Critique théâtre | Albertine, en cinq temps fête ses 30 ans au TNM

Certaines histoires traversent le temps et restent toujours aussi efficaces sur les planches d’un théâtre. C’est le cas d’Albertine, en cinq temps, pièce de théâtre de Michel Tremblay, fréquemment décrite comme un chef d’œuvre. Jouée pour la toute première fois en 1984, l’histoire d’une seule femme en cinq voix célébrait ses 30 ans d’existence au Théâtre du Nouveau-Monde jeudi soir.

Lorraine Pintal mettait en scène Émilie Bibeau, Éva Daigle, Marie Tifo, Lise Castonguay, Monique Miller et Lorraine Coté dans un décor tout en simplicité, sous un éclairage efficacement épuré de Denis Guérette.

La pièce prend place avec Albertine, 70 ans, passée tout près de la mort, qui remet en question chaque période de sa vie alors qu’elle emménage dans un foyer de personnes âgées. Sa sœur et quatre versions d’elle à 30, 40, 50 et 60 ans prennent place à ses côtés et sur des balcons.

L’illusion du personnage qui parle à son passé est réussie. D’abord par l’habileté du texte de Michel Tremblay et par les décors, qui nous plongent visuellement dans les 4 coins des souvenirs d’Albertine. La sœur qui se promène dans les cinq époques sert de fil conducteur et apporte la légèreté qu’il faut pour équilibrer les personnages tragiques d’Albertine.

Mention particulière au jeu d’Émilie Bibeau, qui campe la plus jeune Albertine. Elle représente cette jeune femme encore actuelle, partagée entre l’indépendance et la vie de famille. Certes, les valeurs de femme au foyer de ce temps n’ont rien à voir avec aujourd’hui, mais son histoire de mère violente reste toujours d’actualité et sa rage, elle nous la fait ressentir.

Si Émilie Bibeau est celle qui touchait le public, celle qui le faisait rire, c’est Lise Castonguay. Albertine à 40 ans, pleine de cynisme, de regrets, qui hurle « on s’en sacre des hirondelles ! » du haut d’un balcon, dans une chambre où elle reste enfermée avec ses médicaments. Cet humour sarcastique, le regret et la nostalgie dans les dialogues du personnage créait des moments forts.

Le public a eu droit à un beau moment après la finale, quand Marie Tifo a fait un court discours pour honorer le 30e d’Albertine, en cinq temps et que Michel Tremblay et trois des premières comédiennes à avoir joué la pièce en 1984 sont montées sur scène. En retour, l’audience leur a offert une ovation debout.

C’est une pièce pour être touché, transporté, dans l’esprit d’une femme pleine de souvenirs tragiques. Rien pour se remonter le moral, mais tout de même un bon classique de Michel Tremblay.

En représentation au Théâtre du Nouveau Monde du 11 mars au 5 avril 2014 et en supplémentaires les 9 et 10 avril 2014.

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