Francos de Montréal 2026 – Jour 3 | Thomas Fersen et la pêche d’un soixantenaire
Qui de mieux que cet inclassable artiste hexagonal pour ouvrir la grande porte du festival montréalais le plus fièrement francophone ? Celui que l’on reconnaît à sa voix d’orateur, initiateur depuis les années 1990 de chansons débordantes d’imaginaires sans limite, a littéralement bondé Le Studio TD, du parterre au plafond ! À 63 balais, aucune poussière d’ennui sur l’auteur-compositeur-interprète à qui l’on doit Le Bal des oiseaux et (1993), Le pavillon des fous (2005) et son petit dernier, Le Choix de la reine duquel est extrait l’irrésistible Blasé qui ouvrit le concert.
Parmi les fans de toutes générations se faufilent aussi des parents et leurs enfants rigolant comme à une récréation avant d’entrer dans la salle. Le concert s’annonce bon enfant, car chez Fersen, aucune poussée de critique acerbe sur le monde, si ce n’est une désinvolture innée héritée de son âme juvénile. L’homme sobrement vêtu d’un chapeau-feutre porte un regard espiègle et joue avec le public. Il adore raconter de petites histoires pour nous sortir de la réalité, de sa banalité. Ainsi, on voyage avec lui dans son élan de folie au Bois de Boulogne pour une virée nocturne. On le suit après minuit, un lundi, dans sa quête à trouver un bouquet de fleurs. Il nous fait flipper avec la mort, s’infiltrant chez lui sous un long manteau sombre. Et nous fait trembler d’un effroi contrôlé derrière les barreaux. Une manière de se raconter avec des personnages et une légion d’animaux – de la chauve-souris au chat botté, au chien qu’il se doit de caresser pour plaire à sa dulcinée.
L’humour et la poésie sont un terrain de jeu pour le grand gaillard.
Fersen est d’un autre monde, à la bonne heure, et ses chansons s’enchaînent sans aucune altération. L’artiste est déjà moderne par sa posture d’être à part. Ce qui l’anime nous éjecte hors du temps pour une thérapie musicale portée par l’essence du Trio SR9 – trois musiciens percussionnistes de Lyon maîtrisant les sonorités marimbas, vibraphone et piano avec qui le dernier opus fut enregistré, compagnons de route sur la tournée. Tout au long du spectacle – le dernier d’une longue série – Nicolas Cousin, Paul Changarnier et Alexandre Esperet font montre d’une complicité avec le chanteur, épousant les formes de son environnement ludique et perché sur les sommets du rêve. Sans entracte, durant une heure 45, le répertoire défile avec les sensations gustatives de la bonne chère de l’interprète. On déguste à sa table des loukoums, en chantant ce refrain accrocheur de « Dugenou » tiré de l’album Qu4tre en 1999 : « Mon p’tit lu, Ma colombe, Mon Jésus, Mon loukoum Ou ma Fève. » Charmeur de ses dames, le chanteur sait séduire par son air impénétrable, relatant ses souvenirs de conquête avec prose et délicatesse.
Peu bavard à son propre sujet, comme à son habitude, Fersen conclura son tour de chant en évoquant sa longue absence de neuf ans de la métropole. Sans trop s’épancher. Aura de mystère sur un artiste acclamé que l’on attendait comme un pote disparu et qui a largement tenu promesse.
- Artiste(s)
- Thomas Fersen
- Ville(s)
- Montréal
- Salle(s)
- Le Studio TD
- Catégorie(s)
- Chanson, Festival, Poésie,


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