Charles Brunet (avec Anas Hassouna et Erickson Alisme) à la Salle Albert-Rousseau | Entre énergie délirante et fil conducteur introuvable
Lundi soir, la Salle Albert-Rousseau accueillait une soirée d’humour mettant en lumière la relève québécoise avec Charles Brunet en tête d’affiche, précédé sur scène par Anas Hassouna et Erickson Alisme. Une programmation qui promettait un regard frais sur une nouvelle génération d’humoristes, entre spontanéité, audace et désir de bousculer les codes établis. Dès l’ouverture du spectacle, la diversité des styles et des rythmes annonçait une soirée aux tonalités multiples, oscillant entre humour incisif, observation sociale et approche plus « casse-cou », presque trop improvisée…
Lorsque Charles Brunet prend la scène, d’emblée il lance que si la foule est réunie devant lui ce soir, c’est grâce à la toilette et aux téléphones cellulaires, expliquant que c’est en scrollant aux toilettes que plusieurs l’ont découvert sur les réseaux sociaux.
Revendiquant une carrière bâtie sans télévision ni publicité, il incarne une génération façonnée par le numérique et par une relation directe avec son public. Tout au long de son spectacle, il adopte un langage libre et volontairement irrévérencieux, ponctué d’une quantité importante de sacres qui deviennent rapidement une signature, mais surtout un irritant. Si l’énergie est indéniable et le potentiel réel, l’abondance de langage cru donne parfois l’impression d’un humour adolescent qui cherche a impressionner d’abord par la provocation.
Les sujets abordés s’enchainent rapidement: sa blonde bi et son attirance pour Roxane Bruneau, ses réflexions sur le dating, son faux diagnostic de TDA, ses souvenirs familiaux et son rapport particulier à son grand-père, qu’il décrit avec affection tout en utilisant un vocabulaire volontairement choquant (« vieux criss »).
Certains passages révèlent une sensibilité intéressante, notamment lorsqu’il évoque avoir choisi d’être l’ami de son grand-père plutôt que seulement son petit fils. Cependant, l’absence d’un fil conducteur clair donne parfois l’impression d’assister à une succession d’idées improvisées. Les dernières minutes du spectacle accentuent ce sentiment, prenant une allure presque improvisée où l’humoriste semble naviguer sans structure précise. Malgré des moments sincèrement drôles, l’ensemble gagnerait à être resserré et mieux articulé afin de transformer cette énergie débordante en proposition scénique pleinement aboutie.
Alisme et Hassouna davantage structurés et assumés
Erickson Alisme, deuxième première partie, proposait pour sa part un contraste marqué grâce à un numéro solidement construit et rythmé. S’appuyant sur son histoire familiale, il raconte avec humour la relation entre sa mère et son beau-père, qui a choisi d’entrer en relation avec une femme déjà mère de huit enfants.
À travers ce récit, il aborde les dynamiques familiales avec autodérision et efficacité, évoquant notamment le fait d’avoir grandi entouré de six grandes soeurs, une situation qu’il transforme en terrain fertile pour l’humour. Son sens du timing et sa capacité à faire évoluer ses anecdotes vers des « punchlines » précises témoignent d’une préparation rigoureuse. Un moment particulièrement drôle survient lorsqu’il entonne un extrait de Wannabe des Spice Girls en changeant les mots, déclenchant une réaction immédiate et enthousiaste de la salle. Sa présence scénique assurée et sa maitrise du rythme confirment une proposition humoristique claire et efficace.
Anas Hassouna, premier humoriste de la soirée, ouvre avec un numéro court mais incisif. Jouant habilement avec les questions d’identité et d’immigration, il évoque notamment une expérience positive de racisme vécue en tant que Québécois lors d’un voyage, opposant cette situation à celle vécue habituellement en tant qu’homme arabe.
Son humour, intelligent et jamais lourd, trouve un équilibre entre réflexion sociale et légèreté, notamment lorsqu’il plaisante sur l’importance des travailleurs immigrants dans la société québécoise. Sa performance, bien structurée et efficace, installe rapidement une connexion avec le public et donne le ton à une soirée marquée par la diversité des voix humoristiques.
Somme toute, cette soirée d’humour à la Salle Albert-Rousseau aura surtout mis en lumière les contrastes au sein de la relève actuelle. D’un coté, des premières parties solides, structurées et assumées, démontrant qu’une écriture précise et un fil narratif clair peuvent porter un spectacle avec efficacité. De l’autre, un numéro principal porté par une énergie indéniable et un potentiel réel, mais encore en quête de cohérence et de maturité scénique.
L’humour évolue, se transforme, cherche de nouvelles voix et de nouvelles formes, mais même la spontanéité la plus libre gagne à être guidée par une intention forte. Charles Brunet possède cette étincelle capable de séduire une génération entière; reste maintenant à canaliser cette fougue pour en faire un spectacle qui ne repose pas uniquement sur l’instant, mais qui laisse une empreinte durable une fois les lumières rallumées.
- Artiste(s)
- Anas Hassouna, Charles Brunet, Erickson Alisme
- Ville(s)
- Québec
- Salle(s)
- Salle Albert-Rousseau
- Catégorie(s)
- Humour,
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