Jonas Brothers
Critique Publié le

Les Jonas Brothers au Centre Bell | Du neuf et du vieux: un mariage réussi

Rares sont les soirées aussi longues qui passent en un claquement de doigts. Les Jonas Brothers ont su relever le défi avec brio en voguant entre du vieux et du nouveau pour leur spectacle dans le cadre la tournée Happiness Begins. Le spectacle était très bien ficelé et a prouvé de surcroît la pertinence du retour du trio.


Un retour attendu

Le premier (et dernier) spectacle de Kevin, Joe et Nick Jonas à Montréal remonte au 4 septembre 2010, alors que la fratrie avait respectivement 22 ans, 21 ans et 17 ans. Le groupe, voguant sur le succès de ses quatre premiers albums, mais aussi sur le succès des séries et films Disney les mettant en vedette, s’était offert un Centre Bell.

Quelques années plus tard, le groupe a entamé une tournée qui se voulait plus intime, optant ainsi pour de plus petites salles. Le Métropolis (ancien MTELUS) de Montréal était prévu à la tournée mais, coup de théâtre, le groupe annonce sa séparation à la suite de « divergences artistiques ». De quoi faire poireauter longuement les fans, qui auront finalement dû attendre 9 ans avant de voir un retour des trois frères!

Bien évidemment, le titre de l’album récent des Jonas Brothers, Happiness Begins, n’est pas anodin. L’album-retour démontre un plus grand relâchement de la part du boys band, une plus grande liberté artistique, qui se traduit par un album moins prémâché, plus mature et s’éloignant indubitablement des compositions à l’eau de rose auxquels ils étaient plus habitués.

Fans des « anciens » Jonas Brothers, ne vous en faites pas! On retrouve dans Happiness Begins la même sensibilité, seulement illustrée par une plus grande maîtrise musicale, et une plus grande recherche stylistique. Une transition que j’avais d’ailleurs soulignée dans un article paru il y a quelques semaines.

Le spectacle a commencé en éclat : arrivant sur scène à partir d’une plateforme venant du plafond, les Jonas Brothers ont pu profiter d’un chaleureux accueil du public, alors qu’ils entamaient Rollercoaster, tiré de leur dernier album. Des effets pyrotechniques originaux les accompagnaient durant cette performance.

D’ailleurs, les Jonas Brothers ont assurément pris le temps de s’assurer que le spectacle était varié au point de vue technique : effets pyrotechniques, grosses sphères lumineuses volantes et même quelques air dancers faisaient partie du matériel utilisé à travers la soirée, de quoi s’assurer que le spectacle ne devienne pas redondant.

Un nouveau départ réussi

Bénéficiant déjà d’une grande scène, les Jonas Brothers ont aussi performé sur une plateforme se trouvant à l’autre extrémité du Centre Bell, question de faire plaisir aux gens un peu plus loin. Somme toute, tout le monde aura eu son moment à proximité des Jonas Brothers : le trio se séparait souvent pour s’assurer que le public restait avec eux, ce qui a aussi su assurer des cris des admirateurs (mais surtout admiratrices) présents durant la soirée.

D’ailleurs, ces admiratrices n’étaient pas en reste, particulièrement lorsque les Jonas Brothers ont décidé de personnaliser la soirée, en demandant au public quelle chanson il voulait entendre. Meilleure pire idée ou pire meilleure idée, à vous de décider : le Centre Bell est entrée dans une drôle de cacophonie à laquelle les frères semblaient habitués. Nick Jonas, remarquant une affiche demandant la chanson Shelf, finit par dire : « Je suis désolé d’entendre ça [de jouer Shelf], mais je vais jouer ça pour toi. »

Jouant constamment sur la redécouverte de soi à travers tout le set, les Jonas Brothers ont indubitablement conquis le Centre Bell hier soir en plaisant aux admirateurs de longue date mais aussi en renouvelant son public. Le trio a habilement vogué parmi les SOS, Cool, Hesitate, Sucker et même Jealous et Cake by the Ocean, qui sont des compositions solo. Pour s’assurer de plaire au public (« OG fans », lancera même Nick), les Jonas Brothers ont proposé un condensé/mix de leurs différents succès de la dernière décennie. Un choix astucieux pour s’assurer que la soirée ne s’éternise pas. Et que le groupe ne s’épuise pas.

Du Jonas Brothers? On en redemande.

 

 

Bebe Rexha, férocement joviale

Pour cette branche de leur tournée mondiale, les Jonas Brothers sont précédés de 2 premières parties adaptées à leur auditoire.

