Angine de poitrine au Club Soda | L’apothéose d’un buzz inédit
« À part un disque de Céline, y’a-tu un produit culturel queb qui a été plus hypé et attendu que Angine? », demande un ami dans une conversation Messenger, quelques minutes avant l’arrivée de minuit vendredi, moment où le très attendu Vol. II devenait finalement disponible. On a beau chercher, on ne trouve rien.
* Plus de photos à venir très bientôt sur cet article…
Vendredi matin, c’est « La Journée Angine », et c’est la folie dans les disquaires. On passe au Atom Heart, sur Sherbrooke, coin St-Denis. Fabienk résonne dans le petit magasin, plus achalandé que d’habitude. Vingt minutes après son ouverture, le disquaire nous confie qu’il « n’a vendu que ça depuis qu’on a ouvert ».
Même son de cloche du côté du Backstore, sur des Pins, où Sarniezz joue. « Tu vois cette boîte? Ça c’est toutes des réservations. La seule copie qu’il me reste à vendre au public, c’est la dernière copie du Vol. I qui est là », m’explique Patrick Martin, grand manitou de ce magasin de disques, en pointant ses tablettes dégarnies où une pauvre copie solitaire de ce sixième pressage repose là, et pas pour longtemps. Sa boutique était ouverte depuis à peine une demi-heure.
On nous racontera plus tard que le nouvel album d’Angine de Poitrine s’est imprimé à 10 000 exemplaires en vinyle. Et que ce n’était pas assez pour en fournir à l’international. « En Europe, ils devront attendre quelques mois avant d’en avoir », souligne le gérant du groupe, Seb Collins, qui n’a pas chômé ces derniers temps.
La relationniste Larissa Souline est, elle aussi, dans le jus. Depuis trois mois.
En décembre dernier, la RP aguerrie apprenait qu’elle héritait du contrat de gestion des relations de presse d’Angine de poitrine. Pour le Québec. Et le Canada. Et, très vite, pour gérer un tsunami international, coordonner les demandes et référer aux bonnes équipes.
L’engouement qui entoure le projet Angine de poitrine dépasse largement les standards habituels de l’industrie musicale québécoise. Et même internationale. Larissa n’hésite pas à parler du « plus gros buzz » de toute sa carrière, pourtant riche de plus de deux décennies d’expérience. Elle a travaillé pour l’étiquette majeure Warner durant plusieurs années avant de se lancer à son compte. Dans les dernières bonnes années du CD. Des années où Phil Collins venait faire son tour en ville. Larissa l’accompagnait à Tout le monde en parle. Elle en a vu d’autres. Mais pas d’aussi intenses…
Ce qui frappe d’abord, c’est la vitesse à laquelle le phénomène a pris de l’ampleur. Si le projet suscitait déjà une certaine curiosité dans les cercles de mélomanes alternatifs en 2024 — petit rappel que nous avions fait une entrevue épistolaire avec eux à l’été 2024 —, puis plus largement les médias spécialisés et mélomanes à l’affût à l’été 2025, tout a basculé avec la diffusion de la session KEXP : « c’est passé de 20 km/h à 112 sur l’autoroute », résume-t-elle. Dès lors, les demandes ont afflué de partout : médias, festivals, créateurs, jusqu’à devenir presque impossibles à gérer. À un point tel que même des sollicitations prestigieuses, comme celle du New York Times, ont dû être refusées faute de temps.
Face à cette déferlante, l’équipe a fait un choix stratégique crucial : rester indépendante. Une décision qui permet de garder le contrôle sur le projet et de protéger la santé mentale des artistes, mais qui exige une coordination colossale. « Ça rentrait de partout », raconte Souline, qui s’est retrouvée à gérer des demandes provenant autant de Chicago que de Paris, tout en contribuant à structurer une équipe internationale.
Dans un contexte où chaque apparition est soigneusement calibrée et où le mystère fait partie intégrante du concept, Angine de poitrine réussit un exploit rare : transformer la rareté et la contrainte en moteur d’engouement massif.
Le spectacle qui met le feu aux poudres
Et en ce jour de lancement, c’est le premier show à Montréal, à guichet fermé bien entendu. Le Club Soda buzze comme on l’a rarement vu.
