crédit photo: Thomas Mazerolles
Carpathian Forest

Messe des Morts X | Une célébration sacrée du black metal

Après deux ans de pause forcée et une édition locale réussie entre deux confinements, la Messe des Morts était de retour pour célébrer sa dixième édition, enregistrant un record de spectateurs au Théâtre Paradoxe, dont la première soirée à guichets fermés. Une célébration et un rassemblement réussis autour du black metal, dans un lieu magique et sacré, qui a vu briller dans leurs arts occultes des artistes comme Carpathian Forest, Harakiri For The Sky, Sacramentum, Primordial, Panzerfaust ou encore Regarde les hommes tomber.

Génèse : écoute les diables sombrer

Pour la première fois dans l’histoire du festival, la Genèse se tenait aussi au Théâtre Paradoxe, une bonne décision car la salle était remarquablement remplie pour cette soirée d’ouverture avec une belle programmation.

C’est le groupe Orphique qui avait l’honneur de briser la glace, célébrant la sortie de l’album Consécration Cadavérique. Nouvelle signature du label Sepulchral Productions, le groupe donne dans un black metal très imprégné de la griffe mélodique et atmosphérique du métal noir québécois.

S’en suivait la reformation de November Grief, groupe de death metal féminin québécois fondé en 1994. Le groupe faisait un retour sur scène après 25 ans d’absence, martelant une foule conquise avec un son écrasant et bien gras, très old school, non sans rappeler Napalm Death, avec des touches plus mid-tempo.

Les Terre-Neuviens de Grenadier ont ensuite foulé les planches pour la première fois à Montréal, captivant le public avec de superbes riffs mélodiques, dans un genre épique et brutal à souhait, présentant des pièces du remarquable Trumpets Blare in Blazing Glory. Une bonne dose de death métal à l’ancienne, mélodique et diablement efficace.

La noirceur et la lourdeur sont montés d’un cran avec le rituel des Ontariens de Panzerfaust, écrasant l’audience avec des fréquences si graves et fortes qu’il était difficile de comprendre quelque chose. Le son s’est heureusement amélioré vers la fin, permettant de mieux apprécier la puissance ténébreuse d’outre-tombe que peut dégager ce groupe canadien.

La soirée s’achevait avec les très attendus Regarde les Hommes Tomber, phénomène du black métal français qui jouait pour la première fois en Amérique du Nord. Faisant parler l’expérience et leurs récentes tournées en Europe, les Nantais ont livré une superbe prestation, plongeant le public dans une cérémonie de black metal envoûtante, principalement accès sur leur dernier album Ascension. Ne baissant jamais d’intensité, le groupe terminera son set avec la longue pièce Au Bord du Gouffre.

Psaume I : Des clous, du sang et des hymnes guerriers

Cette deuxième soirée était ouverte par le trio de Québec, EOS, défendant les pièces de leur premier album Les Corps S’entrechoquent, dans un style atmosphérique et mélodique plutôt classique, suivi d’un groupe d’Aberta mené par une chanteuse guitariste, Sorguinazia, défendant aussi un récent premier effort intitulé Negation of Delirium, dans un genre un peu plus écorché.

La suite fut plus théâtrale, intrigante et sanguinolente avec le spectacle d’Ifernach, projet d’un seul homme originaire de Gaspésie, dont l’intensité semble augmenter avec les années. Un black metal cru, froid et sanglant comme le cœur d’animal brandi puis jeté dans la foule par Finian Patraic, meneur d’une horde maquillée bien en place, arrivant à créer une certaine atmosphère.

Les Allemands de Sarkrista faisaient alors leur baptême du feu à Montréal avec leur black metal à la fois hargneux et mélodieux, non sans rappeler les groupes comme Sargeist ou Horna, maîtrisant cette fine balance entre un côté true black metal primitif et des riffs très mélodiques, parfois répétitif mais toujours efficace, comme les pièces tirées de leur album acclamé Summoners of The Serpents Wrath.

Azarath prenait ensuite la scène d’assaut avec son death black lourd et percutant. Groupe de Pologne, fondé par Inferno de Behemoth en 98, on ne pouvait pas s’empêcher de faire la comparaison musicalement, car c’est assez proche, et de peut-être trouver ça un peu déjà vu. Cependant, force est de constater le talent des Polonais pour ce style, et la puissance du groupe, le batteur Stormblast faisant un remarquable travail pour remplacer Inferno.

