crédit photo: Rob McCoy

Poppy, LANDMVRKS et Thousand Below au MTelus | Quand le métal ne connaît plus de frontières

La programmation de cette soirée était particulièrement cohérente sur le plan musical. Les trois groupes s’inscrivent dans cette nouvelle génération de métal où les frontières entre le metalcore, le post-hardcore, le screamo, la musique électronique et l’hyperpop deviennent de plus en plus floues. Chacun possède sa propre identité, mais tous participent à la même évolution du genre.

Thousand Below ouvre la soirée avec un set court, direct et d’une efficacité redoutable. Le groupe ne s’embarrasse pas de fioritures : les morceaux s’enchaînent avec une violence contrôlée avant de conclure sur Sabotage, laissant une salle déjà chauffée à blanc.

Avec LANDMVRKS, on change clairement de dimension. L’attente est immense. Les Marseillais étaient déjà passés, notamment à l’Olympia de Montréal, où ils avaient marqué les esprits. Cette fois-ci, leur ascension internationale se ressent jusque dans l’ambiance de la salle. Le chant est partagé entre le chanteur, les deux guitaristes et le bassiste, ce qui apporte une énergie supplémentaire au spectacle. Le public est nettement plus nombreux, plus réactif et semble déjà connaître le moindre refrain. Il s’agissait d’ailleurs de la cinquième visite du groupe à Montréal, donc bon.

071326 poppymontreal robmccoy 148* Photo par Rob McCoy.

LANDMVRKS démontre à quel point il a franchi un cap. Le spectacle est plus travaillé, plus scénarisé, avec une mise en scène qui accompagne parfaitement un dernier album clairement pensé pour la scène. Les influences hardcore demeurent omniprésentes, mais le groupe maîtrise désormais beaucoup mieux les contrastes. Les passages les plus lourds succèdent à des moments plus mélodiques, donnant au concert une véritable dynamique. Au milieu du set, La Valse du temps provoque un moment de communion particulièrement fort avec le public, avant que le groupe ne termine avec deux classiques de l’album Lost in the Waves : Lost in a Wave et Rainfall, qui demeure mon morceau préféré de leur répertoire.

Poppy entre ensuite sur scène dans une ambiance baignée de teintes roses. Contrairement à l’imaginaire que l’on associe souvent à son univers, elle apparaît vêtue de blanc, entourée de musiciens dont l’esthétique évoque autant le gothique que l’industriel. Les membres du groupe portent des masques ou un maquillage volontairement inquiétant — parfois difficile de distinguer l’un de l’autre — qui rappelle immédiatement plusieurs formations ayant marqué les années 1990 et 2000, comme Slipknot, Mushroomhead ou encore Marilyn Manson pour son esthétique industrielle et dérangeante.

071326 poppymontreal robmccoy 213* Photo par Rob McCoy.

Son univers me ramène immédiatement aux expérimentations de la fin des années 1990 et du début des années 2000, lorsque le métal flirtait déjà avec l’électronique. La différence, c’est qu’aujourd’hui ces influences ne semblent plus juxtaposées, mais complètement intégrées. Chez Poppy, tout paraît fusionner naturellement. C’est un véritable blend où les styles se mélangent sans donner l’impression d’un collage artificiel.

Impossible également de ne pas penser à Spiritbox. Les deux groupes partagent cette capacité à alterner chant clair et scream avec une grande fluidité. La collaboration entre Poppy et Spiritbox apparaît donc parfaitement logique. Là où Spiritbox s’adresse peut-être davantage à un public déjà ancré dans le métal moderne, Poppy représente une génération d’artistes pour laquelle les étiquettes musicales n’ont pratiquement plus de sens. Chez elle, la pop, le rock, le métal, le screamo, l’emo et l’électro cohabitent sans le moindre complexe.

071326 poppymontreal robmccoy 203* Photo par Rob McCoy.

Cette absence de frontières explique probablement pourquoi Poppy fédère un public aussi jeune. À sa manière, elle occupe une place générationnelle. En revanche, je demeure plus réservé quant à l’authenticité de son image dans le milieu métal. Le maquillage, la mise en scène et l’esthétique générale semblent parfois davantage relever d’une construction artistique extrêmement maîtrisée que d’une appartenance naturelle à cette scène. Ce n’est pas nécessairement une critique, mais plutôt une interrogation qui mériterait d’être approfondie. Il serait intéressant de s’intéresser au parcours des musiciens qui l’accompagnent ainsi qu’à la conception artistique globale du projet.

Un détail a également retenu mon attention. À deux reprises, Poppy a demandé l’ouverture d’un circle pit et, à deux reprises, celui-ci n’a jamais réellement pris forme. Il y avait comme une forme d’incompréhension entre la proposition de l’artiste et la réaction du public. Cela traduit peut-être une évolution des codes des concerts métal auprès de cette nouvelle génération, ou simplement un public qui ne ressent plus le besoin de reproduire systématiquement les rituels traditionnels hérités des scènes hardcore et metalcore.

Bienvenue dans le nouveau monde, mais il y a une chose à retenir, les nouvelles générations donnent le LA.

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