Aucune première partie n’avait été annoncée, mais on entendait entre les branches que deux groupes allaient s’y produire.
Finalement, c’était deux duos : Crabe et DVTR. Comme si on voulait exposer les fans d’Angine à une version plus expérimentale (Crabe) et une plus dansante mais punk (DVTR) des influences du fameux duo picoté. Pari réussi. Ce sont là deux duos qui bossent fort — mine de rien, Crabe soulignera bientôt 20 ans de carrière — et qui pourraient très bien trouver une niche à l’international si le spectre d’Angine ouvre les esprits et les goûts du monde entier envers du rock féroce mais inventif.
Puis, les héros de la soirée surgissent dans leurs beaux costumes picotés, et c’est la folie… L’ambiance est électrique!
Leur habituelle toile de fond mi-noire-picotée-blanc mi-blanche-picotée-noir est immense en arrière-plan, signe que la signature du groupe n’a pas changé, mais qu’on est passé à un autre niveau, une nouvelle ampleur. Deux triangles lumineux flottent au-dessus du groupe, et des centaines de triangles sont formés dans la foule par les mains des adeptes de ce nouveau culte irrésistible.
Il est comment, ce nouvel album? Sensationnel! La suite logique du premier, interprété avec encore plus d’assurance, produit avec encore plus de savoir-faire. D’ailleurs, ils (ou elles?) lancent le bal avec Yor Zarad et Angor, les deux derniers titre du Vol. II, que le public accueille avec la plus grande ouverture. La virtuosité et l’inventivité sont au service de la musique, et ça a dû rassurer les néophytes qui se demandaient si le phénomène Angine ne tenait qu’à une gimmick de costumes et d’excentricité momentanée.
* Photo par Marc-André Mongrain.
On tombera vite dans les « classiques » du très convoité Vol. I avec Tamebsz et Ababa Hotel pour le plus grand plaisir d’un Club Soda viré sur le top. Au milieu de la foule, le moshpit est vigoureux, mais dans le respect. Ça brasse, mais toustes s’y amusent ferme!
La sympathique Utzp, un peu plus, disons, klezmer (?), ajoute un vent de fraîcheur, avant que les deux « hits » d’Angine viennent clore l’heure et demie de spectacle : le nouvel hymne Fabienk, avec sa deuxième partie funky, qui rappelle presque une chanson que Daft Punk aurait pu écrire s’ils avaient été des robots rock au lieu d’électro, et le classique qui a tout lancé, Sherpa. Cette dernière est le prototype de ce qu’est Angine : une puissante aventure microtonale, qui monte en épingle à partir des fameuses boucles que Khn maîtrise si bien, malgré sa vue obstruée.
À 23h pile, après avoir absorbé l’adoration du public en liesse, les deux complices disparaissent sans rappel, laissant ses fans rassasiés.
L’Anginemania se poursuit, et le show de ce soir n’a rien fait pour tiédir cet engouement. On sait peu de choses de ces deux mystérieuses personnes qui se cachent derrière les personnages, mais on en sait assez pour comprendre qu’un succès monstre a frappé deux musiciens travaillants, qui ont affiné leur concept et perfectionné leur art comme il se doit, et que ça ne va pas ralentir de sitôt. Heureusement, tout semble indiquer qu’ils sont parfaitement entourés pour réussir à surfer cette vague sans se laisser engloutir, en toute indépendance.
On le prédisait en décembre dernier, lorsqu’on a nommé Angine de poitrine Groupe de l’année 2025 : 2026 est l’année d’Angine de poitrine.
Prochains arrêts : le Pantoum à Québec, un autre Club Soda, plein de shows en région, une Place des festivals cet été et quelques festivals dont le Bluesfest d’Ottawa où il sera possible de voir si l’engouement dépasse nos frontières. On y sera pour en témoigner!
Photos en vrac
Angine de Poitrine
Crabe (première partie)
DVTR (première partie)
- Artiste(s)
- Angine de Poitrine, Crabe, DVTR
- Ville(s)
- Montréal
- Salle(s)
- Club Soda
- Catégorie(s)
- Art punk, Art rock, Experimental, Psychedelique, Rock,
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