crédit photo: Marc-André Mongrain
Alessia Cara

Entrevue avec Alessia Cara par notre relève journalistique

La chanteuse pop canadienne Alessia Cara était de passage au Bluesfest d’Ottawa jeudi soir. Une très belle occasion pour faire appel à notre jeune stagiaire gatinoise du nom d’Ève Bérard, 16 ans, qui poursuit son projet d’explorer comment ça se passe dans le milieu de la musique, un an après avoir notamment interviewé Thierry Larose. Ève a rencontré Alessia Cara dans sa loge pour discuter de choses et d’autres.

Ève Bérard : Ton frère a réalisé le vidéoclip pour ta chanson You Let Me Down. C’était comment de travailler avec ta famille?

Alessia Cara : C’était vraiment bien. On ne sait jamais comment ça sera parce qu’on se chicane souvent mais ça s’est bien passé. Je ne savais pas comment ça allait se passer mais c’était incroyable. Nous avons un esprit créatif similaire. Il était super patient avec moi. C’est un bon leader et il est super gentil avec tout le monde sur le plateau. Quand nous faisions le montage ensemble, nous étions très collaboratifs. J’ai vraiment aimé l’expérience et j’aimerais bien travailler avec lui une autre fois.

 

E.B.: Comment te sens-tu par rapport à la nouvelle génération qui arrive dans l’industrie de la musique?

A.C. : J’appuie toujours les jeunes qui font les choses à leur façon, qui écrivent leurs chansons et qui brisent le moule d’une industrie où il est si difficile de faire sa place. Il y a plusieurs barrières et murs pour plusieurs artistes, donc c’est toujours bien de voir des jeunes défier ces règles-là – les règles non-écrites de l’industrie. Je suis toujours avec eux, c’est certain.

 

E.B. : Tu as certaines chansons comme Slow Lie et I Don’t Want To où la version finale est l’enregistrement original. Pourquoi as-tu choisi d’y aller plus acoustique pour celles-ci à la place d’une version studio?

A.C. : C’est une bonne question! Je pense que pour moi, ce qui fait qu’une chanson est bonne, c’est davantage comment elle nous fait sentir et moins la perfection de celle-ci. Je vais toujours choisir les émotions avant quoi que ce soit d’autre. J’ai essayé de réenregistrer ces chansons quelques fois, mais elles n’étaient pas aussi bien que l’enregistrement original. Parfois, tu ressens quelque chose et tu ne peux jamais recréer ce que tu éprouvais à ce moment-là. J’ai décidé de mettre les versions originales car elles donnent l’impression la plus honnête de l’émotion que je voulais donner à la chanson.

E.B.: Que préfères-tu du processus de création d’un album?

A.C.: J’apprécie tout le processus, mais je pense que ce que je préfère est faire les chansons. Je trouve qu’il y a une sorte de magie à entrer dans une pièce avec rien et en ressortir avec quelque chose qui n’existait pas il y a quelques heures.

Je trouve que les artistes ont ce genre de pouvoir magique et je trouve cela vraiment cool. J’adore aussi les chanter durant mes spectacles, annoncer mes nouveaux projets et voir les fans contents du nouveau matériel. J’aime vraiment tout le processus, mais pour moi, la création des chansons est la partie que j’apprécie un peu plus que tout.

 

E.B. : Les artistes disent souvent qu’ils ressentent la pression de faire quelques chose de mieux qu’avant, d’être le meilleur d’eux-mêmes, de se réinventer pour chaque nouveau projet. Ressens-tu cette exigence ou vas-tu avec ce qui te vient lors de la création d’un nouvel album?

A.C. : Je pense que c’est difficile de ne pas se sentir comme cela parfois, puisqu’on se compare toujours aux versions passées de soi-même. C’est plus compliqué de se concentrer sur l’Art quand tu as accès à l’opinion du public ou de gens qui ne te comprennent pas en tant que personne. C’est donc parfois difficile de ne pas laisser cela t’atteindre. J’aimerais que la réponse soit non, mais la vérité est que je ressens bel et bien cette pression. Mais j’essaie de la bloquer le plus possible. Pour moi, la meilleure musique vient lorsque je suis vraie, dans le moment. J’essaie d’être le plus honnête possible.

E.B. : Quelle est la chose la plus mémorable qui soit arrivée durant la création de ton nouvel album In The Meantime ?

A.C. : Il y a plusieurs choses qui sont arrivées, mais principalement le fait que nous étions en pandémie a été très marquant et je pense que c’est quelque chose dont nous allons tous se souvenir. Je vais toujours associer cet événement à l’écriture de l’album.

 

E.B.: Penses-tu que la pandémie rend cet album plus spécial?

A.C. : C’est certain. Parce que j’ai été forcée à penser à ma vie, car j’avais tout le temps au monde. J’ai pu réfléchir à mes sentiments toute seule et c’était épeurant, mais je pense que ça a rendu l’album meilleur. J’ai aussi pu travailler avec des producteurs canadiens à Montréal et avec d’autres gens que j’ai pu découvrir, avec la pandémie.

 

La pandémie a-t-elle changé la façon dont tu voyais In the Meantime ? En 2019, avais-tu un concept et as-tu complètement changé d’idée avec tout le temps dont tu disposais?

Oui, définitivement! J’avais le titre et le concept en tête, mais je pense que la pandémie et les choses que je vivais n’arrêtaient pas de changer durant 2 ans. Ce que je pensais que le projet serait au début a fini par complètement changer à la fin. Les événements ont définitivement changé le chemin que je voulais prendre pour In The Meantime.

E.B. : Je sais que tu écris toutes tes chansons et je me demandais : si tu avais à recommencer puis à écrire avec d’autres gens, ta discographie serait-elle bien différente qu’elle l’est déjà?

A.C.: Je ne sais pas, mais sûrement! Quand tu as d’autres gens avec toi, je suis certaine qu’ils ont des idées auxquelles tu n’aurais jamais pensé car nos esprits fonctionnent différemment. Je suis sûre que mes chansons seraient un peu différentes, mais j’ai l’impression que je suis bien avec le fait de ne pas savoir.

J’aime le fait que je le fais seule et que je dois me forcer pour changer des choses lors de l’écriture. J’ai l’impression que si j’avais quelqu’un, je compterais trop sur eux et je m’améliorerais moins. Parce que je le fais seule, je dois m’obliger à changer un peu ma façon de faire à chaque fois et créer quelque chose de nouveau. Par contre, je suis toujours ouverte et ça doit être agréable de travailler en groupe, mais c’est juste que, pour mes projets, je veux que mes mots soient les miens.

 

E.B. : Quelle est la chose que tu préfères lors de l’écriture de tes chansons?

A.C. : La chose que je préfère est que je peux prendre quelque chose que je ressens qui est presque impossible à expliquer et l’étirer sur 3 minutes. C’est comme plonger dans un aperçu d’une pensée et voir jusqu’où je peux l’amener et y mettre des mots. C’est toujours très amusant à explorer car les émotions sont très complexes et l’écriture me permet de me comprendre.

E.B. : Devrait-on s’attendre à une tournée solo bientôt?

A.C. : J’aimerais avoir une réponse et je me pose la même question. J’espère! Maintenant que les choses se sont calmées avec le monde, je me croise les doigts pour que je puisse aller présenter mon album. J’ai un sentiment que ce sera le meilleur album à faire en tournée parce qu’il y a beaucoup de chansons qui seront agréables à faire sur scène. Je suis contente de faire des festivals comme celui-ci, car ça me permet de revivre un peu la vie de tournée.

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