Le Sacre du printemps et le Concerto No. 1 pour piano de Tchaïkovski par l’OSM et Bruce Liu | Immense
Ce mercredi soir à la Maison symphonique était une soirée toute spéciale pour l’Orchestre symphonique de Montréal (OSM) : en plus d’interpréter l’une des plus grandes œuvres du répertoire moderne, le Sacre du printemps de Stravinsky, qui sera endisqué pour l’automne, et de recevoir le pianiste prodige Bruce Liu, le mandat du chef d’orchestre Rafael Payare était reconduit pour un autre cinq ans, preuve que l’histoire d’amour que vivent le Vénézuélien et l’Orchestre va dans les deux sens.
Le Québec était particulièrement mis à l’honneur en cette soirée d’avril au printemps encore timide, malgré l’œuvre célébrée : l’OSM créait une pièce du compositeur québécois Denis Gougeon, La traversée, et recevait dans son antre le très talentueux Bruce Liu, Parisien de naissance, Chinois d’origine, mais Montréalais d’adoption. Reconnu comme un talent exceptionnel par une bonne partie de la planète classique, Liu ne jouit pas encore d’un statut de superstar du piano chez lui, au Québec. Acclamé ailleurs, moins à la maison, ça nous rappelle des Men I Trust ou des Kaytranada.
En ouverture, La traversée – une œuvre officiellement dédiée à Rafael Payare – révèle une composition très imagée, avec une grande place laissées aux percussions tout au long de la pièce, notamment le triangle et le xylophone. En moins d’une quinzaine de minutes, Gougeon parvient à marquer ses tableaux d’une manière très forte, à l’image du Sacre du printemps. On entend peut-être des influences de John Williams dans l’usage des vents (ou de Stravinsky ou de Holst, si vous voulez remonter un peu plus loin). Les nuances sont marquées, pour une finale tout en douceur.
Liu prend ensuite place devant le clavier : le tromboniste de l’OSM part le bal avec les quatre premières notes caractéristiques du Concerto pour piano no 1 en si bémol mineur signé Tchaïkovski. En trois mouvements tous très réussis, Bruce Liu dialogue parfaitement bien avec l’orchestre, il prend de la place sans brimer l’apport des autres musiciens présents sur scène. Superbe cadence de la part du pianiste montréalais à la fin du 1er mouvement du concerto : sur le troisième, Allegro con fuoco, Liu se démarque par sa virtuosité dans les aigües, maîtrisant à merveille la partition, soutenu par un orchestre au son plein.
Un pianiste exceptionnel, puissant. Le lauréat du concours Chopin en 2021 est l’un des tout meilleurs de sa génération, et il n’a encore que 28 ans. Ce sera un plaisir de le suivre pour la suite. En rappel, Bruce Liu offre à la Maison symphonique une interprétation sentie de Rêverie de Debussy.
Après l’entracte, l’OSM interprète (enfin!) le Sacre du printemps, ballet d’Igor Stravinsky qui provoqua un scandale sans nom à sa création à Paris, en 1913 (on parlait même d’émeutes, faut dire!). Le basson débute la pièce et se fait rejoindre par d’autres bois; les cordes sont pesantes, présentes. Les yeux étant rivés sur Liu en première partie du spectacle, ils le sont maintenant sur Payare : on (re)découvre son expressivité à la baguette, sa polyvalence. Ce soir, il est prolongé à la tête de l’OSM pour cinq ans encore, mais on espère le garder à Montréal encore 10 ans, 20 ans, 30 ans de plus!
Quelle pièce imagée qu’est ce Sacre du printemps, décalée pour l’époque, et encore « challengeante » à l’oreille aujourd’hui : l’OSM lui rend parfaitement honneur, et on aura bien hâte d’écouter le rendu endisqué d’ici quelques mois. Les oreilles plus cinéphiles et geeks reconnaîtront le thème de Tatooine lors de l’introduction de la deuxième partie du Sacre, le Sacrifice. Et impossible de passer sous silence le crescendo de timbale lors de la Glorification de l’élue : Payare ne fait qu’un avec ses musiciens, on dirait qu’il tape lui-même sur la peau des percussions, frotte lui-même les cordes et souffle lui-même dans les vents.
La dernière note se suspend de l’air, l’ovation debout est immédiate.
Programme équilibré; livraison impeccable.
Rien à redire.
- Artiste(s)
- Orchestre Symphonique de Montréal
- Ville(s)
- Montréal
- Salle(s)
- Maison Symphonique
- Catégorie(s)
- Classique, Contemporain,
Événements à venir
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