Ludo Pin
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Entrevue avec Ludo Pin | La sérénité d’un nouvel album

C’est un retour après une « pause nécessaire », nous dit l’artiste aux yeux rieurs. Ludo Pin s’est fait connaître en 2008 avec la chanson doucement funk « 3 Secondes » (sur l’album « Ludo Pin »), puis en 2013 avec l’album « Paris-Montréal », écrit dans l’avion entre ses deux pays de cœur. Puis, quatre ans après « Les moyens du bord », le chanteur revient avec « Nos jours ne sont plus les mêmes », un opus aussi intime qu’essentiel. Alors que le lancement de ce quatrième album se fera au Ministère le 11 février prochain en compagnie de Navet Confit et de Mat Vezio (entrée gratuite sur réservation), Sors-tu a accueilli Ludo Pin dans ses bureaux, afin de discuter avec lui de l’album et de son processus de création.

Prendre le temps de créer

Comment mûrit l’idée d’un nouvel album, quatre ans après le dernier? Petit à petit, sans pression ni rush. À la fin de la promo de Les moyens du bord, Ludo Pin se sentait brûlé. « C’était comme la fin d’une histoire. Et à la fin de ça, je me suis dit : « faut que j’prenne un break, que j’arrête un peu de me mettre la pression à sortir des disques. » Le besoin d’une pause s’est fait ressentir, pour calmer le jeu, profiter de la vie familiale qui se construisait, et pour revenir avec plein d’envies et plein d’idées.

Nos jours ne sont plus les mêmes a été écrit dans un cocon, enregistré en home studio avec trois fois rien, mais avec une volonté créative et artistique intacte. « Ça fait 20 ans que je veux sortir un album comme ça. Je vais prendre le temps que ça prendra pour l’écrire. » Être détaché des complications financières apaise beaucoup le processus de création. Pour Ludo Pin (qui travaille dans une bibliothèque lorsqu’il n’est pas en train de composer), il ne doit plus y avoir de stress de l’écriture, de la sortie d’un album ou de la promo.

 

L’ambiance de Nos jours ne sont plus les mêmes est un savant mélange d’électro-folk et de slam. « C’est mon album le plus optimiste, le moins nihiliste », dit l’artiste en riant. Il faut dire que la bonne humeur s’écoute avec attention. Les chansons se répondent les unes aux autres et les paroles sont continuellement entre l’intime et le collectif.

Ludo Pin l’assume complètement : « J’essaie un peu de m’adresser au monde dans cet album-là. Mais en même temps ce sont des vraies questions que je me pose. » En posant des questions qui nous interpellent tous — le rapport au temps, à l’enfance, le pessimisme dans lequel on s’enferme trop vite — l’album est un bijou aussi bien dans les paroles que dans la construction musicale.

Écrire seul à deux

Si la création de l’album est un processus solitaire, « en fait, à un moment ça me tanne d’être tout seul! » Le mantra de Ludo Pin pour Nos jours ne sont plus les mêmes? S’entourer des bonnes personnes : « J’essaie de monter une team, progressivement, qu’avec des gens qui étaient là pour les bonnes raisons, et qui étaient là parce qu’ils accrochaient avec ma musique ».

Aucun doute que Navet Confit, qui intervient dans le processus de création au niveau du mixage, de la réalisation et de l’arrangement (notamment avec l’ajout de voix supplémentaires, pour « jouer dans les creux »), fait partie de ces gens de confiance. « Navet, je le connais depuis dix ans, c’est un des gars que je respecte le plus au niveau de son travail musical, et quand il me dit « c’est bon », je sais que c’est bon. C’est la validation dont j’ai besoin. »

« Avec Navet, on a fini par faire l’album tous les deux tous seuls. On joue tous les instruments, lui il a joué beaucoup d’affaires: les basses, les pianos. Les programmations c’est pas mal moi à la base, mais lui il les rebidouille après. » Et ce tandem créatif fait naître un album hybride, où la complexité de la polyrythmie résonne avec la voix lancinante et douce de Ludo Pin. Si les chansons et les compositions viennent toutes de la tête et du salon-studio du chanteur, impossible finalement de séparer le travail des deux hommes sur l’album fini. Ludo Pin nous le confirme : « C’est un binôme. »

Ce qui séduit dans Nos jours ne sont plus les mêmes, c’est aussi le soin apporté au son, au mixage et au rendu final. « Pour moi, le plus important, c’est le son, le timbre. Et je sais que c’est ça qui me séduit, et c’est ça qui séduit les gens aussi. » Le travail est si minutieux qu’il s’est concrétisé par la sortie de l’album en vinyle, qui apporte une plus-value dont parle le chanteur avec un immense sourire : « ça change vraiment le vinyle, on est vraiment content. »

 

Un lancement prometteur

Et pour le moment, le travail paie. Nos jours ne sont plus les mêmes, qu’on peut désormais écouter en exclusivité sur ICI Musique, a connu un très beau démarrage avec les singles La fin du monde et Le monde est sourd. « C’est parti d’un coup, après je me suis dit « J’m’emballe pas » mais finalement ça a continué », déclare Ludo Pin.

Le lancement de l’album au Ministère, en compagnie de Mat Vezio et de Navet Confit, devrait lui aussi être un succès. En tout cas, le concert a été travaillé pour « être une belle surprise ». Ce sera bien sûr l’occasion d’entendre l’album qui sortira officiellement le 7 février (il est déjà disponible en précommande). Mais aussi, pourquoi pas, de découvrir un univers construit par les trois artistes.

Ludo Pin se promène entre la France et le Québec, sans jamais choisir entre ces deux terres qui lui sont si précieuses. Si la personne, Ludovic, est établi et heureux dans la Belle Province,  l’artiste quant à lui parvient parfaitement à construire un univers musical au croisement des cultures. Nos jours ne sont plus les mêmes a pour le moment bénéficié d’une belle réception en France, et on souhaite à Ludo Pin que le Québec lui réserve, à nouveau, un magnifique accueil. En tout cas, les quatre ans de conception de l’album ont offert au moins une conviction au musicien : « Le prochain, il sortira plus vite! »

 

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