crédit photo: Marc-André Mongrain
Salomé Leclerc

Critique album: Salomé Leclerc – Sous les arbres

Salomé Leclerc - Sous les arbres Salomé Leclerc Sous les arbres

Il serait facile de porter une écoute sommaire au premier album de Salomé Leclerc, Sous les arbres, et de la classer trop rapidement dans le tiroir des chanteuses folk au spleen prononcé. En conclure qu’il s’agit d’une jeune Ariane Moffatt moins entraînante, d’une nouvelle Catherine Durand en début de parcours. Ce serait bien mal juger la fine folk-pop électrique adéquatement mûrie de la chanteuse.

Bien qu’elle ne soit âgée que de 25 ans, Salomé Leclerc traîne avec elle un bagage digne d’une artiste bien installée dans le métier.

Au lieu de précipiter la production d’un premier album ou d’un démo bâclé, elle a préféré multiplier les concerts et concours au cours des 4 dernières années, laissant le temps et l’expérience faire leur oeuvre afin de rabonnir ses chansons.

Toutes plus complexes qu’elles n’en paraissent à la première écoute, ses compositions jouissent surtout d’une interprétation qui évite généralement les maladresses d’un premier album et épouse à merveille les dynamiques qu’imposent les textes.

C’est là le fruit d’un mélange de maturité et de patience qui lui sert bien.

 

Folk électrique pour voix écorchée

Au premier coup d’oreille, c’est la voix éraflée qui charme. Le chant de Salomé Leclerc véhicule le cafard incoercible de titres comme Volcan ou Nos Jours, comme elle communique une passion digne de la vingtaine (Partir ensemble, Tourne encore) ou encore une romance presque malsaine (Garde-moi collée, Love, naïve, love).

Les textes témoignent d’une belle plume poétique, romantique et sensible, sans tomber dans le trop prétentieux. Les tics de l’École national de la chanson de Granby se sont également passablement estompés, heureusement.

Bien que convenablement structurés, les textes souffrent rarement d’un quelconque format académique trop visible. Le vécu a visiblement fait son oeuvre.

Philippe B, dont la qualité d’auteur n’a jamais été remise en question, porte d’ailleurs main forte à la jeune dame sur l’exquise Dans la prairie et l’intime Garde-moi collée.

Les arrangements, aussi très subtils, servent très bien la cause et savent se taire lorsqu’il le faut. Pas surprenant quand on constate, au livret, que l’artiste signe tous les arrangements (interprétés par une multitude de musiciens talentueux).

Malgré l’enregistrement à Paris avec Émily Loizeau et le mixage au mythique hotel2tango (lieu culte des groupes indie rock montréalais), il reste toutefois encore un peu trop de politesse à l’enrobage. On visait sans doute à élargir la portée commerciale de l’artiste. Ce traitement se fait toutefois au détriment de l’authenticité de l’artiste.

L’interprétation déchirante et à fleur de peau que nous livre Salomé Leclerc sur scène avec sa guitare électrique légèrement crasseuse se trouve ici inutilement embellie par un filtre un peu propret.

Prudence prudence, quand tu nous tiens…

 

* Salomé Leclerc lancera son premier album Sous les arbres ce soir au Lion D’Or, à Montréal, ainsi que le 15 septembre prochain au Théâtre Petit Champlain, à Québec.

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