Portishead
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Critique concert: Portishead à Montréal

Vendredi 7 octobre 2011 – Quai Jacques-Cartier (Montréal)

Portishead était finalement de retour à Montréal ce soir, et les 13 ans d’absence en auront valu le coup! Le groupe britannique a offert une prestation tout simplement sublime, d’une rare finesse et impétueuse lorsqu’il le fallait. Une rencontre quasi-parfaite qui a laissé les fines oreilles pantoises.

Photo par Patrick Roger

Les aussi belles soirées sont rares au début octobre, tout comme le sont les concerts extérieurs d’une qualité sonore aussi limpide.

Les astres étaient alignés; le rendez-vous tant attendu avec Portishead, qui paraissait pourtant si risqué sur papier, s’est avéré magique pour les quelques 11200 spectateurs présents, selon evenko.

Départ cordial

Avec son flegme habituel, la chanteuse Beth Gibbons s’est pointée sur scène au son de la pièce d’ouverture de l’album Third, l’entraînante Silence. Entourée du bassiste Adrian Utley, du percussionniste Geoff Barrow et de 3 autres musiciens, Gibbons s’est installée au micro et n’a pas semblé laisser la moindre fausse note passer.

La première demi-heure s’est avérée plutôt conviviale pour une formation qui mise davantage sur la lenteur et l’étrangeté. Coup sur coup, Mysterons, The Rip et Sour Times ont réjoui la foule par la relative légèreté du ton, pendant que la troupe déployait la variété inouïe de ses sonorités.

Geoff Barrow. Photo par Patrick Roger

Les tons de guitare, les percussions programmées et les synthés se plaçaient dans l’espace avec un soin quasi-maniaque, alors que la basse bondissait sur les rythmes raffinés du batteur, formant un canevas parfaitement contrôlé sur lequel Gibbons pouvait déposer sa voix tantôt angélique, tantôt mystérieuse.

Les projections sur l’immense écran en arrière-plan de la scène sont également dignes de mention. On y projette des images captées en direct, souvent superposées les uns sur les autres, et traitées à la manière de vieux films noirs troublants. Des animations psychédéliques prenaient parfois la relève. Visuel parfait pour bonifier la musique exigeante de Portishead.

Les versions interprétées étaient, dans l’ensemble, assez fidèles aux enregistrements, mais l’énergie était toute autre. Certains tempos étaient soigneusement accélérés, d’autres ralentis; les dynamiques sont réfléchies, maîtrisées. Le tout est visiblement très étudié mais la formation a eu le bon jugement de laisser l’espace qu’il faut pour l’émotion.


Des moments plus déroutants

Très près des versions originales dans la forme donc, à l’exception notable de Wandering Star, en version « show de salon ». Assise sur une chaise face à Utley qui menait la pièce sans support percussif, Gibbons a livré une version déroutante et bouleversante de la chanson tirée du premier album Dummy qui prenait une toute autre dimension. Appelons ça du mélodramatique de bon goût. La finale, où la chanteuse a substitué le thérémine par sa voix de tête chevrotante, glaçait le sang.

Photo par Patrick Roger

Les moments les plus déconcertants allaient suivre. La singulière Machine Gun en mettait plein les oreilles avec sa rythmique d’une froideur violente.

Le classique Over, un petit chef d’oeuvre de trip-hop s’il en est un, a également paru plus échevelé que sur disque, tout comme l’ahurissante Cowboys, livrée avec un aplomb grisant. Portishead a également interprété Chase the Tear, le single hors-album lancé pour Amnistie internationale en décembre 2009, qui s’agençait à merveille à la grille de chansons.

Les jolies Glory Box et Roads ont pour leur part fourni les moments les plus doux et fédérateurs du concert, laissant libre court à la jolie voix de Gibbons de prendre son envol.

La finale de Threads tout juste avant le rappel et celle de We Carry On à la toute fin ont proposé les moments les plus tonitruants et intenses du court spectacle.

Un peu trop court, d’ailleurs, diront certains, mais mieux vaut en offrir moins lorsqu’une telle qualité est au rendez-vous, que d’étirer la sauce au détriment de l’excellence de l’ensemble.

L’une des grands concerts de l’année à Montréal, aucun doute.


Photos en vrac (par Patrick Roger):

 


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Grille de chansons:

1. Silence
2. Nylon Smile
3. Mysterons
4. The Rip
5. Sour Times
6. Magic Doors
7. Wandering Stars
8. Machine Gun
9. Over
10. Glory Box
11. Chase the Tear
12. Cowboys
13. Threads

Rappel
Roads
We Carry On

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