BIRMANI
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Coup de coeur francophone 2019 – Jour 4  | BIRMANI à L’Esco: La fonderie du stoner prog

On connaît bien les groupes stoner montréalais The Hazytones, Priestess ou Floating Widget. Il est toutefois assez rare de trouver des groupes oeuvrant dans ce style avec des paroles en français. Ce marché très niché est toutefois exploré par Les Indiens (de Québec), ainsi que Prieur & Landry et Fuudge de Montréal, entre autres. Hier soir, grâce au festival Coup de coeur francophone (série Au cœur de la nuit), on a pu connaître le groupe de « rock cannabique » montréalais BIRMANI, qui présentait le lancement de son «EP3». La journée grise et un peu morne a curieusement été allégée par de lourds riffs engourdissants.

En première partie, le trio grunge/punk/stoner Montréal Carnivores a préparé le terrain de façon quand même efficace, ayant la particularité d’avoir le drummer comme chanteur principal. On ne comprend pas tout le temps où ils veulent en venir, mais les tounes restent dans la tête, malgré les structures en zigzag.

Puis, l’artillerie lourde de BIRMANI arrive, détruisant L’Esco de façon merveilleuse avec sa guitare détunée, son drum qui arrache tout et sa basse agressive.

Redéfinir le temps

Après un passage qui bûche aux Francouvertes plus tôt cette année, le groupe était présent pour lancer son tout dernier EP3, eux qui en ont sorti trois en deux ans (dont deux parus à quatre mois d’intervalle l’année dernière).

Photo par Alex Boudreault

Explorant des territoires stoner, doom et psychédélique, BIRMANI semble vouloir redéfinir la notion du temps. EP3 consiste en seulement deux chansons, mais dure en tout… 30 minutes. Peut-être inspiré par Dopesmoker du groupe Sleep, «chanson-album» de 63 minutes, la pièce Mes démons (me jouent de la crécelle) est une odyssée musicale faisant précisément 23 minutes 47 secondes, où on visite une pléthore d’émotions.

«Le concept de cet album: une ostie de longue toune», pouvait-on lire sur la page Facebook de BIRMANI… Avec des paroles du poète et auteur Gabriel Harvey-Savard,  le groupe s’aventure dans la contrée du riff infini avec une aisance toute particulière. Cette pièce-fleuve réfléchie et fluide, toute en mouvements et en nuances, fait réaliser qu’il peut y avoir de la douceur (what?!) à travers la lourdeur cinglante du stoner, faisant cohabiter des moments légers et aériens aux riffs «boueux» typiques. À L’Esco, l’interprétation de cette pièce a été sans faille.

À souligner: l’artwork frappant du EP3, réalisé par l’artiste montréalais Brouemaster Visual Decay.

Voivod + Dopethrone = BIRMANI

Décrit avec humour par les membres du band eux-mêmes comme étant «le pire» style de musique, les sonorités du power trio font penser à Voivod, période Angelrat, qui aurait copulé avec Dopethrone. C’est que BIRMANI va un peu plus loin que le stoner typique, en incorporant un côté prog dans toute cette pesanteur. Ils restent toutefois dans des limites acceptables, sans jouer des millions de notes et des solos à n’en plus finir. On dénote aussi un petit côté post-rock dans le tout, et un amour évident pour les pédales d’effets.

Les jeunes hommes sont souriants et blagueurs. Pour se présenter, ils prononcent le nom de leur band avec un faux accent anglophone, et disent aussi qu’ils interpréteront leurs «meilleurs succès». Le public (restreint, mais tout de même vraiment acceptable pour un dimanche soir) embarque dans leur trip, désarmé par la candeur et la désinvolture de ces jeunes hommes charismatiques qui présentent un son méticuleux.

Un tone recherché

Le tone est recherché, à la Sunn O))). C’est chaud, c’est riche, c’est comme de l’or en fusion. Une sorte d’épais liquide brûlant, qui fond entre les doigts, créé dans un univers où le temps diffère. La patiente fonderie BIRMANI fait un excellent travail, tant sur scène que sur disque.

Le groupe sera en prestation prochainement, lors du jour 2 du Cuch Fest XIV, le 7 décembre à La Vitrola ainsi qu’au festival Slush le 11 janvier prochain avec Sons Of Arrakis, Valery Vaughn et Destruction Derby.  Définitivement à voir et à entendre!

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