La Création des Grands Ballets | L’effervescence de l’Éden
Il flottait hier comme un vent de renouveau prêt à tout balayer entre les murs de la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts. Un phénomène attribuable à la projection d’œuvres picturales immortelles de Jean Paul Riopelle pour illuminer la scène de l’éclat unique de ce qu’il qualifiait relever de la « Nature énigme ». Concept esthétique auquel aurait assurément adhéré le compositeur Joseph Haydn en composant à la fin du 18e siècle son divin oratorio Die Shöpfung (La Création). Hymne au regain arrivant à point au terme de l’hiver.
Première nord-américaine, la performance chorégraphiée par Uwe Scholz (1958-2004) avait tout pour plaire dès la première scène « Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre ». Une trentaine de danseurs agiles arborant sourires, vêtus en tons clairs comme la lumière de l’aube. Des mouvements collectifs rythmés par l’exigence de la perfection classique et contemporaine. Un bain de jeunesse et de franche poésie romantique. Les duos, incarnations du désir de se découvrir dans une forme vaporeuse, à la manière d’Adam et Ève, charment par leur parfum d’innocence. Une réelle déconnexion temporelle des plus jouissives pour les sens.
La scénographie mise au monde par Ivan Cavallari pour les Grands Ballets appelait au rêve éveillé. À chaque nouveau décor, une énergie renouvelée. Une communion au plus grand que soi à chaque tableau, source de vitalité amplifiée par un chœur tapi dans l’ombre, caisse de résonance de l’émotion. La Création invite à être témoin de la pureté du Livre de La Genèse, quelque soit son culte. L’expérience se vit au mouvement de la baguette de la cheffe d’orchestre Dina Gilbert et des cinquante-cinq nobles musiciens. Une partition musicale alliant la douceur à la frénésie de l’Orchestre des Grands Ballets, hissant les voix de trois solistes majestueux incarnant les archanges du Récit des origines : Gabriel (la soprano Andréanne Brisson-Paquin), Uriel (le ténor Philippe Gagné) et Raphaël / Adam (le basse Clayton Kennedy).
Soulevée de terre, de siège, par tant de grâces. La Création a le pouvoir de la métamorphose par le passage de l’Éden à l’élévation. La sensation de se retrouver avant le Bing Bang, au tout début des possibles. Un geste reproduit solennellement par les danseurs, dans une formation sphérique où les index se touchent à peine, puis se referment dans un enlacement de ronde joyeuse, rappelant la fresque La Création d’Adam de Michel-Ange. Place à l’innocence de tourbillonner, main dans la main, sans souci ni crainte du péché, tant que le mouvement unit. Que la lumière éblouisse tout autour de nous. Les jeux d’éclairage au début et à la clôture, orientés vers l’auditoire presque aveuglé, annonce l’éveil de l’art. Il n’en tient qu’à nous à ouvrir un regard neuf, sur les traces de Riopelle et Haydn.
* Photo par Michel Trahan. Danseurs : Marcel Gutierrez et Anna Ishii.
- Artiste(s)
- La création (Les grands ballets), Les Grands Ballets
- Ville(s)
- Montréal
- Salle(s)
- Salle Wilfrid-Pelletier
- Catégorie(s)
- Ballet, Classique, Danse,
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