Coup de coeur francophone – Jour 2 | Richard Desjardins au Club Soda, l’étoile filante
Clignez des yeux, et vous risquez de le manquer. Comme une étoile filante. Non, il se fait même plus rare que les comètes! En omettant son happening au Quai des Brumes en 2016, qui aura ravi à peu près 100 personnes, pas plus, la dernières fois que Richard Desjardins se produisait à Montréal dans un spectacle à grand déploiement, c’était en 2013, au MTelus, époque Métropolis. 13 ans! 13 ans que le Bon gars n’avait pas renoué avec la métropole!
C’est Coup de cœur francophone qui aura fini par mettre la main sur le gros lot, et pour qui l’alliance semblait la plus naturelle : le festival présentait en 88, à sa deuxième édition, un Richard Desjardins avec un seul album en poche, Les derniers humains, et même pas le réenregistrement!
Le spectacle annoncé en juin, les privilégiés épuisaient l’ensemble des billets disponibles pour les deux soirées au Club Soda en… sept minutes, seulement! Señorita, ça va vite! Clignez des yeux, l’étoile a déjà filé.
La beauté dans l’intimité
Il est 20h30, le chansonnier rouynorandien prend place sur un tabouret et évoque d’entrée de jeu les résultats récents des élections de mi-mandat américaines.
« Si Trump avait gagné, je lui aurait dit “fuck you, and go to Hell!” Mais il a perdu, faque je le dis pas. » Ouf, Donald l’a échappé belle!
Ça fait longtemps : on se retrouve avec Au pays des calottes, puis Boom boom. Pas de piano sur scène, seulement des cordes qui dialoguent entre elles : Richard Desjardins ne quittera pas sa guitare, accompagné de Claude Fradette, deuxième guitariste, et de Karl Surprenant à la contrebasse.
* Photo par Marianna Georgiadis.
Après Migwetch, première tirade du bavard Richard : appelons-la La chasse! Histoire rocambolesque arrivée à un ami chasseur, qui, pour survivre à une nuit froide, aurait dû dormir dans une carcasse d’animal fraîchement abattu, encore fraîchement chaude, donc. Sûrement faux, mais très drôle, le récit se conclut sur une moquerie à l’encontre de la CAQ, ou de l’Équipe Christine Fréchette si vous vous êtes fait avoir cet automne. Après la pique destinée à Trump, on ne boude pas notre plaisir!
Un peu rouillé, n’empoignant visiblement plus très souvent la guitare devant un public, on note quelques imprécisions de la part de Desjardins à l’instrument ou dans les paroles, imprécisions ponctuées par de très honnêtes et attendrissants « c’est pas ça? », « oups » ou « attends un peu, là ». On remarque, mais évidemment, on n’y accorde aucune importance. À 78 ans passés, j’aimerais bien nous y voir, alors que la majorité d’entre nous couleront sûrement nos beaux jours aux Résidences Soleil, ou six pieds sous terre après un désastre écologique qui nous aura tous terrassés, sauf quelques-uns, sauf les derniers humains de la Terre.
* Photo par Marianna Georgiadis.
Après Señorita et Söreen, au tiers du spectacle, place au monument, le monument : Richard Desjardins interprète Tu m’aimes-tu, et pour la première fois de la soirée, le Club Soda n’a pas peur de chanter fort avec lui. Des frissons, de midi moins quart à midi tapante! Sublime!
Un autre moment fort? Après Atlantique Nord et Notre-Dame des scories, Richard Desjardins livre sur scène ce qui s’apparente à l’un de ses meilleurs textes : Les Fros, les « foreigners », hommage tellement touchant aux immigrants européens ayant perdu leurs vies dans les mines de l’Abitibi il y a 100 ans. Ce qui amène le chansonnier à sa deuxième tirade de la soirée, moins drôle, évidemment, que La chasse, bien plus politique : en Abitibi, notamment à Rouyn-Noranda, le profit passe souvent devant l’humain. Du moins, c’est comme ça pour les compagnies minières ou de foresterie, abusant, dit-il, de la région-ressource. « On est fin avec eux autres, on écoute leurs incessantes menteries. » Même les arénas sont baptisées selon leurs noms! « On fait toute pour eux autres, sauf une chose : on touche pas au profit. »
Richard Desjardins évoque un plan de transition, annonce clairement son désir que l’Abitibi tourne la page, puis glisse un mot à propos de l’Action boréale, une OBNL qu’il a fondée visant à protéger encore plus, toujours plus de territoires au Québec. Ça a dû le ravir, de voir qu’il faisait 23 °C ce mercredi, tiens. Besoin de vous rafraîchir la mémoire? Ouvrez l’appli photos de votre téléphone, il neigeait à pareille date, en 2025…
* Photo par Marianna Georgiadis.
Et la lumière (ne) fut (pas)
… Et j’ai couché dans mon char (« Let’s drink to that! »), Señor, Y va toujours y avoir : les chansons s’enchaînent, puis… c’est le noir total dans la salle. Plus de courant, plus de lumière, plus de son. Plus rien. Il est 22h. Ce n’est pas la panique, plutôt l’incompréhension. Un coup d’éclat calculé? Non, malheureux sort du destin n’ayant, d’ailleurs, pas touché que le Club Soda ce soir-là. Desjardins et ses musiciens quittent la scène, on croit à la fin de la soirée, mais le problème est vite réglé.
Une expérience finalement plus anecdotique qu’autre chose, qui aura terni 10 minutes d’un spectacle de deux heures, même pas 10% si vous faites vos maths. Réorganisant peut-être sa setlist à l’arrache, aura-t-il sacrifié Le bon gars et Boomtown café, que l’on n’entendra pas pendant le concert? Ou était-ce déjà décidé de la sorte? Dur à dire, mais les spectateurs du concert #2, qui se déroulera, on l’imagine, au complet, pourront témoigner.
Après l’interruption, Desjardins regagne la scène sur Sahara Lumber, puis enchaîne avec Les Yankees, un texte évoquant les dépossessions territoriales de l’Amérique latine, mais qui résonne, aujourd’hui, chez les Canadiens. L’impérialisme a de beaux jours devant lui! « Le président m’a commandé / De pacifier le monde entier / Nous venons en amis / Believe me » Gringo orange, va-t-en! Que Dieu te blesse.
Richard Desjardins livre, en rappel, Jenny la magnifique, Le cœur est un oiseau, et finalement Quand j’aime une fois, j’aime pour toujours, en duo avec Sara Dufour, qui effectuait la première partie (pas annoncée) du spectacle.
L’étoile filante est passée, repassera ce soir sur les mêmes planches, puis vous attendrez, fixerez le ciel en essayant de l’attraper une nouvelle fois, peut-être une dernière fois.
* Photo par Marianna Georgiadis.
Grille de chansons
- Au pays des calottes
- Boom Boom
- Migwetch
- Buck
- Un trou perdu
- Señorita
- Söreen
- Tu m’aimes-tu
- Atlantique Nord
- Notre-Dame des scories
- Les Fros
- …et j’ai couché dans mon char
- Señor
- Les bonriens
- Y va toujours y avoir
- Sahara Lumber
- Les Yankees
Rappel
- Jenny
- Le cœur est un oiseau
- Quand j’aime une fois, j’aime pour toujours
- Artiste(s)
- Richard Desjardins
- Ville(s)
- Montréal
- Salle(s)
- Club Soda
- Catégorie(s)
- Chanson, Festival, Folk, Francophone, Québécois,
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