Appalaches
Critique Publié le

Lancement d’Appalaches (avec The City Gates) | Un voyage intérieur planant

La formation montréalaise post-rock instrumentale Appalaches a lancé son deuxième album « Cycles », le 25 mars dernier, au Bar Le Ritz P.D.B. à Montréal. Ce fut dans une ambiance intime et chaleureuse que le groupe fut reçu, avec en première partie The City Gates.

Avant l’arrivée des groupes, il régnait dans la salle une ambiance tamisée, quasi-distinguée, créée grâce à des chandelles sur les tables et par la musique ambiante/drone hypnotisante, d’influence moyen-orientale. Des gens en complet qui jouent au billard ont l’air sortis d’une autre époque, avec leurs lunettes carrées et leurs coupes de cheveux à l’ancienne…

Après quelques tests de son, le groupe The City Gates entre sur scène. Étant seulement composé d’un guitariste, d’un bassiste et d’un batteur, City Gates prouve que le nombre de musiciens sur scène n’empêche pas de créer un mur de son intéressant.

D’ailleurs, les effets sont utilisés à profusion dans la soirée, chacun des guitaristes et même des bassistes possédant un impressionnant arsenal. L’utilisation massive du reverb et du delay, dans les deux groupes, a su rendre le son dense, complet, recherché.

Du Muse dénudé

Dès les premières notes de City Gates, à travers leur shoegaze, on distingue un son rétro, dû surtout aux lignes de basse. Une forte influence new wave, qui fait penser à The Cure, est aussi discernée. D’ailleurs, c’est un détail, mais le fil du guitariste en est un de style téléphone, rajoutant au caractère vintage du groupe.

Le son de la guitare sort dans deux amplis, ce qui rend le tout plus uniforme. Efficace, sans trop de flafla, malgré le nombre d’effets utilisés (car ça peut parfois détourner l’attention!). On pourrait dire que The City Gates ressemble à du Muse dénudé – une pureté émanant de ce minimalisme.

À la fin de certaines chansons, le chanteur-guitariste tourne les boutons de ses effets, créant des ambiances de noise intéressantes (on est contents d’avoir des bouchons lorsqu’il y a du trop de feedback!).

Le chanteur et le bassiste se relaient au chant clean. Ils sont peu charismatiques – le bassiste est presque inaudible lors de ses courtes interventions et le chanteur s’est seulement adressé à la salle une fois… Cela doit être dû au caractère introverti de leur musique, qui tend davantage vers l’intérieur et non l’extérieur. Une performance énergique de tous les membres a toutefois compensé.

Paradoxes magnifiques

Après une courte pause, Appalaches commence tout en douceur, avec une mélodie de piano qui amène peu à peu les autres instruments avec lui, dans un crescendo efficace. Très intéressant de constater que le claviériste joue parfois de la guitare, ce qui fait qu’il y a trois guitaristes sur scène à certains moments, et aussi que le batteur joue avec des maillets de percussion, chose tout de même rare dans le style.

Les guitaristes font d’ailleurs parfois du finger picking tout au long du spectacle, démontrant leur maîtrise technique. Du côté de la basse, l’utilisation d’effet de bass drop fut intéressant pour intensifier certains passages. On sent que chaque membre se donne dans ce projet, apportant quelque chose de particulier qui crée la richesse de leur son. Ils ont également une présence de scène remarquable, et l’un des guitaristes a su créer un bon contact avec le public.

Comme dans The City Gates, le noise est présent, et il est calculé au millimètre près. Le groupe est vraiment tight et fonce dans la nuit comme une comète. Certains riffs à saveur sludge, ou des passages plus rapides et dynamiques, captivent le public. Celui-ci semble envoûté, en transe, se laissant porter par les airs, tel des feuilles d’un arbre géant dans le vent. On se ferme les yeux, on se balance, et on se tient la tête parfois… Expériences intérieures, vécues en commun.

Appalaches sait toucher droit au coeur avec leurs riffs émotionnels et leurs ambiances éthérées. Les nuances sont bien calculées, chaque chanson devenant une histoire dans laquelle se déroule différentes péripéties. C’est le vol d’un oiseau silencieux, dans le vide intersidéral, d’une telle beauté. C’est froid, c’est chaud, c’est intense, c’est calme : c’est le mouvement même de la vie, les Cycles auxquels ils font référence. C’est paradoxal. Brut mais raffiné. Viscéral mais aérien. Fugitif mais éternel.

Dans une époque où les groupes instrumentaux semblent se multiplier et manquer parfois de substance, Appalaches démontre que l’instrumental est intriguant et captivant, en proposant une trame sonore parfaite pour voyager – et planer – à l’intérieur de soi. The City Gates et Appalaches, deux groupes indépendants d’ici à découvrir, le volume dans le fond – avec des bouchons.

Vos commentaires