Ping Pong Go

Entrevue avec Ping Pong Go | S’affronter en duel, en passant par le jazz

La semaine dernière, le duo de « gamer jazz » (terme inventé et quasi © par les principaux intéressés!) Ping Pong Go faisait paraître Smash Combat, son deuxième album. Autant inspiré par l’univers du ping-pong que par celui du karaté, la formation propose une musique instrumentale cinématographique, visuelle et plurielle, rappelant des sonorités de jazz-fusion japonais kitsch comme des trames de jeux vidéo rétro, en passant par un hommage au pianiste André Gagnon et à la musique de Rocky. Entrevue avec Vincent Gagnon, pianiste, et P-E Beaudoin, batteur de Ping Pong Go.

En entrevue, les deux musiciens arborent fièrement un t-shirt à l’effigie de leur récente galette : sur un fond clair, nous apercevons une mante religieuse dessinée à partir de points, rappelant l’esthétique de jeux vidéo 8-bits ou 16-bits.

« [On dirait qu’elle] est en train de prier, il y a un symbole spirituel, mais elle a aussi l’air de vouloir boxer », dit Vincent Gagnon. « La mante religieuse apparaît douce, mais c’est elle, la femelle, qui mange la tête du mâle. Il y a la tendresse, l’élégance, puis l’aspect de surprise. Tu as une toune sur l’album où tu te dis “what the fuck !”. Mais après ça, tu as tout le temps une zone tampon plus douce. Tout est calculé », ajoute P-E Beaudoin.cover art smash combat

La fameuse pochette est signée par Marianne Boucher, faisant partie de la « grosse gang » du projet Le Roy, la Rose et le Lou[p], comme les deux gars de Ping Pong Go, accompagnant Lou-Adriane Cassidy, Ariane Roy et Thierry Larose en tournée partout au Québec, mais aussi en Europe. « Le trois-quarts des sons sont créés par l’échantillonnage de voix. On a enregistré Lou-Adriane, on a enregistré Ariane, ma voix, la voix de Vincent, énumère P-E Beaudoin. On a travaillé avec des jeunes de secondaire [à qui on donne des ateliers de composition], qu’on a enregistrés aussi », poursuit-il. Smash Combat a souvent été enregistré dans l’urgence, sur la route, quand l’un était disponible, quand l’autre avait le temps. Une prise par-ci dans un Airbnb à Paris, une prise par-là dans un hôtel de Rouyn-Noranda. Certains éléments, surtout « les drums », ont pourtant été captés plus calmement en studio : Smash Combat révèle donc à la fois un goût pour un sentiment d’urgence que pour une méthode de composition plus posée.

« Ça nous permet d’aller vers des axes où on travaille d’une façon vraiment plus professionnelle, vraiment plus systématique, puis à d’autres moments, on est plus en mode “amateurs spontanés” », lance Vincent Gagnon.

* Vincent Gagnon, de Ping Pong Go, au Festival International de Jazz de Montréal, en 2023. Photo par Pierre Langlois.

Virer geek sans le vouloir!

En écoutant Smash Combat d’une traite, notamment le morceau Shrala – conçu avec le duo californien Dolphin Hyperspace –, on jurerait entendre des bandes sonores de vieux jeux Zelda et Mario… et pourtant, détrompez-vous, Vincent Gagnon et P-E Beaudoin n’atteignent pas ce son d’une manière conscientes, ils ne sont, aujourd’hui, pas des gamers invétérés tentant absolument de recréer l’univers sonore de leurs opus préférés.

« Je pense que le son “gamer” qu’on entend dans notre musique, c’est vraiment à cause des claviers, précise Beaudoin. Souvent, les claviers des années 80, puis des 90s, qu’on a utilisés, ils ont été utilisés sur [de vieux jeux Nintendo]. »

Tous les deux grands amateurs du continent asiatique, les musiciens de Ping Pong Go pratiquent également sérieusement des sports originaires d’Asie : Vincent Gagnon est un « crinqué de ping-pong » (d’où le nom du band, évidemment), tandis que P-E Beaudoin est à la quête de sa ceinture noire au karaté.

« C’est deux sports de duel, et on compose à deux un peu en duel, justement, détaille Gagnon. On a des tempéraments très différents, ça fait beaucoup d’allers-retours », poursuit-il. « On se challenge quand même, on ne compose pas de la même manière », ajoute Beaudoin. « On n’a pas les mêmes forces, dit Vincent Gagnon. On a des forces communes, mais on… » « On devient un tout, là », complète Beaudoin.

En entrevue, chacun s’envoie la balle, se répond. L’un termine la phrase de l’autre, fignole l’idée du collègue. Ça va de droite à gauche, de gauche à droite, on a l’impression de regarder… eh ben, un match de ping-pong!

ppg marieveharelmichon* Photo par Marie-Ève Harel-Michon.

Quand Klek et Khn inspirent (déjà) leurs prochains

Ping Pong Go tricote dans un genre de musique assez niché : la musique instrumentale québécoise qui ne s’inscrit pas dans la vague du néoclassique. Dans la même mouvance, impossible de ne pas nommer les deux extra-terrestres d’Angine de Poitrine, ayant provoqué un séisme sans précédent dans le monde de la musique cet hiver.

« Ils ont tellement eu une idée de génie de direction artistique, exprime P-E Beaudoin. Moi, j’espère que Ping Pong Go va pouvoir aller sur les traces d’Angine, puis pouvoir essayer d’ouvrir des horizons sur la musique instrumentale ou des affaires un peu plus underground », poursuit-il.

Selon Beaudoin, le succès d’Angine de Poitrine est la preuve que le grand public est capable de recevoir une proposition originale et bien plus expérimentale que ce l’on entend d’habitude à la radio. Malheureusement, les grands médias généralistes prennent parfois trop de temps à adopter pleinement la tendance, selon lui.

« [Angine de Poitrine], c’est du microtonal, des affaires capotées. Le monde, ils veulent découvrir, ils ont soif, c’est juste que des fois, les médias traditionnels ne vont pas nécessairement faire la promotion de ça, juge P-E Beaudoin. Les médias [généralistes] n’auraient jamais fait la promotion d’Angine s’ils n’avaient pas eu un succès sur YouTube. »

Le rêve ultime de Ping Pong Go? Composer la trame sonore d’un film, d’un dessin animé, d’une série ou, encore mieux, d’un jeu vidéo. Récemment, TEKE::TEKE signait justement certains titres de la bande originale du dernier Assassin’s Creed, Shadows, développé en partie à Montréal. On ne doute pas qu’il y ait une place à prendre, surtout avec l’industrie locale du divertissement. Bien occupés par les tournées Triste animal de Lou-Adriane Cassidy et Dogue d’Ariane Roy jusqu’à la fin de l’année, les deux membres de Ping Pong Go comptent se concentrer davantage sur leur projet en 2027 et faire paraître du nouveau matériel cette année-là.

D’ici là, vous pouvez aller les voir pour leur lancement de Smash Combat au Ritz PDB ce soir même. Il reste des billets juste ici.

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