Interdit les chiens

Entrevue avec Interdit les chiens | La liberté brute de l’improvisation et de la mémoire punk

Lorsque des musiciens d’expérience décident d’investir un studio sans plan précis, l’alchimie peut s’avérer surprenante. C’est exactement ce qui est arrivé au trio québécois Interdit les chiens, formé de Simon Trottier (ex-Timber Timbre, Ferriswheel, The Last Ex), Charles Blondeau et Cédric Martel (tous deux ex-Mauves, avec Alexandre Martel, alias Anatole, bras droit de Lou-Adriane Cassidy et grand frère de Cédric). Sors-tu? s’est entretenue avec les trois comparses qui sont revenus sur la genèse spontanée de leur projet, leurs nombreuses influences et cette passion commune pour la musique débridée.

Avant d’unir leurs forces au sein d’Interdit les chiens, chaque membre a parcouru du chemin. Simon Trottier évoque ses débuts à l’adolescence, vers 1994 ou 1995, au sein de formations punk rock et hardcore. « C’était vraiment influencé du punk rock puis du hardcore des années 1990 », explique-t-il, citant la découverte marquante de groupes comme Bad Religion, NoFX, Refused, Converge ou Drive Like Jehu. Des influences que l’on retrouve assez clairement sur l’album d’Interdit les chiens, d’ailleurs. Plus tard, des détours par le post-punk, le « OG emo » (Cap’n Jazz, Jawbreaker) et le post-rock à la Mogwai ou Godspeed You! Black Emperor ont continué d’enrichir sa palette sonore. Après avoir fait sa marque au sein de Timber Timbre, Trottier oeuvre ces derniers temps aux côtés de nombreux artistes, dont Philippe Brach et Maude Audet notamment.

De leur côté, Charles Blondeau et Cédric Martel ont aussi accumulé les kilomètres sur scène, notamment au sein du groupe Mauves. Cédric se remémore en riant ses débuts en autodidacte sur les instruments de son grand frère. « C’était vraiment l’histoire typique du grand frère qui disait : Touche pas à mes instruments. La première affaire que je faisais, c’était ça ». Étant gaucher sur des guitares de droitier, il a rapidement appris à jouer les cordes inversées. Une preuve parmi plusieurs autres de sa capacité d’adaptation à des projets divers.

La naissance impromptue d’un groupe en studio

Initialement, Interdit les chiens ne devait être qu’une session de création ponctuelle. Charles Blondeau, copropriétaire du studio Madame Wood à Montréal, souhaitait lancer un projet d’album exploratoire en trio. En réunissant Simon et Cédric, les trois musiciens ont directement sauté l’étape du local de répétition pour composer au fur et à mesure en studio.

Pendant neuf jours, le groupe a enchaîné les improvisations et les structures spontanées. Simon Trottier se rappelle qu’il avait au départ en tête une démarche expérimentale inspirée de l’artiste australien Oren Ambarchi. « Je pensais que je m’en allais faire ça. Puis, d’un coup, en studio, Charles me disait : On fait-tu une toune à la Minor Threat? Il nommait aussi Black Flag comme référence. Fait que je dis : OK, on s’en va là. »

Les influences de Sonic Youth, du noise rock et de la scène punk underground se sont rapidement imposées. Pour façonner un son riche et ample, les musiciens n’ont pas hésité à multiplier les chaînes d’effets et les amplificateurs. Comme le soulignent les membres du groupe, la plupart des morceaux ont été captés sur le vif, avec très peu de surimpressions (overdubs). Cédric Martel résume cette dynamique organique par une métaphore sportive :

C’était très basketball. Le ballon rebondissait, puis on se l’envoyait, puis ça devient un melting pot de tout ça.

C’est au fil du mixage et des écoutes que le trio a réalisé qu’il tenait là un véritable groupe. « On n’a rien forcé, c’est ça qui est le fun […] Dans toutes les sphères du processus, que ce soit de composer, mais aussi de jouer ou de sortir l’album, tout s’est fait naturellement », indique Simon Trottier.

Un univers sans prétention

Même le nom du groupe reflète cette approche décalée et instinctive. Charles Blondeau raconte qu’il l’a repéré sur un squat du quartier Centre-Sud à Montréal : « C’était juste écrit ça. Je trouvais ça drôle parce que, tu sais, ça se dit pas! C’est « interdit aux chiens » qui devrait être écrit sur les pancartes que tu achètes au Canadian Tire! »

Cette sincérité et cette simplicité dans l’approche se retrouve également dans le rapport décomplexé qu’entretient le groupe avec ses références musicales. Alors que certains groupes préfèrent cacher leurs inspirations, Interdit les chiens les affiche ouvertement, que ce soit dans les discussions entre les prises ou dans les titres de travail qui finissent parfois par teinter le morceau. Titres de travail qui sont devenus des titres officiels, comme Kim Gordon, Bruit sonique (référence à peine camouflée à Sonic Youth) ou encore Conduire comme Jésus (Drive Like Jehu). « Il n’y a pas de prétention. On ne veut rien réinventer, on veut juste se faire du fun », résume Simon Trottier.

Visuellement, l’album arbore une illustration réalisée par l’artiste et réalisateur Joël Vaudreuil, conçue dans le cadre d’un échange de services amical.

interdit les chiens pochette

Prochaines étapes

Après avoir rodé leur répertoire sur scène lors de rares apparitions cet été, soit au Pantoum à Québec et au Festif!, Interdit les chiens prépare ses concerts de lancement au Pantoum à nouveau le 15 octobre prochain, ainsi qu’au P’tit Ours à Montréal le 3 novembre. Alors que la musique instrumentale, le noise rock et les sonorités exploratoires trouvent aujourd’hui un écho de plus en plus favorable auprès des diffuseurs – allô Angine, merci pour tout! -, le trio aborde la suite avec sérénité et spontanéité, prévoyant déjà d’autres dates de tournée à venir.

Écoutez l’entrevue en intégrale :

Événements à venir

Vos commentaires