Ratboys

Ratboys au Ritz PDB | Bon, mais en droit d’espérer mieux

Les Chicagoans (oui oui, Chicagoans, c’est comme ça qu’on les nomme!) de Ratboys emmenaient, vendredi soir, les morceaux de leur excellente dernière galette, Singin’ to an Empty Chair, sortie il y a quelques semaines. Malgré un matériel plus que solide, le spectacle semblait manquer… d’un petit quelque chose?

Vous vous rappelez de la limonade de Kevin Parent? Celle qui avait un « petit kek’chose »? Qui était bonne, à la base, mais qui avait connu l’ajout d’un ingrédient secret la rendant meilleure. Les chansons sont excellentes, mais ça n’a jamais vraiment levé au Ritz. Il semblait leur manquer cet ingrédient secret, transformant un bon spectacle en un spectacle mémorable.

Vers 21h, Ratboys accède à la scène sous les applaudissements, débutant avec Open Up, Anywhere et Penny in the Lake, toutes les trois tirées de leur précédent album paru au mois de février. Dans ses compositions originales, le groupe de Chicago propose un délicieux mélange shoegaze, alt-country et indie rock, rappelant d’autres formations américaines indépendantes comme Wednesday ou Hotline TNT. Dur de tirer son épingle du jeu, en 2026, dans cette mer de projets alternatifs (surtout américains) offrant, grosso modo, une musique similaire, mais au vu des superbes retours reçus au début du mois de février, Ratboys est définitivement sur la bonne voie. Vous irez écouter Light Night Mountains All That sur Internet si vous trouvez le temps, et vous ne serez pas déçus : c’est l’une des meilleures chansons sorties en ce début d’année 2026, l’influence Pixies (« loud-quiet-loud ») est exploité à merveille.

Bref, ce « petit kek’chose » qui rend Ratboys un groupe assez à part se retrouve sur album, mais moins sur scène.

Le groupe livre ses compositions sans grande folie, et ça se retransmet sur le public, déjà pas le plus enthousiasmé non plus. Sur les tracks plus downtempo (Strange LoveBurn It Down), on se demande si on assiste à un concert de rock ou d’ambient : des statues autour de moi, je vous dis. Moi qui venais de vivre shame au Club Soda il y a un peu plus d’un mois, je voulais que ça bouge, que ça se bouscule!

Un mot sur la chanteuse-guitariste-compositrice principale de Ratboys, Julia Steiner, qui front parfaitement une formation composée uniquement d’hommes, à par elle : on semble retrouver de plus en plus cette tendance dans le rock ces dernières années, notamment chez Wednesday (déjà cité plus haut dans le texte), Amyl & the Sniffers, Wet Leg ou, depuis tout récemment, Black Country, New Road. On a réellement commencé à voir, concrètement, des femmes dans le rock depuis les années 80, mais les années 2010-2020 signent une nouvelle révolution, celle de musiciennes mises de l’avant, chantant, composant. On continue la révolution!

Très bel apport de Sean Neumann avec ses backing vocals, contrastant avec la voix plus rocailleuse de Steiner; moins charmé, pourtant, par le jeu de David Sagan, guitariste solo de Ratboys, que j’ai trouvé un peu trop nonchalant.

Julia Steiner prend la parole à plusieurs reprises pendant la soirée, commentant, dans la foulée, la situation politique désastreuse des États-Unis actuellement : elle ne se lance pas dans une longue diatribe contre Trump, mais préfère garder ça simple avec une phrase qui résonne encore dans ma tête : « si on arrête d’en parler, on va commencer à croire que c’est normal ». Efficace, et diablement vrai.

Le groupe amorce par la suite la dernière chanson (avant rappel) du spectacle, Burn It Down, écrite pendant les protestations survenues après la mort de George Floyd, en 2020. Ratboys n’est pas un groupe qui base l’entièreté de sa musique sur des causes politiques (et heureusement, sinon, ça ressemblerait à du Roger Waters), mais il est à la fois humain et juste assez engagé. Et on en besoin par les temps qui courent.

Quand la voix ruine tout

En première partie, Florry ouvrait le bal, présentant des morceaux de son Sounds Like…, sorti l’année dernière. Ça jam bien, l’influence country est belle et assumée, le batteur est particulièrement solide… mais mon Dieu que la voix était insupportable. On aurait un vieux Bob Dylan à qui on demande de chanter après un marathon, complètement essoufflé. Désolé, Francie Medosch, mais je n’étais pas capable.

Il manquait plus qu’un « petit kek’chose » pour le coup.

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