Entrevue avec Heat | Ici et maintenant

Le premier album du band montréalais Heat, Overnight, vient tout juste de paraître et ses membres sont aux anges. Avec cet album, ils parviennent à se réinventer et à enfin enregistrer un morceau qui a connu remodelage après remodelage. Le résultat est un son plus lourd, plus sombre, mais qui représente parfaitement la cohésion du band.

« Notre son a changé, je pense que ça se reflète bien dans les singles qui sont parus avant l’album, » assure Susil Sharma, le frontman du groupe. En effet, le EP était presque dansant, sonnait beaucoup plus optimiste alors que les plus récents singles Sometimes et Lush étaient plus rentre-dedans, plus sombres. On connait donc un changement d’atmosphère avec ce premier album. « Les thèmes principaux de l’album seraient les relations, la mélancolie, le remord, nos croyances. Le EP avait plus une vibe de party. En fait, si le EP c’est le party, l’album c’est le hangover, » plaisante Sharma. Quand vient le temps de discuter des influences musicales, à travers les noms mentionnés, on retrouve My Bloody Valentine, Siouxie and the Banshees, même Rancid et New Order.

Le band s’est non seulement confronté à un changement de thème, il a aussi dû changer de visage, littéralement, avec la venue de nouveaux membres aux dépends d’autres, ce qui apporte en soi son lot de tension. « En studio des fois c’était dark. On venait de changer notre drummer une semaine avant. Parce que c’est ça. Parce que ça marchait pas. C’est clair qu’il y a eu une genre de pression, pas nécessairement mauvaise, mais une pression inattendue. Ça reflète l’album, tout ce changement-là. On a vécu une semaine intense avec le nouveau drummer et le studio en tant que tel, c’était plus dur à gérer que prévu, » explique le bassiste Raphaël Bussières.

Heureusement, Heat a pu compter sur le support d’Alex Newport en studio. Le réalisateur anglais basé à Los Angeles a un curriculum vitae assez impressionnant, lui qui a réalisé les albums de Death Cab for Cutie, City and Colour et Bloc Party pour ne nommer que ceux-là. « Je l’ai rencontré à Los Angeles quand on était en tournée, raconte Susil Sharma. Il a vraiment semblé comprendre notre vibe. On a été très chanceux de pouvoir travailler avec lui. Il avait une vision qui se mélangeait bien à la nôtre. Je pense que ç’a vraiment aidé l’album à sonner plus grand. Il nous a guider vers des endroits, des sons où on ne serait peut-être jamais allé. » Newport leur a permis d’exploiter de nouveaux instruments, amenant une toute autre profondeur à l’album. « Il y a plus de synths, de voix féminines, plus de couches à notre son, poursuit Sharma. Des fois, je pense que d’être la personne qui a créé la musique, c’est dur de dévier de son idée, on perd cette perspective, donc d’avoir cette personne extérieure, ç’a vraiment aidé à aller plus loin. »

https://www.youtube.com/watch?v=lgIP_KeIqjg

Trouver sa place

Le EP Rooms avait été mis sur pied en cinq jours de studio. Pour ce premier album complet, le band a choisi de prendre son temps, de bien penser chaque riff, chaque strophe. Le répertoire de chanson a été longtemps pensé d’avance, même qu’un de leurs tout premiers morceaux, Chains, vient enfin de trouver sa place sur un enregistrement. Ce n’est pourtant pas un morceau qui traînait, mais bien un morceau pensé et repensé, même trop pensé. « Je pense qu’on s’est toujours dit, même au moment du EP, qu’elle n’était jamais prête, même si on se faisait dire que c’était un de nos meilleurs morceaux. C’était comme si à chaque fois, le son marchait pas, » explique le chanteur. 

Qu’est-ce qui a donc changé entre hier et aujourd’hui pour Chains? « Nous, on a changé. Notre son a évolué, répond Matthew Fiorentino, guitariste de la formation. Des fois, tu écris une chanson, et tu ne sais pas totalement ce qu’elle veut vraiment dire avant plus tard. Au niveau personnel, juste entre nous, même si ça marchait super bien, il nous manquait toujours un petit quelque chose. Et maintenant, ç’a juste cliqué. C’est un peu comme le snapshot du band qu’on est dans le moment. »

Expérience live

Le 2 février prochain, Heat lancera son album Overnight au Ritz P.D.B. Le band nous assure une expérience spectacle sans précédent. « On a vraiment hâte! On se tient en haleine en tant que musiciens en continuant toujours de se challenger. Donc on réinterprète nos chansons en live, on les déconstruit, » raconte Susil Sharma visiblement fébrile. « On change vraiment les versions des chansons, poursuit Raphaël Bussières. On fait ça pour se garder connectés à notre musique. Je pense qu’à chaque tournée, on va réinventer. L’album, c’est l’album, et le spectacle, c’est le spectacle. Il faut garder ça. […] L’expérience live est dans le son et dans le mood. On s’éloigne du standard ‘cette toune-là s’appelle bla bla bla et on la fait.' »

« C’est comme un autre album, le show live. On voulait pas une copie conforme, » complète Matthew Fiorentino. Le band entame sa tournée avec le lancement au Ritz P.D.B. avec des dates sillonnant le Québec, l’Ontario et les États-Unis. « On a eu beaucoup de temps d’anticiper l’album. Ça fait drôle, ça fait un an qu’on attend qu’il sorte… On a juste vraiment hâte d’aller le montrer à tout le monde, explique Susil Sharma. Je ne suis pas stressé de la réception, de toute façon, qu’est-ce qu’une critique peut changer pour moi? »

 

Vos commentaires