crédit photo: Pierre Langlois
Montréal Anti-Jazz Police Festival

Montréal Anti-Jazz Police Festival – Jour 1 |David Binney et Dolman / Rossy / Jobin à l’Ursa | Un premier soir riche en jazz contemporain original

Le premier soir du Montréal Anti-Jazz Police Festival confirme qu’il y a un public pour la musique jazz contemporaine champ gauche. La petite salle chaleureuse de l’Ursa est pleine à craquer pour assister aux excellents concerts de David Binney accompagné de la crème des musiciens de Montréal. La soirée se termine avec le projet du batteur Aaron Dolman, accompagné des chanteuses Sarah Rossy et Eugénie Jobin.

Le Montréal Anti-Jazz Police Festival prend place à l’Ursa, la salle de concert de l’avenue du Parc appartenant à Martha Wainwright. Il a lieu pendant quatre soirées, du 26 au 29 mars. C’est une programmation variée qui nous est proposée avec divers artistes principalement issus de la scène locale et jouant un jazz moderne ou, du moins, un style original. Le batteur Tommy Crane est à l’origine de cette programmation alléchante. Et comme nous tous, vous vous demandez d’où vient le nom Anti-Jazz Police Festival? Martha Wainwright a fourni la réponse et c’est une référence directe au titre Jazz Police de Leonard Cohen sur l’album I’m Your Man (1988).

La soirée commence à 17h avec le claviériste et producteur Edwin De Goeijla, suivie de la chanteuse Erika Angell en solo pour jouer des titres de son tout récent album The Obsession With Her Voice. Malheureusement, je n’étais pas là, la job, tsé…

À 20h, c’est donc le saxophoniste new-yorkais David Binney, un des saxophonistes altos contemporains les plus acclamés qui entre en scène. On citera brièvement ses collaborations avec Medeski Martin & Wood, Ben Monder, Bill Frisell, Brian Blade.

Sur la petite scène se retrouve donc David Binney au saxophone avec quelques pédales pour altérer le son de son instrument, au chant ainsi qu’au clavier sur un titre. Andrew Barr (Barr Brothers, Lhasa de Sela, Patrick Watson, Fred Fortin), Tommy Crane (Richard Reed Parry, Warren Spicer, Martha Wainwright) et Morgan Moore (Little Animal, Joe Grass, Martha Wainwright, Yannick Rieu) complètent la formation. Des musiciens de gros calibre que l’on croise régulièrement sur scène et dont le talent ne laisse pas indifférent.

Avec un répertoire diversifié qui va du ambient de David Binney et de Tommy Crane avec ses nappes de claviers à des chansons plus conventionnelles en passant par un standard et des improvisations lorgnant vers le free jazz, c’est une belle prestation qui démontre l’ampleur du talent des musiciens et leur connivence.

On pourrait reprocher l’utilisation devenue conventionnelle des effets de retard sur le saxophone qui fait qu’à la fin, ça sonne comme tout le monde, quel que soit l’instrument d’origine. Le talent d’improvisateur et la richesse du vocabulaire musical de Binney nous font cependant passer à autre chose.

Tommy Crane aime être accompagné d’un autre batteur et Andrew Barr sait compléter son comparse pour une opulence de percussion assez maîtrisée. Morgan Moore danse avec sa contrebasse avec un large sourire.

Entre les deux sets du groupe, Martha Wainwright a joué un titre avec le quartet et Edwin De Goeij au piano. La tradition voudrait qu’elle chante un titre par soir avant d’aller coucher ses enfants.

Le quartet de David Binney a fait preuve d’une belle osmose. Son répertoire aux influences variées a donné un concert riche en rebondissements et en jazz moderne.

On peut retrouver David Binney à Montréal ce samedi 30 mars au O Patro Vys, pour un concert orienté ambient avec le lancement de son album In The Arms Of Light, sous l’étiquette Dièse Onze Records.

Le folk revisité d’Aaron Dolman, Sarah Rossy et Eugénie Jobin

Pour terminer la soirée, c’est avec joie que je retrouve le projet du batteur montréalais Aaron Dolman accompagné des magnifiques voix de Sarah Rossy et Eugénie Jobin, qui nous livrent une interprétation aux tendances jazz contemporaines de titres folk. Pour rappel, le trio était mon gros coup de cœur du Off Jazz festival de 2022.

Les deux chanteuses sont assises face à face, une table les sépare où sont installées quelques pédales. Dolman est en arrière avec son set de batterie et ses multiples percussions, parfois surprenantes comme de vraies cloches à vaches ou un batteur mécanique manuel! À la différence de la prestation de 2022, il n’y a pas de vibraphone et les effets sur les voix sont moins présents.

Avec pour simple accompagnement une batterie, les deux femmes ont le chant libre pour s’exprimer pleinement et mélanger leur voix de façon gracieuse. Elles s’échangent des regards souvent rieurs. Les mélodies aux origines folk sont magnifiées par des propositions souvent innovantes et surprenantes, le tout emmené par la rythmique passionnée et dynamique de Dolman.

Sur la pièce maîtresse du trio, Two Boats and the Lighthouse Keeper, les voix s’emmêlent dans un canon de plus en plus complexe et enivrant pour terminer avec les chanteuses prononçant un mot sur deux des paroles. Une technique impressionnante mais qui sait rester au service du titre.

Le concert se termine par une belle adaptation du titre Can The Circle Be Unbroken (By and By) où le trio prend la liberté d’ajouter un couplet pour perpétuer la tradition des titres folk qui évoluent avec le temps et les interprètes. Une version qui sait rester fidèle mais qui démontre encore une fois la maîtrise du trio. La voix de Dolman s’y ajoute, pour un peu plus de basse aux voix féminines.

Le mélange des voix de Sarah Rossy et d’Eugénie Jobin, avec comme seul accompagnement la batterie d’Aaron Dolman, est une belle réussite au charme enivrant et permet de finir la première soirée du festival d’une magnifique façon.

À noter que Sarah Rossy lance son nouvel EP dans le cadre du festival ce mercredi 27 mars à 20h00 à l’Ursa.

On peut également retrouver le trio sur l’excellent album Are You Here to Help?, sorti en 2022.

Photos en vrac du quartet de David Binney

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