crédit photo: Béatrice Léveillé
Boucar Diouf

Boucar Diouf à la salle Louis-Fréchette | Rire, réfléchir et en apprendre davantage sur la vie

Qu’ont en commun un chien, un chat, un garagiste et une palourde royale? À première vue, pas grand chose. Pourtant, entre les mains de Boucar Diouf, tout ce beau monde finit par se retrouver dans la même pièce. Avec son spectacle Trois prédateurs et un bungalow, l’humoriste et biologiste nous ouvre les portes de son univers, là où les animaux ont beaucoup à nous apprendre sur les humains. Un univers où les mots s’amusent, où la science se vulgarise et où le rire n’est jamais bien loin de la réflexion.

Avant même que Boucar Diouf ne fasse son entrée, les aboiements et les miaulements donnent le ton. Sur scène, un décor de salon nous accueille. Rien d’extravagant. Un environnement familier, intime, qui convient bien à cet homme dont l’une des forces consiste à raconter.

Dès son arrivée, l’artiste remercie chaleureusement les spectateurs de s’être déplacés. À  l’opposé d’une formule de politesse récitée machinalement. Il est heureux de retrouver son public, et cette reconnaissance, visible dès les premières minutes, ne le quittera pas de la soirée.

Son spectacle s’articule autour des chiens et des chats, de leurs origines, de leurs comportements et de l’éternelle question : lequel des deux est le meilleur compagnon? Mais réduire le propos à cette rivalité entre animaux domestiques serait bien mal connaître Boucar Diouf. Chez lui, une réflexion sur les animaux devient une observation sur la société, les relations humaines et nos contradictions.

L’ART DE JOUER AVEC LES MOTS

L’artiste possède la qualité de rendre passionnant un sujet auquel personne n’accorde d’attention. Biologiste de formation, il puise dans ses connaissances scientifiques pour alimenter ses réflexions. Les hormones, la biodiversité et les comportements animaux deviennent matière à rire, mais aussi à apprendre.

Son humour ne repose pas seulement sur les chutes. Il se construit dans les détours, les associations improbables et les jeux de mots. L’artiste possède un vocabulaire riche et un plaisir visible à l’utiliser. Ses envolées verbales entrainent parfois le public loin du point de départ, avant de le ramener au sujet initial.

boucar diouf cr beatrice leveille 200* Photo par (nom du photographe).

Il s’amuse avec les définitions, les devinettes et les proverbes hérités de ses grands-parents. Même son garagiste devient une référence dont les conseils méritent d’être écoutés. Quant à sa manière personnelle de prononcer certains mots, notamment son fameux «soèèèèère», elle ajoute une touche d’humour supplémentaire.

Quelques pointes sur les différences entre Noirs et Blancs, des observations politiques et un clin d’oeil à sa très connue palourde royale viennent compléter cet univers où le sujets les plus improbables se rejoignent.

UN PUBLIC QUI NE DEMANDE QU’À PARTICIPER

Ce qui étonne un peu durant la représentation, c’est la relation qu’entretient l’artiste avec son public.

Il ne se contente pas de raconter des histoires devant une salle remplie. Il s’adresse aux gens comme s’il les connaissait personnellement. À quelques reprises, il reconnaît des spectateurs et leur lance quelques mots. Ces échanges improvisés renforcent notre impression d’assister à une conversation entre amis plutôt qu’à un spectacle figé dans le temps.

Le public répond présent. Il rit, applaudit souvent, tape des mains et chante. À un moment, toute la salle reprend «La mère Michele» avec lui. Les applaudissements jaillissent tout au long de la soirée, plus souvent que d’habitude pour un spectacle d’humour. Certaines réflexions méritent autant d’être saluées que les meilleures blagues.

L’artiste aborde également sa relation avec celle qu’il surnomme affectueusement «sa Gaspésienne», sa conjointe des 25 dernières années. Derrière les plaisanteries, l’amour qu’il lui porte est évident. Cette tendresse apporte une autre dimension à un spectacle qui, malgré ses quelques références scientifiques, est très humain.

boucar diouf cr beatrice leveille* Photo par Béatrice Léveillé.

RIRE SANS LAISSER SON CERVEAU AU VESTIAIRE

La mise en scène ne vole pas la vedette à l’humoriste. Le décor et l’environnement sonore installent simplement le contexte. L’essentiel repose sur la parole, le rythme et la personnalité de celui qui occupe la scène.

À une époque où l’humour mise sur la provocation, les confidences intimes ou l’enchaînement rapide de blagues, l’artiste emprunte une voie différente. Son approche rappelle davantage celle d’un conteur qui décide de transformer ses connaissances en matière humoristique.

C’est ce qui distingue son travail. On rit, mais on découvre aussi comment certains de nos choix nuisent à la biodiversité. Les sujets abordés deviennent parfois éducatifs, mais jamais moralisateurs.

Il faut saisir les détours intellectuels et les jeux de langage pour savourer toutes les saveurs de cet humour. L’humoriste ne demande pas un rire explosif à chaque fin de phrase. Il préfère semer une idée, la laisser cheminer et permettre au sourire de se transformer en éclat de rire.

UNE GÉNÉROSITÉ QUI DÉPASSE LE SPECTACLE

À la fin du spectacle, il prend le temps de remercier ses collaborateurs et les gens qui lui sont chers. Fait plutôt rare, tous les spectateurs restent pour l’écouter. Personne n’est pressé de partir. Ses remerciements sont sincères, sentis, à l’image de l’homme qui vient de passer la soirée sur scène.

Avec Trois prédateurs et un bungalow, Boucar Diouf démontre qu’humour et réflexion font bon ménage. On rit, on apprend et on repart avec un regard différent sur le monde.

Après tout, apprendre en riant, n’est-ce pas l’une des plus agréables façon de devenir moins bête?

boucar diouf cr beatrice leveille 04* Photo par Béatrice Léveillé.

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