Francouvertes

Francouvertes 2016 – Soir 5 | Cy, Mon Doux Saigneur et Marie-Claire

Les Francouvertes se poursuivaient pour une cinquième soirée de préliminaires lundi au Cabaret Lion d’or. Au menu : le groupe folk/trad néo-écossais Cy, l’excentrique chanteur rock Mon Doux Saigneur et la rockeuse garage-yéyé Marie-Claire.

Cy

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Quatre sympathiques jeunes hommes lançaient la soirée, en provenance de la Nouvelle-Écosse. Une « ch’inzaine d’heures » de route pour 30 minutes de prestation, c’est du dévouement !

La première impression se confirmera tout au long de leur prestation : ce sont quatre gars de bonne famille, bien élevés, un peu polis sur les bords, mais éminemment sympathiques, et qui chantent très bien à l’unisson. Le jeu de guitares acoustiques et de mandoline est très fluide, le tout paraît très maîtrisé, bien préparé. On ne réinvente rien, mais puisque les compositions de Cy puisent dans les racines du trad des provinces Atlantique, il ne fallait pas s’attendre à un tourbillon de modernité.

L’un des guitaristes explique, à mi-chemin dans le set, que le nom est un diminutif de Célestin, genre de légende / personnage mythique qui « court après les filles et ne va pas à l’église ; un gars qui a de bonnes valeurs ». D’ailleurs, leurs interventions les rendaient plutôt attachants.

En somme, un peu trop gentil et propret pour déclencher les passions, mais tout de même bien fait et bien interprété.

 

Mon Doux Saigneur

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Emerick St-Cyr-Labbé n’est pas exactement ce qu’on appellerait une « bébitte de concours ». On dirait plutôt une bête sauvage, un peu réservée, mystérieuse. Ses chansons, en revanche, regorgent d’attitude, de phrases punchées et de couleurs, et son interprétation est assez explosive merci.

Il a de la gueule, le Saigneur. On le remarque d’ailleurs lorsqu’il se reprend d’avoir perdu un temps fou avec un pépin d’ampli en lâchant spontanément un « plus c’est croche, plus ça torche! », avant d’entamer Le Courant. D’ailleurs, les paroles chantées par St-Cyr-Labbé et celles inscrites sur les feuilles fournies au jury à titre de référence n’étaient souvent pas les mêmes, comme si au fond, les textes de St-Cyr-Labbé n’avaient jamais vraiment été couchés sur pages et que les chansons étaient des oeuvres libres, pas vraiment fixes.

Question de mettre de la viande autour de l’os, il s’est bien entouré : Etienne Dupré (qui nous semblait être l’un des membres de Caltâr-Bateau, qui jouait la semaine dernière sur cette même scène) bat la cadence avec conviction et abandon, alors que David Marchand (du très bon groupe Eliza) fait résonner la guitare électrique avec brio. La basse est assurée par Eliott Durocher (un autre membre de Caltâr-Bateau), alors que le violoncelle de Marianne Bertrand (qui semblait capoter un peu pour rien avec des problèmes techniques qui ne dérangeaient en rien son son) vient ajouter une petite touche de classe à l’ensemble. Cette dernière jouait avec Maison Brume, tout comme Dupré, sauf erreur.

Bref, un paquet de jeunes musiciens qui circulent d’un projet à l’autre se réunissaient pour servir les chansons de Mon Doux Saigneur.  Des bonnes chansons, surtout Ici-Bas, au groove irrésistible et à l’attitude un peu punk. Cette dernière se termine d’ailleurs par un jouissif « Y’en a qui jugent / y’en a qui s’amusent » à répétition, ce à quoi le public a réagi vivement (en contexte de concours devant jury). Inutile de dire que « ceux qui jugent » s’amusaient aussi fermement.

Superbe finale avec Mes Grandes Mains, en duo avec la violoncelliste : un texte poignant, chanté avec beaucoup de sincérité.

Il y a là, mes amis, beaucoup beaucoup de potentiel…

 

Marie-Claire

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Suivait Marie-Claire, fille de Sudbury installée à Montréal, qui fait dans le rock-grunge-garage, plein de fuzz et teinté de mélodies un peu rétro-yéyé.

Sur papier, les chansons paraissent fougueuses, frondeuses, mystiques. Elle y aborde le sexe sans détour, dans ce qu’il a de plus brûlant, de plus malsain, de plus primal, avec des tournures de phrases assez directes comme : « La nuit je joue avec mon corps / Quand le tien fait rien que semblant d’être mort », « Étends-moi sur ta table à manger / Et déguste-moi à petites bouchées » ou encore « Prends ton courage à deux mains / Je deviendrai ton festin / Prends-moi à deux mains / Sers-toi de mon corps / Serre-moi bien fort / Reste comme ça jusqu’à la mort ».  Pas que ça non plus : il y a de la tristesse, de l’anxiété, un spleen exprimé de façon assez confessionnelle.

Y’a des choses que je ne dirais pas en personne, mais qu’en chanson, ça passe mieux

Et pourtant, la jeune dame sur scène semble très timide, voire presque terrorisée d’être là. Le courant ne passe pas trop, en grande partie par manque de confiance. Elle est statique, fixe le fond de la salle et engage rarement le contact visuel avec le public. Son chant paraît aussi plutôt désincarné, comme si elle chantait les chansons d’une autre.

On souhaiterait un laisser-aller, que l’expérience pourrait bien lui apporter un de ces jours. Suffirait de s’abandonner, de laisser le corps et la voix canaliser l’esprit des tounes.

Pour l’instant, l’interprétation de Marie-Claire n’est pas au diapason de ses chansons pourtant assez intéressantes. Un EP (auquel nous avons eu accès en début de semaine) sera lancé en avril. Reste à voir si les shows évolueront pour rattraper la qualité de la musique enregistrée.

Verdict

Sans surprise, Marie-Claire et Cy ne font pas le Top 9 (qui mène aux demi-finales), mais Mon Doux Saigneur se hisse au tout premier rang !

Classement provisoire (après 5 soirs)

  1. Mon Doux Saigneur
  2. Les Passagers
  3. Édwar 7
  4. Caltâr-Bateau
  5. La Famille Ouellette
  6. Sarahmée
  7. Nicolet
  8. Miss Sassoeur & Les Sassys
  9. Dans l’Shed

Éliminés : Vincent Appelby, Eric Charland, McLean, Guillaume Mansour Expérience, Cy et Marie-Claire.

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