Fred Fortin

Entrevue avec Fred Fortin | Ultramarr, un album qui ne manque pas de carburant

Fred Fortin c’est un peu comme du jeans ou du cuir de bonne qualité, ça passe à travers le temps sans se démoder et on ne se tanne jamais. C’est peut-être justement parce qu’il a toujours su rester fidèle à lui-même et ce, même au-delà des tendances, qu’il représente une valeur sûre au Québec. Avec son franc parler, ses textes vivants et ses mélodies enveloppantes, il a le don d’aller toucher une corde sensible à chaque fois. Son nouvel album n’y fait d’ailleurs pas exception.

Ce cinquième opus a été composé entre le Lac St-Jean et Montréal, entre deux shows de Galaxie et un épisode des Beaux Malaises. On est prolifique ou on ne l’est pas! Ultramarr a été enregistré aux côtés des Barr Brothers et de son fidèle acolyte, Olivier Langevin. La touche des Barr Brothers est d’ailleurs indéniable.

Fortin avait rencontré les deux frères à St-Prime il y a de ça quelques années. Ils avaient jammé et s’étaient alors dit que ce serait bien de faire un projet ensemble un moment donné. Apparemment ces paroles n’étaient pas tombées dans l’oreille d’un sourd. «J’ai commencé à penser à ca. J’ai essayé de trouver les tounes qui allaient dans cette direction-là, qui fittaient avec le casting mettons. Après un an ou deux, je les ai rappelés.»

Au départ, Fred Fortin ne savait pas s’ils allaient faire une chanson ensemble, ou deux ou trois. C’était simplement l’occasion de passer en studio avec des musiciens de talent et voir où ça pourrait le mener. Disons que le résultat est assez concluant alors que les chansons parviennent à transmettre l’énergie qui devait se trouver en studio cette journée-là.

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Photos par Karine Perron.

Comme toujours, il a composé son album dans son chalet de St-Félicien. Ses chansons ont été inspirées par les paysages d’hiver, aux abords de la rivière à l’Ours. C’est peut-être la neige lourde, les grands espaces et les sapins qui penchent qui lui soufflent son inspiration musicale. La force de la nature semble se dégager des morceaux à travers des grooves saisissants et maîtrisés à la perfection. C’est un album d’hiver qui vient avec le côté blues, folk et en même temps très intimiste. «La ville c’est un genre d’incubateur pour moi. J’attends tout le temps de retourner au chalet, en particulier pour la musique parce que le fait que les gens puissent m’entendre l’autre côté du mur ça me gèle direct. Quand je débarque dans ma cabane je suis un peu comme un chien que tu lâches lousse.»

Pour ce qui est de l’enregistrement, il y a une base qui a été enregistrée live. «Avec les Barr, on était tous dans la même pièce. Je misais beaucoup sur l’authenticité de la chose et l’ambiance qu’il y avait en studio. Plus tard, j’ai fait la rencontre de Joe Grass qui a ravagé tout ce qu’il y avait à ravager sur l’album. Même chose pour François Lafontaine, son apport s’est fait par après.»

L’auteur-compositeur-interprète tenait cette fois-ci à faire un album homogène où le rock ne s’éparpillait pas. Les morceaux se tiennent et se complètent les uns les autres. L’album est solide et suit la même ligne directrice du début à la fin. « J’ai sélectionné les tounes qui allaient bien ensemble. C’est facile de se perdre en composant. Des fois, il y a des tounes sur un album qui vont en éclipser d’autres et je ne voulais pas que ça arrive.»

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* Photo par Karine Perron.

Fred Fortin et ses personnages

Le fait de personnifier ses chansons lui permet de ne pas se limiter à lui-même. Il ne se gêne pas pour aborder des sujets crus et  jouer avec le flou qui peut exister dans l’imaginaire des gens. «Quand ils écoutent une chanson, les gens ont souvent tendance à attribuer les paroles à l’interprète. Alors je laisse la liberté aux gens d’essayer de discerner le vrai du faux.»

Fred Fortin se rappelle avoir travaillé sur des canevas de cinéma. À l’époque il admirait Robert Morin et la façon dont il amenait les sujets. Il voulait parler des choses de la manière la plus vraie, la plus brute possible. «Ce contact-là avec le langage m’a suivi dans la façon que j’ai de vouloir rendre la musique. J’écris comme je peux, avec une sorte d’espérance que ça ait du sens au bout de la ligne.»

Ultramarr

Le titre de l’album est venu sur le tard, en l’honneur de la chanson qui porte le même nom sur l’album. Un ragtime burlesque et enivrant où la voix rocailleuse de Fred se mêle aux notes de piano de Brad Barr. Ultramarr se distingue des autres morceaux tout en donnant le ton à l’album. La chanson en question est d’ailleurs très caractéristique de l’auto-dérision avec laquelle le chanteur aime tant jouer. Certains diront que l’album est sombre, mais il faut savoir reconnaître les nuances. «L’autodérision me permet d’extérioriser mes sentiments et de passer à autre chose. Tu ris de toé pis tu dis: ben oui regarde donc où ce que tu te ramasses encore. Pis après, ben c’est fini.»

Pour ce qui est des spectacles, il sera difficile de faire concorder l’horaire de Fred Fortin avec celui des Barr Brothers. Il sera donc plutôt accompagné de Sam Joly à la batterie, du claviériste François Lafontaine et de Jocelyn Tellier qui jouera le rôle de Brad et Joe Grass en même temps au lap steel et à la guitare.

 

Questions en vrac

Décris ton album en deux mots.
Ultra marre

Si ton album était une couleur il serait…
Je pense que ce serait un gros mélange de couleurs qui vireraient brun. Mais il y aurait aussi beaucoup de blanc pour la neige et un peu de noir.

Jeune, qu’est-ce que tu écoutais?
Les amis de mon père pis ma voisine me refilaient leur vieux albums passés de mode. Mais mes premiers vrais idoles ont été Michel Pagliaro et les Beatles. J’ai écouté ça en boucle.

Et aujourd’hui?
Récemment, j’ai eu un gros buzz sur les Beach Boys, Brian Nelson pis Kurt Vile. Sinon j’écoute du rock ‘N’ roll ben sloppy ou du jazz, mais je me ramasse souvent à écouter toutes sortes d’affaires quand les postes de radio commencent à lâcher dans le parc. Je zappe et je finis avec des vers d’oreilles en écoutant des tounes qu’on pourrait qualifier de quétaines, mais que je trouve bonnes pareil. Après ça j’men veux (rires).

Si tu pouvais collaborer avec n’importe quel artiste, ce serait qui?
Ray Charles, David Bowie, mais pour être plus réaliste Beck ou PJ Harvey

Si tu ne faisais pas de musique, qu’est-ce que tu ferais?
Probablement quelque chose d’assez simple comme camionneur, ou conducteur de pelle mécanique. Je serais dans ma bulle.

Qui t’inspire?
Beaucoup de gens, mais je dirais peut-être Stephen Faulkner ou Alex Jones.

Pour finir, quand tu vas au Ultramar ou au Shell, tu mets de l’ordinaire ou du suprême?
De l’ordinaire. Ben ben ordinaire.

Rappelons que l’album sortira le 18 mars prochain et est disponible en écoute intégrale sur icimusique.ca. Il sera également en spectacle le 6 octobre prochain au Club Soda.

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