Danse Lhasa danse
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Danse Lhasa Danse à la Place des Arts | Faire renaître Lhasa par le mouvement et le chant

À l’occasion du 30ème anniversaire de la compagnie PPS Danse, le spectacle Danse Lhasa Danse a repris vie, en hommage à Lhasa de Sela, artiste disparue il y a dix ans. Le spectacle multidisciplinaire, originalement réalisé en 2011 avait récolté de nombreux éloges. Le programme a été revisité à 20% pour un meilleur équilibre entre la danse et la musique. La proximité entre les danseurs et les chanteurs fait entre-autre la force de ce nouveau spectacle. Les danseurs chantent, les chanteurs dansent.

Oui, c’est une ode à la vie, mais c’est aussi une réflexion profonde sur la mort. Des chansons plus festives aux sons mexicains, d’autres plus profondes et porteuses. Le directeur du spectacle et de PPS Danse, Pierre-Paul Savoie, mentionne que « Lhasa nous apprend comment mourir», sujet universel mais toujours tabou. On sent tout au long de la représentation les dualités entre la vie et la mort ainsi qu’entre le réel et l’imaginaire à travers les chorégraphies et musiques exécutées en symbiose. Des lumières laissent planer une ambiance magique et mystérieuse, comme était décrite l’aura de Lhasa.

Nous nous laissons emporter dans l’univers de Lhasa de Sela grâce aux chorégraphies de Myriam Allard, Hélène Blackburn, Sébastien Cossette-Masse, Roxane Duchesne-Roy, Pierre Lecours, David Rancourt, Pierre-Paul Savoie, Roger Sinha et Edgar Zendejas.

On sent la présence de Lhasa même si elle n’y est pas. Le spectacle est à l’image de l’artiste multidisciplinaire qu’elle était. Il mélange des vidéos, des sons, de la musique, du chant et bien sûr, de la danse. Les 16 artistes sur scènes s’harmonisent, se mélangent et créent un tout magnifiquement orchestré.

Le spectacle réunit Bïa (amie de Lhasa), Alexandre Désilets, Geneviève Toupin et Karen Young accompagnés de sept danseurs et cinq instrumentalistes sous la direction de Frédéric Darveau. Le spectacle de ce jeudi 6 février comptait aussi la chanteuse Betty Bonifassi, artiste invitée. C’est 23 chansons du répertoire de Lhasa qui ont été interprétées hier soir au Théâtre Maisonneuve de la Place des arts de Montréal.

* Photo par Jean-François Leblanc.

 

Parmi les moments marquants du spectacle, une danseuse vêtue de rouge qui fait un solo, ou pourrait-on dire un duo, avec la chanteuse sur scène. La danseuse dévoile une traine à sa robe et nous hypnotise en tourbillonnant avec agilité. Durant l’une des chansons, les danseurs enfilent des bottes de pluie qui leur permettront par la suite de sauter tout en créant une mélodie rythmée.

Entre les claquements de doigts, de mains, de bottes, de talons, on sent une ambiance chaleureuse et conviviale. L’envie nous prend presque d’aller danser avec eux, jusqu’à ce que les chansons poétiques et plus profondes prennent leur place pour nous bercer. Un moment qui a particulièrement capté l’attention du public fût lorsque chanteurs et danseurs récitèrent en cœur une chanson sans micro, en dansant. L’harmonie entre les artistes de plusieurs disciplines est incroyable.

* Photo par Jean-François Leblanc.

Un moment touchant, à la fin du spectacle, nous fait pénétrer dans la vision de la mort de Lhasa de Sela. Sa voix enregistrée introduit la chanson en expliquant que son père percevait la mort comme une nouvelle naissance dans un monde que l’on ne connaît pas encore. Lhasa ajoute que l’enfant dans le ventre de sa mère sait qu’il y a un monde inconnu de l’autre côté et qu’il ne sort que lorsqu’il manque d’espace. Elle partage cette idée dans les paroles de son œuvre qui suit, nous confrontant ainsi à la représentation de la mort.

Lhasa de Sela, artiste américano-mexicaine est décédée prématurément du cancer du sein en janvier 2010. Sa voix profonde et unique a marqué le Québec à travers des chansons mélangeant anglais, français et espagnol.

Pierre-Paul Savoie mentionne dans son discours pré-spectacle que même sans avoir connu Lhasa personnellement, elle avait provoqué quelque chose en lui. Il dédie le spectacle « revisité par des âmes toutes aussi grandes » à la mère de Lhasa de Sela. Pierre-Paul Savoie souligne lors de la soirée du 6 février que ce n’est pas une coïncidence s’il neige. Les jours suivant le décès de Lhasa, il neigeait sur Montréal.

La salle était comble et une supplémentaire a été ajoutée le 19 novembre prochain à la Place des arts. Deux représentations hors-Montréal auront aussi lieu au cours des prochaines mois : le 27 février au Palais Montcalm de Québec, et le 1er novembre au Zénith de St-Eustache.

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