Francouvertes 2026 – Soir 3 | Charlie Rivard, Chaude Chaleur et Komēdza
Le concours‑vitrine Les Francouvertes poursuivait hier la première phase de sa 30e édition au cabaret Lion d’Or, lors d’une soirée aux contrastes bien marqués entre le jazz‑R&B instrumentalement luxuriant de Chaude Chaleur, la pop‑rock intime de Charlie Rivard et le rap afro‑diasporique de Komēdza. Au terme de la soirée, Komēdza a pris la tête du classement provisoire, devant Chaude Chaleur, tandis que Charlie Rivard s’est installée au 5e rang.
En ouverture, Les Louanges, certainement parmi les ex favoris des Francouvertes, s’est présenté en formule voix‑guitare. Celui qui a bien roulé sa bosse depuis sa deuxième place, juste derrière Lydia Képinski à l’édition 2017, a offert une courte prestation composée de deux pièces de son prochain album, attendu plus tard ce printemps. Parmi elles, Ne me quitte pas des yeux, touchante ballade dédiée aux proches aidants. Un avant‑goût livré avec justesse et humilité.
* Photo par Frédérique Ménard-Aubin.
Après cette ouverture tout en retenue, la soirée pouvait véritablement commencer. Retour sur cette troisième soirée riche en ovations debout.
Charlie Rivard
* Photo par Frédérique Ménard-Aubin.
Soutenue par un quintet complice à la voix, à la guitare, à la basse, aux claviers et à la batterie, Charlie Rivard a donné chair à ses chansons pop rock indie avec un aplomb étonnant dès les premiers instants de sa prestation.
Active sur la scène montréalaise depuis plusieurs années au sein de divers projets, notamment en duo pop‑jazz avec Lhèfe, elle investit pleinement l’espace scénique, multipliant les déplacements et les interactions avec ses musiciennes, dans une gestuelle maîtrisée qui semble toutefois parfois plus réfléchie que spontanée.
La proposition de Charlie Rivard repose sur des chansons bien construites et efficaces, sans artifices ni distinctions marquées, dont l’impact tient surtout à l’interprétation. Dotée d’une voix texturée, étonnamment mature, elle sait moduler les émotions et donner du relief à ses compositions, portées par des textes centrés sur l’intime, l’épuisement émotionnel et l’émancipation personnelle.
Parmi les moments marquants, Et pourtant, interprétée en duo avec la choriste dans une mise en scène soignée, s’est imposée comme un sommet de la prestation. Selon nos informations, la pièce figurera sur son premier album solo à paraître cette année, un disque réalisé par Ariane Moffatt, également pressentie comme invitée sur l’enregistrement.
Les chemins élus, partagé avec Charlie Rose, finaliste du 57e Festival international de la chanson de Granby en août 2025, a apporté le virage rock et dynamique attendu après un départ plus indie pop intéressant, mais relativement homogène.
Enfin, Aujourd’hui je pars, balade aux accents country qui bifurque vers un groove funky en milieu de parcours, s’est révélée la plus intéressante sur le plan de la construction, du moins ma préférée, avant une finale portée par un changement de beat et un solo de saxophone qui a soulevé la salle.
Chaude Chaleur
* Photo par Frédérique Ménard-Aubin.
Originaire de Montréal, Chaude Chaleur s’est présenté comme l’ensemble le plus musicalement sophistiqué de la soirée. La formation jazz‑R&B réunit Noah Tremblay-Mimouni au saxophone et à la flûte traversière, Albertine Poirier à la basse et à la contrebasse, Vincent Saint‑Onge à la batterie, Nomile Leclair à la voix, Mathieu Leguerrier au clavier et Mathis Lampron à la guitare.
Sur scène, le jazz est assumé sans détour et laisse beaucoup d’espace au jeu. Par son travail au saxophone et à la flûte traversière, Noah Tremblay-Mimouni a pris la vedette, son jeu agissant presque comme la voix de l’ensemble.
Bien ancrés dans les codes du jazz, les autres musiciennes et musiciens ne sont pas restés en retrait et ont eu maintes occasions de briller, que ce soit par un groove de basse bien dense ou par une batterie dynamique au sens du rythme très sûr. Le résultat, vivant et nuancé, a fait groover à souhait le Lion d’Or.
