Entrevue avec TVOD | Délire punk et orwellien
Demain sortira The Farm de TVOD, court de Television Overdose, un sextet post-punk en vogue de Brooklyn mené par Tyler Wright. Nous nous sommes entretenus avec lui alors que la troupe se produira le mois prochain à La Sala Rossa, sur le boulevard Saint-Laurent.
« Tous les animaux sont égaux, mais certains sont plus égaux que d’autres. »
Cette phrase vous dit quelque chose? Si vous avez lu Orwell, ou si vous avez pris Littérature 101 au Cégep, on se doute que oui! Partant d’une idée-centrale terriblement cynique de La Ferme des animaux, sorti en 1945, Tyler Wright, principal contributeur de TVOD, s’est alors inspiré du fameux roman pour livrer sa deuxième galette en deux ans.
Même la pochette de ce The Farm renvoie directement à un segment particulier du chef-d’œuvre de dystopie signé George Orwell (qui résonne encore 80 ans après sa sortie, souvent l’indicateur d’une référence du genre) : vous reconnaîtrez la Bataille de l’étable du chapitre quatre, première victoire militaire des animaux face aux humains, morts et enterrés! Les commandements satiriques des animaux les plus cupides du récit renvoient parfaitement à notre ère : The Farm de TVOD explore cette relation de plus en plus complexe que nous entretenons avec le pouvoir, la méfiance envers les élites, puis l’hypocrisie de ce monde qui semble devenir de plus en plus absurde. Les tissus sociaux s’effondrent, nous aspirons à quelque chose de plus simple, loin du tumulte citadin : mais même à la ferme, même isolé dans les régions rurales, personne ne peut échapper à la pourriture humaine! D’ailleurs, c’est dans une ferme qu’a pris forme la première mouture de l’album : écrit à Neufchâtel-en-Bray, le sextet se tournera ensuite plutôt vers le Royaume-Uni pour enregistrer The Farm, au Nave Studios de Leeds plus précisément.
On regarde la pochette, on la trouve intrigante, même un peu hypnotisante. Comment a-t-elle été réalisée, d’ailleurs?
« C’est un espèce de modèle réduit de train, un modèle réduit vraiment, vraiment tout petit, nous informe Tyler Wright. J’ai dû trouver comment assembler toutes ces différentes pièces de trains miniatures que j’avais trouvées sur Internet, puis imaginer un scénario. »
Un album-concept rock directement inspiré de La Ferme des animaux : tiens, ça nous rappelle un autre disque! L’un des 10 disques préférés de votre journaliste, soit dit en passant.
« Je ne sais pas si nous nous sommes beaucoup inspirés de l’album de Pink Floyd… Je pense plutôt que nos amis et les personnes avec qui ont a tourné ces deux dernières années nous ont majoritairement inspiré, comme Adult DVD, Balaclava ou La Sécurité [des Montréalais!] », sans que Wright n’oublie de mentionner ceux qui ne cessent d’influencer, auquel on ne peut échapper créativement des années après leurs sommets. Les grands, quoi, les incontournable : Iggy, Black Sabbath, Wire.
Brooklyn State of Mind
2019, les débuts officieux de TVOD : alors que Tyler Wright bricolait, seul, des pièces dance-punk sur ses cassettes 4-pistes, il finit par s’entourer plus les années passent grâce aux contacts et au bouche-à-oreille d’une scène brooklynoise tissée serrée. TVOD naît plus officiellement. Deux EP sortent dans le courant de la pandémie (Daisy, 2020, puis Victory Garden, l’année suivante), mais la troupe finit par se dévoiler plus concrètement l’année dernière avec son premier long jeu, Party Time.
Tous les membres entretiennent un lien fort avec Brooklyn, vivant dans cet arrondissement de New York ou y jouant la majorité de leur temps. Il y a 50, 60 ans, l’épicentre de la culture new-yorkaise se trouvait plutôt à Manhattan, tout particulièrement dans Greenwich Village. Bob Dylan, Patti Smith, Talking Heads, The Velvet Underground, les Ramones : une volée d’artistes légendaires, rien que ça. Ça gravitait autour du CBGB, du Cafe Wha?, du Mercury Lounge, un peu plus haut.
Mais embourgeoisement et gentrification obligent : ce qui est cool devient prisé, et ce qui devient prisé devient trop cher. Renversement culturel, il faut maintenant traverser le East River pour trouver les meilleurs groupes et artistes indépendants de la Grosse Pomme (pensez même à Geese, Big Thief, LCD Soundsystem).
« Il y a beaucoup d’argent dans le milieu artistique de Manhattan, et je ne connais même personne qui ait vraiment les moyens de vivre là, dit Tyler Wright. Je pense que les groupes de Manhattan sont probablement assez peu nombreux par rapport à ceux qu’on trouve ici, à Brooklyn. À moins d’être déjà extrêmement connu, tu ne feras pas de musique là-bas. »
De la scène brooklynoise, Tyler Wright a plusieurs recommandations pour vous, chers lecteurs : Balaclava, qu’il nomme à nouveau, mais aussi Firstsex, Big Girl (qui a d’ailleurs ouvert pour les Lambrini Girls), My Son The Doctor. « Il y a une offre infinie de groupes à New York. »
Un pour tous, et tous pour un
Accompagnent Tyler Wright dans le groupe : Jenna Mark (synthé, voix), Mem Pahl (batterie, piano, percussions), Denim Casimir (guitare, voix), Serge Zbrizher (guitare) et Micki Piccirillo (basse). Quand vient le temps de composer, Wright arrive avec ce qu’il pense être « la moitié de l’idée, 50% de la chanson », à laquelle s’ajoute l’autre moitié à partir de la contribution des autres membres de TVOD.
Six membres, d’ailleurs : on trouve ça conséquent! La majorité des groupes gravitent autour de trois à cinq membres, alors une demi-douzaine…
« C’est une bonne manière de pratiquer la démocratie! C’est génial d’avoir formé une grande famille, il y a tellement de monde avec qui échanger des idées, et chaque jour, c’est un peu la fête dans le van de tournée! Mais d’un autre côté, gérer un groupe à six personnes, ça peut devenir compliqué. Et arriver à ce que tout le monde se mette d’accord… parfois, il faut savoir lâcher prise sur certaines choses. »
TVOD se produira à La Sala Rossa le vendredi 20 novembre prochain dans le cadre d’un quasi festival, M for Mothland, qui réunira cinq projets musicaux sur la même scène en une soirée unique. Son album The Farm, deuxième offrande longue, sera lancée demain sur les plateformes d’écoute en continu et en format physique.
- Artiste(s)
- TVOD
- Ville(s)
- Montréal
- Salle(s)
- La Sala Rossa
- Catégorie(s)
- Alternatif, Art rock, Noise, Post-punk, Rock,

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