crédit photo: Christian Leduc

FME 2023 – Chapitre 2 | La renaissance de Karkwa (et autres concerts mémorables)

Le Festival de musique émergente de Rouyn-Noranda comptait dans sa programmation des musiciens d’envergure durant les quatre journées de sa 21e édition, en alliance avec les performances d’artistes émergents caractérisant l’événement. En plus de la Scène principale, des salles telles le Paramount, Le QG ou encore l’Agora des Arts, dispersées à travers la ville, animaient la municipalité d’Abitibi-Témiscamingue de cette magie musicale.

Pendant que Vincent Roberge, alias Les Louanges, performait sur la Scène principale en guise de clôture des événements SiriusXM, Karkwa s’apprêtait non loin de là à refouler les planches, le samedi, à 22h.

Pour leur quatrième spectacle depuis l’annonce de leur retour.

Seulement.

Autant dire que la venue de Karkwa constituait l’événement phare du FME.

Et ça s’est ressenti d’emblée dans la foule.

Une deuxième jeunesse

On ne devait pas être plus de 500 personnes.

Et pourtant, quelle chaleur étouffante régnait dans le Paramount.

Karkwa entre sur scène sous les acclamations, dans un éclairage à contre-jour ne laissant paraître que leurs ombres, interprétant le simple paru en mai dernier, Parfaite à l’écran, à la suite d’une longue introduction musicale.

Après avoir enchaîné sur des succès comme Le pyromane et L’acouphène, pour ne pas trop déconcentrer les plus nostalgiques d’entre tous, Louis-Jean Cormier invite la salle à lâcher prise, informant que le groupe jouera « pas mal de nouvelles tounes ».

Si l’image du meneur de Karkwa s’avère différente, armé d’une moustache somme toute assez bien fournie et d’une camisole blanche plutôt djeun, la musique proposée éloigne également les auditeurs ayant découvert l’artiste dans le courant de sa carrière solo : le groupe offre un rock puissant, parfois dur, ces longues séquences instrumentales révélant que, bien, ce sont des musiciens dotés d’une technicité tout bonnement hors de la norme.

* Photo par William B Daigle.

Dans leur quarantaine, on avait pourtant l’impression de revoir cette bande d’amis, ces jeunes adultes rêveurs du Cégep de Saint-Laurent, tant le quintette prend du plaisir sur scène sans retenue, sans gêne.

Et on pouvait aussi ressentir cette impression particulière qu’ils ne s’étaient jamais quittés.

Que cette pause entre Les chemins de verre et l’année 2023 ne se révélait au final qu’être un vulgaire effet Mandela, tant la chimie entre chaque membre opérait à chaque morceau, ces quelques regards complices jetés entre eux confirmant le propos.

La chaleur monte de plus belle (une petite mention aux claviers de Lafontaine teintés de folie, y jouant pour beaucoup!), Karkwa présentant plusieurs titres inédits entre quelques classiques de la formation, comme Moi-léger, Oublie pas, Les chemins de verre ou encore Le compteur; les musiciens sont en sueur, et le public compact également.

Après que la guitare de Louis-Jean Cormier ait rendu l’âme dans cette frénésie, vite remplacée, la formation montréalaise termine son passage avec 28 jours.

Sans surprise, le public en demande plus : L’échafaud, L’épaule froide et Du courage pour deux sont sitôt généreusement interprétées, le public remerciant le groupe, et vice-versa, après presque deux heures de concert.

Un joyau absolu de l’alternatif québécois.

* Photo par William B Daigle.

La voix et la guitare de Cormier, les claviers de Lafontaine, la batterie de Bergeron, la basse de Lamontagne sans oublier les percussions de Sagot.

Tout est parfait.

Pas à l’écran, plutôt sur scène cette fois-ci.

 

Le désordre achevé

Après trois soirées passées à la Scène principale, du jeudi au samedi, l’organisation du FME décide de s’éloigner du site pour tenir cette clôture du festival le dimanche 3 septembre à La Guinguette, salle de spectacle à l’allure d’une terrasse, au bord du Lac Osiko.

Les néophytes et les plus craintifs d’entre tous auraient pu penser que l’endroit ne saurait accueillir le même public que les trois soirées précédentes, bien que le FME sait ce qu’il fait d’un œil professionnel : aucune remarque au niveau de l’espace à noter dans le courant de la soirée, une grande partie des festivaliers ayant déjà sûrement repris la route vers d’autres contrées.

Suivant une performance sympathique du groupe alternatif-psychédélique Hippie Hourrah, Lumière, projet solo d’Étienne Côté, monte sur scène aux alentours de 20h45, accompagné du reste de son groupe.

Pétillant, extravagant, intrigant : nombre d’adjectifs sauraient définir cet artiste aux multiples facettes, en rappelant sa présence à la batterie du groupe Bon Enfant, aussi à l’affiche de cette première journée du FME.

L’artiste sait animer son public, habillé à la manière d’une star du glam du siècle dernier, tandis que ses chansons rappellent également le siècle dernier.

Lumière semble donner tout ce qu’il a dans le ventre sur scène, interprétant des morceaux de son dernier album, Glam, comme Rock band et Petit fruit, ou encore LA​.​BELLE​.​JOURNÉE 1971, tiré de son premier projet long.

On entend du Bowie, on entend du Queen (votre rédacteur perçoit une belle inspiration du morceau You’re My Best Friend sur le titre éponyme de Glam), du Charlebois aussi : tout ce beau mélange-là, ça donne du Lumière, ça donne du glam moderne, ça a le pouvoir de rendre les baby-boomers nostalgiques de l’époque.

Un nom que l’on verra passer dans les prochains mois plus régulièrement, à coup sûr.

