Christian Scott

Festival de Jazz de Montréal – Jour 5 I Christian Scott au Monument-National : brut et engagé

Christian Scott, de son nom complet Christian Scott aTunde Adjuah, est l’un des jeunes jazzmen les plus en vue d’aujourd’hui. Le trompettiste de 32 ans originaire de La Nouvelle-Orléans ne cesse de bouleverser les codes du jazz.

Trois ans plus tard, le public attendait de pied ferme le retour de la pépite du jazz à Montréal. Ce dernier brillait lundi soir sur la scène du Monument-National face à une salle comble, vêtu d’un costume rouge flamboyant qui nous rappelle la couverture de son dernier album The Emancipation Procrastination.

Photo par Victor Diaz Lamich

Stretch musical nombreux influences

Porteur d’un style nouveau qu’il qualifie lui-même de stretch musique, le double sélectionné aux Grammy Awards est influencé par un jazz à la rencontre du hip-hop et des rythmes traditionnels africains. Scott défend son style comme étant à la rencontre de plusieurs influences :

J’ai entendu certains qualifier notre approche ou notre musique de stretch. Il est vrai que nous essayons d’étendre, et non de remplacer, les conventions rythmiques, mélodiques et harmoniques du jazz pour englober autant de formes musicales, de langues et de cultures que nous le pouvons.

C’est dans ce mélange d’influences et de personnalités que s’est formé The Christian Scott Ensemble (trompette, saxophone alto, djembe et congas, batterie, contrebasse et claviers), un groupe métissé, engagé et dont la présence sur scène, humble et honnête, nous marquait lundi soir par la justesse de ses ensembles.

Christian Scott est le porteur d’un message fort et engagé dans la lutte contre le racisme et les discriminations qui s’opèrent, notamment aux États-Unis. Chaque morceau est introduit par un long prêche. Porté par un leader charismatique qui assume que son travail bouleverse les standards du jazz traditionnel, le groupe ne cessera de nous impressionner par la force de ses interprétations.

Photo par Victor Diaz Lamich

La puissance du Christian Scott Ensemble

On retient la vitesse et la puissance des morceaux qui s’enchaînent. Certains passages nous rappellent des influences be-bop par moments, et nous surprennent également par des duos de percussions à couper le souffle.

Peu de place est laissée aux solos dans cet ensemble, l’harmonie et le groupe prime sur l’individu. C’est explosif, rapide et brut. Le trompettiste nous marque également par sa puissance et son engagement sur scène, à en cracher ses poumons.

Christian Scott ne manque pas de souligner l’incroyable talent du claviériste Lawrence Field, sensible et très attentif, qui nous marque par la richesse de son répertoire, tout comme Weedie Braimah aux percussions, littéralement en transe à la fin du spectacle. Un véritable hommage à la tradition ancestrale africaine qui renoue avec les origines du jazz de la Nouvelle-Orléans.

Photo par Victor Diaz Lamich

On déplorera toute de même certains problèmes techniques dès le début du spectacle (son trop élevé pour le public et enceintes dysfonctionnelles pour les artistes). Difficile de penser que ce genre d’incident puisse se produire sur une scène comme le Monument-National, qui plus est, en plein Festival International de Jazz de Montréal.

Malgré les problèmes de sons qui semblaient gêner le trompettiste, on ressort de ce spectacle avec une véritable force et le sentiment d’assister à un vrai tournant dans l’histoire du jazz. Christian Scott est monstrueux, le public le sait et l’ovation est à la hauteur du talent de l’artiste.

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