va être content. »

S’ensuit une performance très communale (c’est sûr que l’ambiance ecclésiastique aide à ça) où l’artiste mélange anecdotes, chansons acoustiques en open tuning rappelant parfois Elliott Smith ou Sufjan Stevens, et petites blagues. Ma préférée?

« Paraît que pour enlever le trac, il faut imaginer le public en sous-vêtements. L’autre fois je suis allé à un bareoké, à Montréal. C’est un karaoké où les gens se mettent en sous-vêtements. Puis depuis… je sais plus si ça me soulage. »

On tangue doucement au rythme de la délicate guitare, on ferme les yeux par moments, puis on se lève et on applaudit très, très fort.

Son père va être content.

On renfile nos bottes à douilles (bottes de pluie, pour les non-Beaucerons) et on marche jusqu’à l’autre type d’église qu’on a au Québec : l’aréna.

Là nous attend l’inverse de la performance presque chuchotée de Larsen. On peut déjà le deviner à voir le nombre de musiciens qui attendent sur scène l’arrivée des trois grandes dames qui s’apprêtent à nous en mettre plein la casquette avec leurs voix.

Elles. Pas juste le pronom, Elles, le trio. C’est ça, le nom.

Elles sont Luce Dufault, Kim Richardson et Lulu Hughes.

C’est genre les Avengers québécoises du soul et du blues. L’une a chanté aux côtés de Stevie Wonder, l’autre avec Barry White, puis la troisième, ben c’est Luce Dufault.

Malgré la formule « chansonnier » qui peut parfois donner un air cheapette à ce type de spectacles (vous souvenez-vous de Forever Gentlemen, le trio composé de Garou, Corneille et Roch Voisine? J’ai pas vu le concert, mais j’ai vu les affiches dans le métro de Paris et je peux assurer que ça, c’est cheapette), Elles réussissent à garder la classe tout en ayant une mise en scène chorégraphiée où chacune a droit à son moment pour briller.

De Etta James à Aretha Franklin à Fleetwood Mac à, un peu étrangement, Simon and Garfunkel, toutes les grandes voix y passent. On couvre même quelques morceaux gospel, pour poursuivre la thématique d’église installée plus tôt.

Elles impressionnent par la puissance derrière leurs cordes vocales, leur justesse, leur aisance, le tout appuyé par le talent de leurs musiciens qui ont franchement l’air des Dap-Kings québ.

Fou d’être encore capable de pousser la note comme ça à leur âge vénérable. Moi, j’ai 36 et le dos me bloque si j’éternue.

Faut vraiment que je me remette au gym.

À défaut d’être près d’un Éconofitness à ce moment, j’opte plutôt pour aller danser. Fait que c’est direction la plage de Carleton pour la soirée SAT & MUTEK où Melek, Korea Town Acid et Jamvvis se partageront les platines.

Je mentirai pas, c’est toujours tricky de faire la critique d’une performance de DJ. Le beat était bon, les transitions étaient smooth. C’est surtout la foule, au final, qui donne la critique en temps réel. Et là, le verdict était : on est sur le party, on s’en fout de la pluie, on danse.

Et n’est-ce pas là une meilleure expression de l’appréciation d’un spectacle que n’importe quels de mes humbles mots.

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