Ping Pong Go et Patche au Grizzly Fuzz | Hors des sentiers balisés
Le 5 novembre, le Grizzly Fuzz accueillait deux formations qui, chacune à leur manière, se jouent des frontières stylistiques. Le choix de réunir Ping Pong Go et Patche pour une même soirée s’avère particulièrement judicieux. Malgré des univers sonores bien distincts, les deux groupes ont en commun de brouiller les repères, de déplacer les frontières musicales et d’inviter le public à sortir de ses habitudes d’écoute.
Avec ses sept claviers répartis entre Vincent Gagnon et Lysandre Ménard, accompagnés de Cédric Martel à la basse et de P-E Beaudoin à la batterie, Ping Pong Go ne fait pas dans la demi-mesure. La formation déploie une véritable déferlante sonore, dense, abrasive et saturée d’effets. La voix, elle aussi transformée par les traitements électroniques, devient une matière musicale à part entière, se fondant dans les textures et les lignes mélodiques.
Le groupe revendique une appartenance au jazz, mais son univers évoque tout autant le punk, le grunge, le métal et même le disco. La relecture d’Un Poco Loco de Bud Powell en témoigne : la mélodie demeure reconnaissable, mais le groove est complètement métamorphosé, propulsé dans une direction nettement plus musclée. Quelques clins d’œil au langage jazz surgissent ici et là, notamment dans les solos de clavier, sans pour autant faire basculer l’ensemble dans une esthétique jazz conventionnelle.
Au milieu de cette déferlante, un moment retient particulièrement l’attention. Lorsque Vincent Gagnon enfile gants et lunettes, le dispositif prend tout son sens : il s’apprête à jouer avec son instrument laser aux allures de thérémine. L’effet visuel, jusque-là discret, devient partie intégrante de la performance. Ce passage presque magique offre un précieux contraste avec l’intensité sonore qui caractérise le spectacle. À un autre moment, le groupe rend hommage à Chubby Taylor en faisant entendre un court extrait enregistré de ce roi du scat humoristique. Un clin d’œil savoureux qui rappelle aussi les racines vocales et ludiques du jazz.
Après cette première plongée dans un univers sonore particulièrement chargé, Patche transforme rapidement la scène en laboratoire électroacoustique. Les artistes manipulent machines et dispositifs électroniques, tandis que la basse et la batterie viennent ancrer l’ensemble. Les projections abstraites complètent ce paysage sonore aux accents berlinois, underground et électriques. Les basses fréquences ne se contentent pas de remplir l’espace : elles traversent littéralement le corps et donnent à l’expérience une dimension presque physique.
Au-delà de leurs propositions musicales, ces deux formations rappellent aussi la richesse d’un milieu où les collaborations et les amitiés nourrissent la création. On reconnaît cet esprit de gang qui caractérise la scène musicale québécoise : des artistes qui se croisent, s’entraident et prennent part aux projets les uns des autres, tout en faisant rayonner leurs propres démarches. Les reconnaissances ne manquent d’ailleurs pas, qu’il s’agisse de la nomination de Ping Pong Go à l’ADISQ ou de Patche, nommé Révélation Radio-Canada 2026-2027.
Deux univers singuliers, deux façons d’explorer le son autrement, mais une même liberté artistique. Cette soirée rappelle qu’il n’est pas toujours nécessaire de rentrer dans les cases pour offrir une expérience musicale stimulante. Parfois, c’est précisément en s’en éloignant que les rencontres les plus intéressantes se produisent.
- Artiste(s)
- Patche, Ping Pong Go
- Ville(s)
- Québec
- Salle(s)
- Grizzly Fuzz
- Catégorie(s)
- Avant-garde, Electro, Experimental, Indie jazz, Jazz,
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