Trevor Dunn à la Casa Del Popolo | Visite confidentielle d’un géant de la musique actuelle
Après une perfo à Toronto en trio (avec le batteur Nick Fraser) et un trip au Festival Fantôme de Quyon (45 minutes au nord-est de Gatineau), le bassiste newyorkais Trevor Dunn et la saxophoniste torontoise Sarah Ng terminaient ce tryptique de shows à la Casa del Popolo, pour trois longues improvisations mixtes ayant vraisemblablement pour thème « totale liberté pour deux barjots ».
C’est d’ailleurs dans cette même toute petite salle que votre scribe avait pu voir performer Dunn, il y a de cela plus de 16 ans, alors que l’un de ses groupes, MadLove, donnait l’un de ses rares concerts en carrière.
Or, on était bien loin du rock alternatif de ML, et encore plus éloigné des autres projets abrasifs nous ayant fait connaitre le bassiste (soit Mr. Bungle, Fantômas et Tomahawk, trois groupes pilotés par son pote d’enfance Mike Patton), qui s’arrête normalement dans des salles de la taille du MTelus.
En fait, hier au soir, la cinquantaine de spectateurs eurent droit à des musiques libres, rappelant ce que peut offrir l’émérite et éclectique monument du jazz avant-gardiste qu’est John Zorn, dont Dunn est un fier collaborateur.
À l’aide de leurs instruments classiques (contrebasse et saxophone), le duo Dunn-Ng improvisait des musiques à la fois dissonantes et feutrées, sans artifice et en toute simplicité. D’un côté, il y avait un sax effleuré, soufflé (pop!) ou torturé (crac!), qui hurlait toutes sortes de notes et de cris, parfois cinglants, étouffés, ou carrément stridents.
Et de l’autre, une contrebasse était malmenée par son maître avec un archet, des épingles à linge en bois (!) ou encore tous ses doigts, la slappant comme un forcené. D’autres rares sonorités en sortaient, lorsqu’il grattait ses cordes près des clés, ou qu’il frottait la frénétiquement caisse de résonnance pour la faire couiner.
Fort heureusement, il y avait beaucoup d’écoute entre eux. Un peu comme un concert de jazz où personne ne sait réellement ce qui va se passer, il fallait seulement se laisser hypnotiser, happer par le moment, et surtout guider par tous ces sons qui parfois semblaient incongrus ou discordants…
Après qu’un Dunn férocement habité ait terminé tout doucement la seconde (et assez longue) impro, Ng a semblée véritablement émue, tout comme l’audience, qui a longuement applaudi le contrebassiste. Bref, un concert qui requérait toute notre attention mais qui s’avéra ô combien gratifiant!
Quelques mots sur AC/CC
Également au menu, en entrée, il y avait une performance d’AC/CC, un quartette montréalais n’ayant pourtant strictement rien à voir avec le légendaire groupe australien qui était en ville cet été. Donnant non pas dans le rock de motards mais plutôt dans le bruitisme expérimental, AC/CC profitait de l’occasion pour lancer leur album Zombie Mugshots, devant une foule de conquis.es (qui semblait composée de famille, collègue et ami.es).
En fait, le ludique nom du groupe est formé des premières lettres des noms de famille de ses membres, soit Sarah Albu (voix ‘sopranoise’, aussi des projets SAVA et Oper’Actuel), Belinda Campbell (piano-clavier et parfois voix, également collaboratrice de pointures du jazz libre comme Joane Hétu et Guy Thouin), Marilou Craft (voix et machines; aussi des projets Nettles, Veiller le souffle) et Eric Craven (batterie, également de Tempête Solaire).
Albu papillonnait sur la scène avec ses faux-cils infinis et ses antennes, chantant, hurlant, ronronnant, susurrant ou déclamant des textes dans les deux langues officielles. De son côté, Craft confectionnait en temps réel ses narrations en mode spoken word saupoudrées d’effets spéciaux sonores produits par sa table de pédales. Un moment donné, un monologue à saveur astrologique « va faire du chiard dans le décor », avant qu’une sonnerie de téléphone ne retentisse et fasse place à une flûte à coulisse.
Bref, armée d’accessoires halloweenesques, la bande s’amusait ferme en interprétant ses compositions parfois groovy ou jazzy, souvent atonales, mais toujours empreintes d’un humour décalé.
- Artiste(s)
- Mr Bungle, Tempête solaire, Tomahawk, Trevor Dunn
- Ville(s)
- Montréal
- Salle(s)
- Casa Del Popolo
- Catégorie(s)
- Avant-garde,






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