Lucia di Lammermoor
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Lucia Di Lammermoor de Donizetti à L’Opéra de Montréal | Voix et musique sublimes mais mise en scène convenue

L’œuvre, qui a tôt fait de basculer dans la tragédie à partir d’un malentendu amoureux et de la fatalité qu’il provoque, se démarque du répertoire romantique du bel canto au 19e siècle en Italie. Et comme nous sommes à l’opéra, les deux rôles principaux mourront d’amour à la fin, mais ce sera après que leurs voix d’or nous auront éblouis complètement.


 

En phase avec la tradition

Lucia di Lammermoor, sur un livret en italien de Salvatore Cammarano, inspiré des écrits de Sir Walter Scott et composé en six semaines, a été créé au Teatro di San Carlo en 1835, faisant de Lucia l’un des plus grands rôles féminins du répertoire. Cependant, la production actuelle de l’Opéra de Montréal, dans la mise en scène trop conventionnelle de Michael Cavanagh, n’a rien pour rajeunir le public d’opéra.

En un peu plus de 25 ans, Gaetano Donizetti, né à Bergame en 1797, a composé plus de 70 opéras. Son dernier, Don Pasquale, remonte à 1843, culminant tout en haut de ces œuvres remarquables que sont restées Anna Bolena, L’elisir d’amore, Lucrezia Borgia, Maria Stuarda et bien sûr Lucia di Lammermoor, opéra en trois actes que plusieurs considèrent comme son plus grand accomplissement.

L’histoire de Lucia se passe en Écosse, dans un château froid et austère de la fin du 17e siècle. Enrico Ashton, dans l’intention avouée de redresser la situation financière de sa famille, se met en tête de marier sa sœur Lucia à Arturo, un bon parti selon lui pour y réussir. Mais il se trouve que Lucia est déjà éperdument amoureuse d’Edgardo, un Ravenswood, famille ennemie jurée des Ashton.

 

« J’éteindrai dans le sang cet amour impie dont vous brûlez », chante Enrico qui trouvera le moyen de faire croire à Lucia qu’Edgardo, malgré le serment d’amour éternel qu’ils ont échangé, la trompe avec une autre femme. Par dépit et sans amour, le mariage aura donc lieu entre Lucia et Arturo. La nouvelle de ce mariage arrangé poussera Edgardo, en mission en France, à implorer leur serment sacré, croyant que Lucia a trahi leur amour.

Lucia, qui finira par perdre la raison, tuera Arturo avec un poignard le jour même de leur mariage, pour ensuite dans sa longue robe ensanglantée mettre un terme à sa propre vie, comme par vengeance pour le punir ainsi que celui qui lui avait juré son amour. Devant l’ignominie de la mort de Lucia, Edgardo, inconsolable, d’un coup de sa dague s’enlèvera la vie à son tour, mais non sans avoir exécuté au préalable dans la douleur des airs sublimement mélodieux.

Le personnage de Lucia, avec sa partition extrêmement exigeante pour la chanteuse qui l’incarne, a été immortalisé par les interprétations grandioses de Maria Callas, de Joan Sutherland ou encore d’Anna Netrebko. Ici, c’est la jeune soprano coréenne vivant aux États-Unis, Kathleen Kim, qui se mesure à ce rôle colossal.

 

Toute menue et fragile qu’elle soit, la soprano en impose rapidement par la pureté et les nuances raffinées de sa voix riche. Dans la fameuse et si terrorisante « scène de la folie » à la fin, elle nous jette à terre par sa grande virtuosité. Il s’agit d’un début à l’Opéra de Montréal pour celle qui a été sacrée « révélation » par le Chicago Sun-Times et qui est invitée régulièrement à chanter au Met de New York.

L’autre grande voix de cet opéra est celle du ténor montréalais Frédéric Antoun, dans le rôle du valeureux Edgardo. Reconnu internationalement pour sa puissance vocale, on ne s’étonnera pas qu’il ait chanté sur les scènes les plus prestigieuses du monde, comme l’Opéra national de Paris, le Royal Opera House – Covent Garden de Londres, l’Opéra de Lausanne, le Festival de Salzbourg, le Met, l’Opernhaus de Zurich, ou encore La Monnaie de Bruxelles. « Maudite soit l’heure qui m’a fait t’aimer », l’entendrons-nous proférer.

 

Des premières pour certains

Pour chanter les rôles secondaires, la production s’est ouverte à une première fois à l’OdM pour trois chanteurs de renom, dont le ténor de Corée du Sud Mario Bahg, sous les traits du repoussant Arturo. Faisant tout autant leurs débuts à l’OdM, on retrouve le chef d’orchestre italien Fabrizio Ventura qui dirige ici l’Orchestre Métropolitain de Montréal tout en restant chef à l’Opéra d’État d’Istanbul où il reste attaché depuis près de 15 ans. Une première aussi pour le metteur en scène canadien Michael Cavanagh, et le concepteur des décors, le Canadien Robert R. O’Hearn ayant enseigné la scénographie jusqu’à sa mort en 2016.

Michael Cavanagh, qui a déjà monté Lucia di Lammermoor à l’Opéra de San Francisco, signe ici une mise en scène sans aucune surprise, sans bonnes idées scéniques qui viendraient rajeunir cette production en innovant avec une audace bien sentie. Sa mise en scène est lourdaude, archi-conventionnelle, et sans personnalité reconnaissable qui le distinguerait de ses prédécesseurs.

La même remarque s’adresse à la conception scénographique, consistant essentiellement en des colonnes nues du château où trône un immense escalier de faux marbre. On dirait ce décor sorti d’un entrepôt qui l’abritait depuis 50 ans, et qu’on réutiliserait sans le rafraîchir un tant soit peu.

 

Enfin il y a beaucoup trop de monde sur la scène de Wilfrid-Pelletier, tenant compte du Chœur de l’Opéra de Montréal et de ses quelque 40 voix couvrant tous les registres, auxquelles se sont même ajoutés cinq figurants. Le chef du Chœur depuis 2007, Claude Webster, est aussi un coach professionnel certifié en PNL (programmation neurolinguistique) et en hypnose, ce qui s’applique très bien au merveilleux monde de l’opéra qui ne demande qu’à se laisser réinventer avec originalité et audace pour attirer les jeunes et renouveler son public.

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