Bebe Rexha n’a pas encore atteint la notoriété des Katy Perry ou Lady Gaga de ce monde, mais s’y approche au fil des années. L’Américaine multiplie les collaborations fructueuses, comme No Broken Hearts avec Nicki Minaj, Back to You avec Louis Tomlinson ou Say My Name avec David Guetta et J Balvin. L’artiste a par ailleurs été nommée comme Best New Artist au dernier gala des Grammys. En attente de son deuxième album, qui devrait paraître bientôt, l’artiste est coach pour le Comeback Stage de l’émission The Voice.

Bebe Rexha a offert une performance féroce. Ayant souvent le sourire aux lèvres, l’Américaine enchaînait ses succès électropop avec une maîtrise impressionnante de la voix. Cette voix été mise au défi durant toutes les chansons de la prestation, mais c’est lors de Hey Mama que Bebe Rexha a décidé de laisser chanter le public lors des parties les plus compliquées, une technique partagée par des grandes chanteuses comme Adele et Sia.

Les projections se voulaient une déclinaison sur un même esprit : le noir et le blanc et la sensualité. Le résultat donne quelque chose de varié mais tout de même cohérent, et qui adhère parfaitement à l’image stylistique sensuelle et revendicatrice de la chanteuse. Multipliant les danses (dont le twerk et le floss) et partageant une belle complicité avec ses danseuses, Bebe Rexha a invité un spectateur à monter sur scène, pratique qu’elle a effectué à chaque spectacle de la tournée.

Trop de bol (ou manque de bol), Rexha est tombée sur un danseur professionnel. Avant même de le savoir, il était facile de le deviner : l’homme partagait un dynamisme incroyable, créant même de l’ombre à Bebe Rexha. Cette dernière lui a tenu la main durant la seconde moitié de la chanson, histoire de rééquilibrer un peu l’attention. Rendu à un moment de twerk, le danseur s’est même avéré être meilleur que l’artiste. De quoi faire hurler la foule, déjà conquise il y a longtemps par la performance de Bebe Rexha. « What the F*** » s’est elle exclamée. « De toutes les personnes invitées à monter sur scène, il a été le meilleur. » Au final, Bebe Rexha a su montrer qu’elle était largement en contrôle de son espace et de sa musique.

 

Jordan McGraw irrégulier

Ce n’est que cette année que Jordan McGraw est apparu sur les radars, et déjà bénéficie-t-il d’une première partie dans une tournée de grande envergure. Ayant une discographie très limitée, l’artiste compte déjà plus de 600 000 écoutes sur Spotify pour des chansons Met At A Party (avec Sarah Hyland), Too Good et FLEXIBLE. Cette dernière chanson a d’ailleurs une version remixée par T-Pain. Fait cocasse, Jordan McGraw n’est nul autre que le fils de Phil McGraw, plus connu sous le nom Dr. Phil. Ceci explique l’apparition de la personnalité télévisuelle dans le clip de FLEXIBLE, où figure aussi John Mayer, T-Pain et Joe Jonas.

Somme toute, la musique de Jordan McGraw gagne à être retravaillée : les paroles simplistes ont dû mal à bien résonner dans la musique entraînante, mais redondante de McGraw. Sur scène, il se révélait principalement statique et brouillon. Pendant une bonne partie de sa performance, le chanteur américain se faisait voler la vedette par ses musiciens, qui partageaient une fougue contagieuse. Force est d’admettre qu’assurer la première partie d’un spectacle d’envergure est une tâche ingrate, mais il serait bénéfique pour tous que McGraw cherche à forger sa propre voie, en explorant davantage sa propre personnalité artistique.

Il reste que c’est vers la fin que McGraw a vraiment pu rattraper la lenteur de sa prestation. Alors qu’il raconte une longue histoire sur l’amour de sa vie (histoire qui ennuie toute la salle par son côté quétaine – la fille derrière moi se met même à répéter tout ce qu’il dit avec une voix dramatique), McGraw arrête de manière sèche, en ajoutant finalement que cette femme l’a trompée. De quoi faire huer la foule, qui compatit chaleureusement avec le chanteur. Cette énergie sera gardée pour les deux dernières chansons, qui mettra un beau point final à sa performance à retravailler.

Il ne faudrait pas oublier de souligner que les interludes musicaux entre les différentes parties étaient assurés par un DJ du nom de Deleasa. Deleasa a multiplié les remix de hit d’hier et d’aujourd’hui (de Dancing Queen à Truth Hurts) pour s’assurer que la foule restait échauffée et dynamique. Une idée simple, mais très efficace.

 

Vos commentaires