Fanny Bloom

Entrevue avec Fanny Bloom | L’après-guerre nommé Pan

Rendez-vous avec la pétillante Fanny Bloom au Luwan, lounge hipster-kitsch caché au coeur d’un quartier chinois bordélique. Boîte de nuit branchée de soir, le lieu est comme un petit havre de paix en après-midi, généreusement fenestré, au deuxième étage d’un resto louche. Un groupe d’asiatiques du troisième âge s’adonnent au tai-chi de l’autre côté de la rue. La blondinette chanteuse les observe entre deux discussions avec des journalistes, qui se sont succédé toute la journée pour lui parler de son nouvel album Pan

Photo par Manon Boquen.

Photo par Manon Boquen.

 

Elle se présentait en Apprentie guerrière sur son premier disque solo, il y a deux ansL’époque de La Patère Rose était résolue, et Fanny Bloom assumait désormais seule sa musique, à la fois angoissée et attirée par ce grand vide à remplir. « Je me cherchais beaucoup. J’étais insécure ». On imagine que l’accueil généralement favorable et un Félix pour l’Album alternatif de l’année ont dû aider à ranger quelques complexes.

« Maintenant que cette étape-là est faite, j’avais juste envie de me faire du fun, pousuit-elle, et je me suis permis de faire ce que je voulais. J’étais très confiante… sereine », lance-t-elle en observant par la fenêtre les aînés taoïstes toujours immobiles dans la même position que dix minutes auparavant.

 

Plaisir et intériorité

Sereine, mais lumineuse : c’est ainsi qu’on serait tenté de décrire Fanny Bloom ces jours-ci. Son nouveau disque regorge de chansons pleines de sincérité, de coeur et de plaisir. Le premier single l’est sans doute plus que tout le reste. Qui n’a pas entendu ce hit estival qu’a été Piscine, avec sa rythmique safari enivrante, son air tropical et sa trompette qui claironne les plaisirs de l’été.

 

Un immense succès, qui a rallié les radios commerciales, communautaires et universitaires à sa cause, plusieurs semaines avant sa sortie de disque. Un arrêt chez Pénélope par-ci, une présence à Belle et Bum par là, de nouveaux fans plongeaient tête première dans sa « piscine des beaux jours ». Voilà qui tapait le terrain pour la suite des choses. « Je le souhaitais, mais pas à ce point. Je trouve ça cool d’avoir pris le temps de mettre la table longtemps à l’avance, plutôt que d’arriver avec du nouveau matériel sans aucun extrait familier pour les gens. Ça me… ça me calme… »

Au niveau de l’écriture, elle puise toujours de l’intérieur, mais il en ressort moins l’énergie de la guerrière, et plutôt l’aspect paisible du Dieu grec de la nature à qui elle emprunte le nom pour son titre d’album. « J’aime m’inspirer d’histoires fantastiques, magiques », ajoute-t-elle, citant également Peter Pan parmi les grandes histoires qui l’habitent depuis belle lurette. On remarque une connotation de plus au titre…

 

Reprendre confiance

Bien que le disque regorge d’arrangements variés – on a même fait appel à un joueur de flûte de pan ! – les chansons proviennent de racines très modestes, de compositions dont les fondements reposent sur le chant et le piano. « Je suis arrivée avec quelque chose de plus complet, piano-voix, de A à Z. Des chansons qui pouvaient vivre d’elles-mêmes, qui n’avaient pas besoin des arrangements pour être bonnes. Après ça, avec parcimonie, on a rajouté des affaires. Parfois c’est devenu super gigantesque, mais je voulais garder la voix au centre de tout. Je voulais être dans l’oreille de la personne qui a ses écouteurs ».

Photo par Manon Boquen.

Photo par Manon Boquen.

Sa série de concerts solo en première partie d’Ariane Moffatt, puis de Coeur de Pirate lui ont permis de cheminer vers cette approche, où le plaisir de chanter dominait tout. « J’ai repris confiance. J’avais peur après La Patère. Mais le fait de côtoyer du monde comme Ariane Moffatt, de l’observer fonctionner, ça m’a vraiment montré qu’il n’y avait pas de stress et que tu prenais ta place comme tu as envie de la prendre. J’avais envie d’avoir du fun à chanter, d’arrêter de m’en faire et de me faire confiance ».

C’est aussi ce qu’elle souhaite pour la formule spectacle. Pas trop de flafla ; Fanny Bloom a envie de centrer son spectacle sur les chansons. « Je veux que ce soit un échange ».

Pour ce faire, elle se présentera sur scène en formule trio, avec ses complices Philippe Bilodeau et Stéphane Leclerc. Mine de rien, ce sera tout un défi de transposer le contenu de Pan à trois musiciens seulement. « Au lieu de vouloir recréer la patente au complet, le plus fidèlement possible, on va se donner un nombre d’instruments avec lesquels on veut travailler et on va refaire le show avec ça. On se met des contraintes, on va devoir transférer des lignes mélodiques jouées à la flûte de pan, par exemple, mais transposées au synth ou un piano. »

Fanny Bloom donnera quelques spectacles à l’automne dans diverses villes au Québec, dont trois concerts gratuits avec Fontarabie et Bernhari en octobre, à Montréal, Québec et Gatineau. La rentrée montréalaise viendra à l’hiver ou au printemps 2015.

La musicienne interprétera également la musique de la pièce de théâtre Constellations, qui sera présentée à La petite Licorne du 26 janvier au 13 février prochain, en direct sur scène pendant les représentations. Il s’agira d’une musique originale composée pour l’oeuvre lors d’un laboratoire avec les artisans de la pièce en novembre.

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