* Photo par Christian Leduc.

Le génial Philippe Brach foule par la suite les planches, peu avant 22h, suivant un discours rassembleur vantant la réussite de cette édition, donné par Marie-Luce Doré, nouvelle directrice générale du FME.

Pour ceux et celles n’étant pas familiers avec le style de Brach, les premières secondes de sa performance permettent aisément de mettre le doigt sur le caractère du personnage.

« Les gens qu’on aime, vont tous mourir », énonce-t-il sur l’ouverture de son premier morceau, avant de rire abondamment sur un écho assumé.

* Photo par Christian Leduc.

L’artiste possède en lui cette touche excentrique, ce grain de folie, cette insolence qui lui apporte tout son charme.

« Ça fait du bien d’être devant un aussi beau set-up, devant un lac aussi pollué », ironise-t-il entre deux titres, par rapport aux soucis environnementaux de la ville de Rouyn-Noranda.

Sa façon de prononcer « FME » en un mot à la place de l’épeler, de demander d’ajuster le son en chantant, ajoutez à cela des problèmes techniques et son énergie inégalable, et vous vous retrouvez avec un spectacle fantastique, une performance mémorable, une sorte de mini-chaos profondément amusant.

« À date c’est la fois où on a joué le plus faux, mais c’est la fois où le monde sont le plus crinqués! », avoue-t-il avec entrain.

Brach interprète des classiques de sa discographie, Alice, Crystel, Né pour être sauvage, Dans ma tête, avant de retourner en rappel sur Belle journée, a capella et en claquant des doigts pour rythmer le morceau.

* Photo par Louis Jalbert.

Une clôture absolument parfaite.

À donner envie avec impatience de découvrir ce qu’il nous réserve cet automne en tournée.

 

Fier de ses racines

Pendant l’indémodable soirée rap du vendredi, accueillant tour à tour deux membres des Dead Obies, soit Greg Beaudin et 20some, puis l’omniprésent FouKi, l’artiste autochtone Elisapie donnait une performance à 22h, au Paramount, le même endroit où Karkwa se produira le lendemain.

Les éclairages au-dessus du parterre sont sublimes, des guirlandes rouges surréelles accrochées au plafond apportant cette touche à la frontière du réel et du rêve, à l’image du thème féérique de cette édition du FME.

De fait, l’artiste inuk sortira, d’ici une dizaine de jours, un album de reprises dans sa langue, l’inuktitut. Elisapie estime que la meilleure place pour briser la glace, c’est à Rouyn.

« C’est un album pour mes amis, pour ma famille », énonce-t-elle dans la même veine.

Si un projet entièrement constitué de chansons composées par d’autres pouvait en faire sourciller plus d’un, le contexte posé par l’artiste autochtone a le mérite de faire ravaler les mauvaises langues, expliquant certaines tranches de vie, comment ces chansons qu’elle chante représentent, valent réellement quelque chose pour elle.

L’atmosphère touche au planant Watsonesque.

Il est important de souligner la présence d’artistes autochtones tels que Kanen, Q-052, et, donc, Elisapie, dans la programmation du FME. Porté par un désir d’offrir cette visibilité d’une représentation la plus juste de la musique québécoise, il s’avérait impossible de ne pas inclure ces artisans artistiques des Premières Nations.

On espère pouvoir en apprécier de plus en plus à la radio, et sur scène.

* Photo par Dominic McGraw.

Si les origines autochtones d’Elisapie semblent guider une bonne partie de l’univers musical proposé par l’artiste, les racines abitibiennes de Philippe B se détachent singulièrement de la même manière.

Le samedi, à 20h, l’auteur-compositeur-interprète natif de Rouyn-Noranda tenait une performance à l’Agora des Arts, une salle splendide située à l’étage d’une église.

Chez lui, à Rouyn.

Une guitare sèche à la main, accompagné de musiciennes, Philippe B propose des morceaux à tirer les larmes aux plus grands cœurs de pierres.

* Photo par William B Daigle.

L’artiste parle de la campagne, il parle de sa fille, de « sa blonde », d’amour d’une manière plus générale, l’artiste enveloppe la salle d’un univers doux, profondément touchant et attendrissant.

S’accordant des passages pour expliquer le processus de création de son nouvel album, Nouvelle administration, paru en mai dernier, Philippe B donne l’impression de connaître son métier à merveille, les auditeurs venus l’écouter s’avérant si nombreux que les marches débordent de malchanceux n’ayant pas trouvé de place assise.

Après des interprétations de Last call et L’amour est un fantôme en rappel, le musicien se mérite une ovation debout, une partie du public fière de voir un artiste de la région réussir à ce point.

D’un point de vue personnel, l’un des artistes folk québécois les plus talentueux du 21e siècle.

Ne manquez pas notre troisième et dernier chapitre témoignant de notre passage au FME 2023 dès demain, avec nos découvertes et coups de coeur du festival. Des entrevues avec Lumière et le groupe belge Tukan seront également publiées prochainement.

Consultez aussi notre compte-rendu de la soirée d’ouverture par ici.

 

Grille de chansons de Karkwa, le 2 septembre au Paramount

1 – Ouverture

2 – Parfaite à l’écran

3 – Le pyromane

4 – L’acouphène

5 – À bout portant

6 – Gravité

7 – Miroir de John Wayne

8 – Nouvelle vague

9 – Moi-léger

10 – Oublie pas

11 – Dans la seconde

12 – Le compteur

13 – Dormir le jour

14 – Les chemins de verre

15 – Échapper au sort

16 – 28 jours

Rappel

17 – L’échafaud

18 – L’épaule froide

19 – Du courage pour deux

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