Entrevue avec Emily Haines de Metric | Romantiser le passé plutôt que de succomber à la nostalgie
Emily Haines voit dans la tournée « All The Feelings » beaucoup plus qu’un simple voyage dans le passé. Le mercredi 7 octobre prochain à la Place Bell, son groupe Metric, ses collègues de Broken Social Scene et ses ami-es de Stars se retrouveront sur scène pour une soirée que la chanteuse décrit comme un véritable « mini-festival ». Sors-tu? a jasé avec la leader de Metric de cette visite qui conclura une tournée de camaraderie entre copains et copines de la belle époque de l’indie rock canadien.
Pour Emily Haines, cette association entre trois formations qui ont profondément marqué la scène indépendante canadienne ne relève toutefois pas uniquement de la nostalgie. Au contraire, la chanteuse de Metric préfère parler de « romantiser » cette époque, évoquant ce mot soigneusement choisi qui sert de titre au plus récent album du groupe, Romanticize the Dive, paru au printemps dernier.
« Quand tu romantises quelque chose, je pense que tu lui rends hommage », explique-t-elle. « C’est définitivement la lumière sépia du recul, mais ça inclut tout le monde, même les gens qui n’étaient pas là. »
Une nuance importante pour une musicienne qui voit aujourd’hui une nouvelle génération découvrir le catalogue de Metric plusieurs années après sa création. Certains des jeunes spectateurs qui viennent aujourd’hui aux concerts du groupe n’étaient tout simplement pas nés lorsque Old World Underground, Where Are You Now? paraissait en 2003. Ou qui étaient bébés lorsque Haines écrivait Combat Baby!
Et c’est précisément ce qui rend cette tournée intéressante aux yeux de Haines : plutôt que de tenter de reproduire le passé, elle permet à différentes générations de se l’approprier. « Je suis beaucoup plus intéressée par le fait de romantiser que par la nostalgie, parce qu’il y a une tristesse dans la nostalgie », résume-t-elle.
* Metric au Capitole de Québec en 2022. Photo par Normand Trudel.
Trois groupes, un seul spectacle
La formule de la tournée contribue largement à cette impression. Il ne s’agit pas simplement de Metric en tête d’affiche avec deux groupes en première partie. Les musiciens des trois formations se retrouvent régulièrement sur scène, brouillant les frontières entre les prestations.
« C’est comme un festival, c’est comme rien d’autre », raconte Haines. « Nous sommes tous sur scène pendant tout le spectacle. » Elle donne notamment en exemple les collaborations qui se sont installées au fil des concerts : elle chante True avec Stars, des membres de Broken Social Scene rejoignent Metric, tandis que les musiciens des différents groupes participent aux chansons des autres. Elle cite également la chanson Anthems for a Seventeen Year-Old Girl, de Broken Social Scene, sur laquelle elle chante et qui avait marqué les esprits. « C’est tout simplement un morceau de musique très spécial pour nous, admet-elle. Et j’ai très rarement eu l’occasion de l’incarner et de me l’approprier à nouveau. La chanter avec eux tous les soirs a été une expérience vraiment profonde, surtout quand je repense à moi en 2001 et à ce que j’imaginais de ma vie, et à ces moments décisifs où les gens deviennent célèbres, où ils connaissent le succès, où les amitiés changent, et à tout ce qui s’est passé et que nous avons tous vu se produire à cette époque, pour maintenant la chanter à nouveau. »
La dynamique semble d’autant plus particulière que les trois formations ont évolué dans des cercles qui se croisaient constamment au début des années 2000, sans pour autant avoir eu souvent l’occasion de partager une tournée de cette ampleur.
« La hiérarchie disparaît. Il n’y a plus que cette soirée », décrit Haines. « Tout devient fluide entre les trois groupes. »
Et pour elle, le fait que cette tournée se termine à Laval rend le tout encore plus significatif. « Montréal est tellement proche de mon cœur, alors ça fait vraiment, vraiment du bien de terminer là », affirme-t-elle.