Il fallait alors Sacramentum pour nous rappeler l’essence du black métal suédois des années 90 : mélodique et diabolique, mais avec des bracelets à clous et du sang sur fond de thématiques occultes et sataniques. Les Suédois ont livré une excellente performance pour leur première fois en Amérique du Nord, jouant leur chef d’œuvre Far Away From The Sun. Menés par Nisse Karlen, le chanteur n’hésitant pas à illustrer la chanson Blood Shall Be Spilled en se versant une coupe de sang sur la tête et le torse, transcendant une célébration d’une grande époque du black métal, menée à l’époque par leurs amis de Dissection, dont on retrouve d’ailleurs l’ancien batteur ce soir, Tobias Kellgren.

La clôture de la soirée voyait le premier concert de Primordial au Canada en dix ans. Très attendus, les Irlandais ont su emporter la foule au son de leurs hymnes guerriers épiques comme Where Greater Men Have Fallen ou Sons of the Morrigan. Qu’on aime ou pas le groupe, force est de constater que leur musique au tempo plus modéré et au chant plus clair s’élève à une autre dimension en concert, plus puissant et prenant, faisant forcément lever les poings dans les airs. Une conclusion parfaite pour cette deuxième soirée où l’église était encore bien remplie de fidèles.

Psaume II : Post-Black Metal VS Punk Black Metal

Le groupe franco-montréalais Catacombes ouvrait le bal de cette dernière soirée, dans un black metal assez cru mais inspiré et efficace, présentant des pièces de leur nouvel album Des Briques et des Glaires.

Ils étaient suivis par Unreqvited, groupe ontarien qui se produisait à Montréal pour la première fois, dans un genre beaucoup plus post-black metal, et beaucoup moins rentre-dedans.

Toujours dans une veine très mélodique, le groupe d’Alberta Arctos venait ensuite défendre leur remarquable premier album, Beyond The Grasp Of Mortal Hands, une autre première montréalaise.

Dans une soirée avec quelques groupes de post-black métal mélodique, propre et bien rangé, les Français de Hell Militia sont venus mettre une claque de black metal sale et méchant, hargneux à souhait, avec une attitude plus punk, crachant sur le public et parlant en anglais… Vétérans du black metal hexagonal, les Parisiens faisaient aussi leur première apparition montréalaise, envoyant des pièces de leur dernier album Hollow Void, et utilisant l’autel de l’église avec des projections étranges.

L’intensité est encore montée avec les Norvégiens de Nordjevel. Le groupe est loin de réinventer le pentagramme, pratiquant un black métal en corpse paint anti-religion assez classique, mais il le pratique avec excellence, et d’une efficacité redoutable. Une puissance notamment appuyée par la machine humaine Dominator, l’impressionnant batteur de Dark Funeral.

Très attendus, ce sont ensuite les Autrichiens de Harakiri For The Sky qui ont investi la scène devant une salle pleine. Ambassadeurs de la nouvelle vague du post-black metal, parfois moins appréciée des puristes du genre, mais qui prend clairement un autre dimension en spectacle, le groupe a su conquérir la foule avec une prestation remarquable et des mélodies prenantes, envoûtant l’église avec des morceaux imparables comme I, Pallbearer ou l’épique Calling The Rain, et un certain professionnalisme, avec un set carré et un son bien balancé.

Enfin, c’était au tour d’une légende du black métal norvégien de monter sur scène : Carpathian Forest. Mené par Nattefrost, un personnage fascinant de spontanéité et d’authenticité, le groupe a livré le concert le plus punk et rock’n’roll du festival, une conclusion parfaite à cette Messe des Morts, pour rappeler encore une fois l’aspect plus cru et les racines du style musical. Présentant quelques morceaux d’un prochain album, Carpathian Forest a surtout fait exploser le public et le mosh-pit avec des classiques comme Morbid Fascination of Death, Sadomasochist, Carpathian Forest ou Mask of The Slave.

« Merci beaucoup Montréal! » lance en français Nattefrost, avant d’envoyer une reprise du classique Bite It You Scum de GG Allin, qui fait l’effet d’une bombe dans le public et le mosh-pit qui s’enflamme, rappelant encore une fois la connexion parfois oubliée du punk et du rock’n’roll avec le black metal. Et quoi de mieux que de se le faire rappeler par Nattefrost, et un grand nom du black metal norvégien, pour conclure en beauté cette dixième Messe des Morts.

 

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