Là où la proposition convainc un peu moins, c’est du côté R&B, qui repose normalement davantage sur le chant. Nomile Leclair habite la scène et propose une livraison incarnée, mais la voix, qui demande du coffre dans ce type de formule, semble parfois à bout de souffle ou peine à se tailler une place face à une section instrumentale aussi forte. Par ricochet, le versant R&B et soul perd en impact, et la compréhension des textes, souvent frontaux et engagés, devient plus ardue.
Portée par un groove constant et une audience visiblement conquise, la formation s’est néanmoins installée solidement en deuxième position du palmarès provisoire, une place qui lui ouvre clairement la porte des demi‑finales.
Komēdza
* Photo par Frédérique Ménard-Aubin.
Mission accomplie pour Komēdza, qui annonçait d’emblée vouloir « nous inviter dans son monde ». Le public et le jury de l’industrie ont embarqué, au point de le hisser au premier rang du palmarès provisoire. Gars de Granby d’origine togolaise, il est arrivé avec une assurance tranquille qui s’impose, sans chercher l’effet à tout prix.
Ce monde, Komēdza l’a aussi gravé sur ((ĒlaYi)), son premier album paru plus tôt cette année, à la croisée du rap francophone et des sonorités ouest‑africaines, teinté de slam, sans être dépourvu de lignes mélodiques. Les textes, eux, naviguent entre écriture introspective, héritage diasporique et identité hybride, en mêlant langues, références et récits de déplacement.
Sur scène, il impose une présence maîtrisée, sans surjeu, qui commence par cette voix grave, pleinement assumée, à la fois rassurante et étonnamment intime, qu’on a envie d’entendre encore et encore. Il a une prestance scénique charmante et naturelle qui tient à une aisance sans démonstration, à une authenticité qui passe autant dans la diction que dans le regard et le mouvement, et à une confiance calme qui donne envie de le suivre.
La prestation était d’ailleurs bien montée, pensée pour éviter la monotonie, passant d’une ballade plus slammée à des moments franchement dansants. Sur ((Obē LēKē)), l’appel à « aller dans le bruit », expression togolaise pour dire faire la fête, a fait lever et déhancher la salle. Accompagné d’un trio guitare‑basse‑batterie, Komēdza garde des arrangements dépouillés mais efficaces, riches en petits détails qui accrochent sans alourdir.
La deuxième de sa performance a gagné en profondeur grâce aux invité·es, confirmant la vision de Komēdza de la musique comme partage : Cadiem l’a rejoint sur Cadence, présence forte sans dominance, puis Sandrine Marin sur Seule ((sans toi)), ajoutant une couleur vocale et un flow soft, mais dynamiques, qui s’harmonisaient très bien à Komēdza.
Les dés ne sont pas encore tous roulés, mais au vu de sa première place au palmarès provisoire, il serait étonnant de ne pas le revoir en demi‑finale.
Verdict
Témoin de l’ambiance électrique qui régnait dans la salle lors de cette troisième soirée des préliminaires, le public a visiblement passé un excellent moment. Deux des trois artistes en lice ont d’ailleurs terminé respectivement aux première et deuxième places du classement provisoire, tandis que Charlie Rivard s’est hissée dans le top 5.
Les préliminaires se poursuivent ce soir : Étienne Coppée, gagnant de la 25e édition en 2021, ouvrira la soirée à titre d’ex bienveillant, avant les prestations de l’artiste gaspésienne Luan Larobina et des Montréalais TDH et Spaghatt.
Pour vivre les Francouvertes en salle, au Cabaret Lion d’Or, ou depuis le confort de votre salon, c’est par ici.
Palmarès après 3 soirs
- Komēdza
- Chaude Chaleur
- Dauphins
- Colin Léo
- Charlie Rivard
- MARIE NEIGES
- Olivier Faubert
- Roxanne Reddy
- Kèthe Magané
Exclusion des demi-finales : (aucun pour l’instant)
- Artiste(s)
- Charlie Rivard, Chaude Chaleur, Francouvertes, Komedza, Les Louanges
- Ville(s)
- Montréal
- Salle(s)
- Cabaret Lion d'Or
- Catégorie(s)
- Francophone, Indie, Indie Pop, Neo soul, Pop, Québécois, R&B, Rap/Hip-hop, Soft rock,
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