crédit photo: Stephan Boissonneault
Puma Blue

Puma Blue au Théâtre Fairmount | Un hommage aux meilleures années du trip hop

L’artiste électro-jazz Puma Blue était de passage au Théâtre Fairmount en ce mercredi 4 mars pour présenter son plus récent album sorti le 6 février dernier, Croak Dream.

Croak Dream, dans la même lignée des albums précédents de Puma Blue, c’est jazz, c’est doux et fort à la fois, c’est parfois lent et d’autres fois rythmé, c’est langoureux, ça rappelle les meilleures influences du trip hop, son emblématique d’artistes britanniques phares comme Tricky, Massive Attack ou Portishead.

Le Londonien Jacob Allen, a.k.a. Puma Blue, accompagné d’un band composé d’un bassiste, d’un drummer et d’un claviériste-saxophoniste (on y reviendra, au saxophone!), est embarqué sur scène après être venu faire son propre test de son devant un parterre assez clairsemé pour un mercredi soir à la température aussi printanière.

D’emblée, Puma Blue a commencé fort avec la pièce titre de l’album lancé en février – Croak Dream, une des plus intéressantes à notre avis – et donnant le ton à une soirée qui s’annonçait probablement plus dansante que planante. Ce qui frappe dans un show de Puma Blue c’est certainement la voix de Jacob Allen, si riche, si profonde et quand même si claire et enveloppante en même temps; c’en est presque étonnant tellement la ressemblance avec la voix de l’album est identique et puissante.

pumablue stephanboissonneault 2* Photo par Stephan Boissonneault.

Le morceau est dansant, certes, mais également beaucoup plus rock que sur enregistrement, alors que les synthétiseurs et les ordinateurs laissent place à de vrais instruments en spectacle.

Rupture de ton pour les morceaux suivants, Puma Blue enchaîne Hold You et Soft Porn (de son premier EP, Swum Baby paru en 2017) alors qu’on se retrouve dans une ambiance langoureuse et trip hop jazzy, plus caractéristique du son de ses albums. C’est d’ailleurs à ce moment que le saxophone s’est fait entendre pour la première fois, nous rappelant qu’on a beau aimer le son organique des vrais instruments de musique, on peut jamais être préparé à une mélodie d’ordinateur remplacée par un saxophone, jamais.

Le groupe entame ensuite Too Much Too Much, encore plus douce, laissant toute la place à la voix de Jacob Allen, avant une belle envolée rythmée vers la fin du morceau, sorte de jam jazz de musiciens tout aussi méticuleux qu’en parfaite maîtrise de leur instrument.

S’en suit le moment purement trip hop du show. D’abord, O, The Blood est sûrement le morceau le plus Portisheadish de l’artiste de 31 ans, et la version live est tout aussi convaincante que la version sur Holy Waters, album sorti en 2023 (qu’on croirait pourtant être sorti en 1994 sur Dummy, très facilement). Puis Puma Blue enchaîne avec Mister Lost, dark, gros drum pratiquement industriel, voix travaillée avec reverb, les oreilles de Tricky devaient tinter tellement on entend les références à Maxinquaye, premier album du célèbre artiste de Bristol. Pour terminer la triade trip hop, Puma Blue y va de Hounds, hyper forte à la basse sourde et au rythme qui s’enflamme vers la fin (pis un gros solo de sax du pas-possible), morceau qui fitterait assez solidement entre Angel et Dissolve Girl sur Mezzanine de Massive Attack. C’était assurément le moment le plus fort du spectacle.

pumablue stephanboissonneault 4Photo par Stephan Boissonneault.

La suite du show fut plus édulcorée, moins convaincante. Pretty pourrait facilement figurer sur une compilation telle que Café Méliès Volume 78, très passe-partout mais somme toute assez inintéressante. Le début d’Oil Slick, le morceau le plus jazz du set, ne réussit pas à provoquer autant d’émotions que notre précédent trio de chansons trip hop. La balade Dream Of You caresse les oreilles mais manque un peu de souffle. On garde le même tempo mollo avec (Fool) puis Want Me, qui ferait sûrement partie de Café Méliès Volume 83, pour celle-ci.

Jacob Allen semble avoir pris une petite shot de caféine au Café Méliès parce qu’il reprend de l’énergie en enchaînant avec Desire, excellente pièce de Croak Dream, heureusement bien rendue, mais qui touche à peine le public, rendu trop mou après trop de balades. Ensuite, Bruise Cruise ne fait que confirmer que Puma Blue n’est jamais bien loin de faire partie d’une compilation de tounes génériques parfaites pour un établissement pour boissons brunes.

Évitant les rappels, Puma Blue termine avec Just a Phase, son gros hit de 2017, puis Only Trying 2 Tell You, parfaite pour donner le goût d’aller se coucher.

La perte d’intérêt en fin de parcours n’est dûe qu’à un mauvais choix d’enchaînements, parce que les musiciens étaient solides, les tounes étaient bonnes, et la voix d’Allen semblait vouloir nous avaler tout rond. Au final, Puma Blue mériterait de travailler son pacing de chansons afin de créer une montée dramatique et dynamique, certaines de ses pièces pouvant créer un réel effet de climax en spectacle, et nous téléporter lors des meilleures années du trip hop de Bristol.

Vos commentaires