Le fantôme dans la machine

«Le fantôme dans la machine» au Théâtre Duceppe | La pièce de théâtre hantée

Après plusieurs incidents insolites, Le Fantôme dans la machine, de la prolifique autrice Fanny Britt, est finalement présentée chez Duceppe. La pièce, qui porte son titre en référence à l’album de The Police Ghost in the Machine, semble vraisemblablement hantée ; après que le manuscrit ait disparu de l’ordinateur de l’autrice en 2023, le système d’éclairage a fait défaut à la première médiatique la semaine dernière, empêchant l’équipe de présenter les trois quarts du spectacle.  Peut-être est-ce le prix à payer quand on invoque les fantômes?

Avec Le Fantôme dans la machine, Fanny Britt utilise sa matière biographique plus que jamais. Son grand frère étant décédé dans un incendie en 1997 à l’âge de 21 ans, elle est partie de cet évènement pour s’imaginer une réalité altérée, où son double, autrice de sagas historiques romanesques, revoit son frère mort 30 ans plus tard, par l’entremise d’une émission de retrouvailles, et converse avec lui en live à la télévision. Puis comme dans le conte de Charles Dickens avec Mr Scrooge, deux autres fantômes se matérialisent à elle ; le frère réussi, celui qui ne serait pas mort et qui aurait été vivre à Dublin, et le frère raté, celui qui devient toxicomane et conspirationniste.

lfdlm duceppe dannytaillon 25202* Photo par Danny Taillon.

À travers ces rencontres, l’autrice, qui est aussi la narratrice, finit par questionner son rapport au deuil, à sa culpabilité d’être vivante alors que lui est mort, et constate que peu importe le scénario, elle ne peut pas éviter le deuil et la souffrance. Cette dernière thématique est abordée vers la fin, mais pas forcément approfondie, de sorte qu’on reste sur notre appétit, comme si la narration était plus expliquée que vécue sur scène.

Le plus intéressant du spectacle demeure l’écriture de Britt. Cette façon de questionner les vivants à travers les défunts, avec beaucoup de sensibilité et de douce dérision, est très digeste, malgré qu’il s’agisse de la mort d’un proche. Elle exploite aussi beaucoup la question de la mémoire, des souvenirs que l’on chérit et embellit de ceux qui ne sont plus, mais aussi de la mémoire déformée au profit de la fiction pour les créateurs d’histoires.

lfdlm duceppe dannytaillon 24838* Photo par Danny Taillon.

Anne-Élisabeth Bossé est charmante en autrice décontenancée par les apparitions, mais elle semble toutefois moins à l’aise physiquement dans le décor composé d’une plateforme mobile rappelant un gros gâteau rond étagé. Christophe Levac, Simon Lacroix et Patrice Dubois sont tout à fait convaincant, malgré une mise en scène d’Alexia Burger parfois moins claire. La structure étagée semble sous-exploitée, et semble se perdre dans l’immensité d’un cyclorama éclairé de couleurs uniformes, qui aurait pu profiter à des projections plus élaborées. On consent que le choix de rester minimaliste est délibéré, l’équipe s’étant inspiré d’une esthétique de l’Angleterre et de l’Irlande de la fin du 19e siècle pour les costumes des fantômes, mais il manque tout de même un peu de crémage pour que le gâteau soit parfaitement équilibré.

La pièce dégage une aura moins mystique qu’il n’y paraît, mais demeure un texte intéressant soulevant des questions philosophiques importantes : est-ce que les morts influencent les vivants, et est-ce que le contraire est aussi vrai? Si on pouvait retirer nos drames de la ligne du temps, est-ce qu’ils se reproduiraient autrement de toute façon? Est-ce que le frère de Fanny Britt est un esprit tannant qui trafique les machines?

Jusqu’au 28 novembre 2026 chez Duceppe à Montréal, puis en tournée au Québec de janvier à mars 2027.

lfdlm duceppe dannytaillon 24920* Photo par Danny Taillon.

Événements à venir

Vos commentaires