Interpol à L’Olympia | Rien ne sert de courir, il faut partir à point
Le groupe le plus cool et le plus mystérieux de la scène rock américaine venait nous présenter samedi This Mirror Weighs a Ton, sorti cette été, son meilleur album depuis, depuis…
…depuis 20 ans, probablement. Meilleur qu’El Pintor (2014) et Our Love to Admire (2007)? Selon les retours qui courent, selon les échos généraux des fans et de la critique : oui, This Mirror Weighs a Ton est effectivement à ce niveau. C’est un événement!
Il est passé 21h15, on commence le spectacle comme on commence l’album : This Mirror Weighs a Ton, la chanson, nous enveloppe directement dans les nappes complexes de guitares. Interpol nous emmène tranquillement dans son univers, tout en douceur. Pas de rush, vraiment aucun : la batterie est régulière, les notes de guitares et de basse, bien choisies. Marc-André, le boss, « m’avertissait » à plusieurs reprises cette semaine aux bureaux de Sors-tu? : Interpol, sur scène, ce n’est pas particulièrement dynamique. C’est même « plate », me dirait-on.
Peut-être un peu au début, il faut plusieurs minutes pour rentrer dans le jeu, se prêter au tempo lent mené au chant par Paul Banks, le ténébreux rockeur par excellence qui n’a jamais quitté ses lunettes de soleil de la soirée (on lui trouve quelques ressemblances avec Josh Homme, d’ailleurs. Encore plus avec les cheveux plaqués vers l’arrière). Son penchant guitaristique à sa droite, aux beaux cheveux ébouriffés, se montre plus expressif que son compagnon, toujours bien sapé dans son trois pièces propre et pas froissé. Quelle élégance!
Entame tranquille de la soirée alors, mais assister à un spectacle d’Interpol, c’est comme apprécier une vieille bouteille de vin au goût subtil : la qualité est là, mais il faut un peu creuser. Elle ne se dévoile pas si facilement, moins que chez un groupe qui ponctue chacun de ses interludes par des solos endiablés.
Mais une fois la bouteille une fois apprivoisée, il faut avouer que ça goûte bon. Très bon.
Varier le plaisir
Des quatre premières chansons interprétées, nous entendrons quatre albums différents : après l’ouverture de This Mirror Weighs a Ton, place à C’mere, d’Antics, No I in Threesome, d’Our Love to Admire, puis à My Desire, d’El Pintor. Si Turn On the Bright Lights est le chef-d’œuvre ultime d’Interpol, presque objectivement son meilleur album, le groupe ne se résigne pas à rendre à son public des sortes de tournées-rétrospectives du même album à jamais, piochant allègrement dans les meilleurs moments de l’ensemble de sa discographie (pas de pièces d’Interpol, de Marauder ou de The Other Side of Make-Believe à l’horizon, mais le reste des projets, de plus grande qualité, sont représentés de manière particulièrement équitable).
D’abord un quatuor, devenu trio après le départ de Carlos D. qui aura beaucoup impacté le groupe, Interpol a officiellement intégré cette année Brandon Curtis et Brad Truax à la formation, avant des musiciens de session, la transformant alors en un quintette à part entière. On sent une volonté chez Interpol d’avancer, de se renouveler, d’évoluer, de continuer à produire de la musique de qualité (la preuve cet été) et de ne pas tomber sur le pilote automatique. Et après presque 30 ans d’existence, ça a le mérite d’être souligné.
Le moment fort de la soirée? Sans doute cet enchaînement de NYC, d’Evil (« Rosemaryyy »!) et de Wounded Soldier, une pièce jouée pour la première fois de la tournée à Montréal. Ce segment a dû convaincre les plus sceptiques pour de bon, l’énergie en était à son paroxysme.
Après Obstacle 1, l’une des chansons les plus populaires de leur répertoire, place à un beau morceau de la dernière cuvée : Iron City, très « nationalesque ». Porté par un joli piano, on s’attarde plutôt aux paroles terriblement démoralisantes et actuelles : « We slept too deep / Now uncertainty fades to progress / The slow machine paved with traffic / Seems pleased to take us out »
Wouhou, génial! On sait tous vers où on s’en va, mais on continue d’aller droit dans le mur! La machine nous remplace déjà en écrivant des livres qui méritent apparemment le Goncourt, donc ce n’est qu’une question d’années avant qu’elle ne remplace complètement notre existence. Paul Banks est un ami, il utilise sa voix pour dénoncer ce nous qui arrive, ce qu’on nous impose, plutôt.
Il serait temps de partir une petite révolution, non?
Retour vers le passé avec le rappel : belle surprise avec Leif Erikson, pas interprétée particulièrement souvent par Interpol, puis Take You on a Cruise et PDA.
Pas d’Untitled entendu de la soirée, ce sera pour une autre fois!
Un super spectacle de rock, pas show off, mais aux ambiances hypnotisantes qui compensent le caractère statique du groupe. Aucunement déçu : j’ai aimé ça, boss!
DIIV
Il est 20h, on plonge dans le vif du sujet avec DIIV (prononcé « dive », comme dans « plonger », voyez), un quatuor basé à Brooklyn mené par ce drôle d’oiseau qu’est Zachary Cole Smith : mauvais mixage dans les haut-parleurs sur Horsehead, le premier morceau, qui ne rend pas justice à la qualité groupe. C’est tellement fort et brouillon qu’on assume que DIIV sera un énième mauvais groupe de shoegaze qui préfère exploser les tympans de son public qu’écrire des chansons intéressantes, mais on a jugé trop vite : Under the Sun, The Fountain, Doused – les morceaux s’enchaînent et dévoilent une palette franchement impressionnante de la part du quatuor, mêlant riffs complexes, pièces entraînantes et énergie presque heavy metal.
C’est chaudement recommandé! DIIV sortira d’ailleurs un album à la toute fin du mois, ZIRP!.
Grille de chansons
- This Mirror Weighs a Ton
- C’mere
- No I In Threesome
- My Desire
- All the Rage Back Home
- Rest My Chemistry
- See Out Loud
- Wings on Fire
- NYC
- Evil
- Wounded Soldier
- Pioneer to the Falls
- Obstacle 1
- Iron City
- The New
- Slow Hands
Rappel
- Leif Erikson
- Take You on a Cruise
- PDA











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