Avant les téléphones, il y avait les clubs
L’un des passages les plus intéressants de la conversation concerne justement cette époque que plusieurs fans de Metric peuvent aujourd’hui observer avec une certaine distance. Une époque qu’on serait tenter de… romantiser, justement!
Haines se souvient d’une période où les concerts en club constituaient des espaces beaucoup moins surveillés. Elle évoque les foules qui dansaient, le crowd surfing, les discussions politiques et sexuelles, mais surtout cette impression que le spectacle créait temporairement une bulle où tout était permis.
« Tu achetais ton billet, ils fermaient les portes, la salle était à nous pour cette période et nous étions tous libres », raconte-t-elle.
Elle se rappelle notamment avoir réalisé, lors d’un spectacle à Montréal, que cette réalité était en train de changer lorsqu’elle est descendue de scène et a vu un message texte faisant référence à ce qu’elle venait de porter ou de dire. « La salle n’était plus une salle », résume-t-elle.
Ce rapport à la surveillance permanente influence encore sa façon d’aborder les spectacles. Pour Haines, le problème n’est pas nécessairement de pouvoir être en désaccord avec quelqu’un ou de susciter des réactions. C’est plutôt le risque qu’un moment sorti de son contexte puisse circuler seul.
Questionnée à savoir si l’ampleur d’une salle comme la Place Bell ait un impact sur l’évaporation de ce sentiment de liberté, de safe space, elle dévie la responsabilité vers la technologie et l’omniprésence des captations personnalisées. « Ce n’est pas la taille de la foule qui compte. C’est le fait de savoir que ce n’est plus « ce qui arrive à Vegas reste à Vegas » », dit-elle, faisant référence à la liberté de parler spontanément sans craindre qu’un extrait isolé puisse ensuite prendre une vie complètement différente.
Retrouver l’essentiel
Cette volonté de regarder le passé sans chercher à le reproduire se retrouve également dans le nouvel album de Metric, Romanticize the Dive. Pour le disque, le groupe est notamment retourné à New York et a retravaillé avec le producteur Gavin Brown ainsi qu’avec John O’Malley, deux collaborateurs associés à Fantasies et Synthetica.
Mais Haines insiste : l’objectif n’était pas de refaire les anciens albums.
« Je n’avais pas l’impression que nous courions après le passé. J’avais plutôt l’impression que nous étions curieux de savoir quelle était la qualité qui avait permis à tout ça de durer », explique-t-elle.
Après plus de deux décennies avec la même formation et une dizaine d’albums, Metric cherche donc moins à retrouver une époque qu’à identifier ce qui demeure lorsque les styles, les vêtements et les tendances disparaissent.
Et cette longévité demeure elle-même un mystère pour Haines. Malgré les tournées exigeantes et les années qui s’accumulent, elle décrit la musique comme une sorte de « fontaine de jouvence », qui explique en partie comment les membres de Metric ont réussi à rester ensemble, avec l’alignement original intact, durant toutes ces années. Lorsqu’elle interprète aujourd’hui Combat Baby, chanson datant de 2003, elle affirme que celle-ci semble toujours inscrite dans sa mémoire musculaire. « Quand je joue avec ces gars-là et qu’on se synchronise, c’est comme si aucun temps ne s’était écoulé. »
C’est probablement ce qui résume le mieux l’esprit de cette tournée : trois groupes qui refusent de simplement rejouer leur passé, mais qui peuvent enfin le regarder ensemble, le transformer et le transmettre à ceux qui ne l’ont jamais vécu.
Metric, Broken Social Scene et Stars seront à la Place Bell de Laval le mercredi 7 octobre 2026, et il reste des billets par ici.
Bonus : Emily Haines au sujet de son rapport à Montréal… et au français (en français)!
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Écoutez aussi l’entrevue en intégrale (audio seulement) par ici :
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- Balado, Indie Pop, Indie Rock,

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