Le Belladone

Entrevue avec Le Belladone | Eucharistie ou comment pervertir le puritanisme

Avec son premier album « Eucharistie », à venir ce vendredi et dont le lancement aura lieu jeudi soir, Le Belladone livre un univers où la sensualité, la rage et la spiritualité s’entrechoquent dans un projet hautement théâtral et provocant. Rencontrée récemment, la musicienne se confie avec une franchise désarmante sur son parcours, son processus de création et sa volonté de déconstruire les carcans de la pureté.

C’est à 13 ans que le public découvre Le Belladone, à La Voix Junior en 2016. En 2024, elle participe aux Francouvertes. C’est au cours de sa participation aux Francouvertes que Le Belladone écrit les premières chansons de son tout premier album. Avec Le Sang du Christ, Au nom de la Mère et de la Fille, Toc Toc Toc, Qui Est Là?, Tu Goûte la Cigarette, Dent de Lait et Dieu, qui figureront toutes dans sa prochaine sortie.

Un journal intime rebelle et insoumis

Avec Eucharistie, Le Belladone propose « un ensemble de rébellions sur la culture de la pureté. ».

Elle continue :

Est-ce que je me soumets aux attentes de la société des personnes féminines? Est-ce que je me soumets aux attentes de la religion dans laquelle j’ai grandi? Ou je trahis ça? Comment je véhicule toutes ces images, tous ces concepts sociaux de genre, la religion, la misogynie, le patriarcat. Comment je vis ça?

Avant la sortie de son premier album, Le Belladone estime avoir énormément évolué depuis sa participation aux Francouvertes. « C’est un journal intime quasiment… de mes souffrances dans les dernières années. Depuis les Francouvertes, j’ai ajouté une touche d’enjouement parce que ça peut quand même être lourd de parler de ses souffrances. Puis, en deux ans dans l’album, il y a quand même de la guérison qui est arrivée. […] C’est encore rempli de rage, de sensualité et de tristesse, mais maintenant, il y a quand même une touche plus théâtrale, encore plus extravagante, plus de performances.»

* Francouvertes 2024. Photo par Jaime-Antonio Luna-Quezada.

En parlant des thèmes de son nouvel album : « Ça balance vraiment entre la rébellion ou la soumission. » Elle rajoute: « Il y a la transformation, il y a l’évolution. Puis via l’évolution, il y a énormément de rage, il y a plusieurs façons de vivre ta colère : il y a la colère immature, il y a la colère de vengeance, mais il y a aussi la colère de rébellion, puis de ne pas se laisser apprivoiser. »

Pour traduire la tension entre rébellion et soumission en musique, Le Belladone fait contraster des cordes plus classiques qui viennent chercher une touche romantique avec la distorsion du son hyper-pop, plus grinçants. Son visuel aux influences de films d’horreur tel Suspiria et Midsommar s’entremêle à une imagerie religieuse constamment présente tant qu’au plan visuel que dans son texte.

« Je suis toujours habillée en blanc parce que c’est la culture de la pureté, le blanc. Mais j’ai des maquillages grotesques et exagérés. Mes mains sont souvent sales, mes vêtements sont souvent déchirés. C’est tourné comme une imagerie de la pureté, mais à l’extrême, ça devient quasiment comme une blague.»

Sans tabous

Le Belladone refuse les limites : « Tous les tabous devraient être brisés. Il n’y a pas un sujet qui n’est pas bon à aborder, ça dépend juste de l’intention. » Elle crée souvent dans une bulle, une « chambre écho » où ses normes deviennent absolues. C’est parfois seulement en sortant de scène qu’elle mesure l’impact sur le public. Abordant des thèmes très chargés, l’objectif de la chanteuse n’est pas de provoquer gratuitement, mais d’offrir une décolonisation du corps féminin.

L’album, c’est comme une libération de la chair féminine. Si c’est dans l’inconfort, j’espère que ça va leur amener une certaine déconstruction. Si c’est dans le confort, j’espère que ça va leur amener une liberté.

lebelladone photo.

Aux nombreuses influences diverses dont Lana Del Rey, Ethel Kane, Sophie, Madonna et bien sûr sa préféré Marie-Mai, Le Belladone est hautement inspirée par tout ce qui entoure son monde musical, visuel et culturel, la création est profondément authentique et personnelle.

L’album co-produit avec Blaise Borboën-Léonard. Des musicien·ne·s comme Irma Chapeau-Morin (violoncelle), Albertine Poirier (contrebasse), Marianne Tessier (batterie) ainsi que des collaborations vocales avec la chanson Bitch avec Sloan Lucas, Zéa Calla et Fyore — toutes des anciennes des Francouvertes — qui y figurent toutes.

Une soirée de lancement immersive

Ce jeudi 4 juin, à La Sala Rossa à Montréal, Le Belladone proposera un lancement exceptionnel, quelques heures seulement avant la sortie numérique de l’album. La salle sera décorée de croix et de tissus, avec chorale et instrumentistes à cordes. Sa « bestie » Fyore assurera la première partie.

Après deux ans à jouer ses chansons sans album disponible, elle souhaite enfin offrir un véritable moment de connexion avec son public.

Pour moi, c’est important que ça ne soit pas juste un videoclip ou des TikToks. Qu’on soit vraiment ensemble quelques heures avant, genre dans ma tête. Puis après ça, vous pouvez visionner le reste des vidéos que j’ai fait.

Avec Eucharistie, Le Belladone transforme ses blessures en armes, ses contradictions en art et sa rage en catharsis collective. Dans un Québec encore marqué par son héritage religieux, son nouvel album Eucharistie apparaît comme un acte rebelle de liberté.

Billets et détails par ici.

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