Champs ouverts à la Cidrerie Milton | Les Mamans, Lafleur et les pommes
Aux petites heures samedi, on a quitté l’agitation quotidienne de la métropole pour une escapade vers Cidrerie Milton en Estrie, afin d’assister aux concerts solos en plein-air de Stéphane Lafleur (leader d’Avec pas d’casque) en formule matinée, suivi du concert d’Ingrid St-Pierre, en début de soirée. Ces deux moments étaient proposés par la Cidrerie, dans le cadre de sa série Champs ouverts, en collaboration avec le projet ESCALE Spectacles sur la route.
Le destin ( bon d’accord, c’est surtout notre GPS ! ) nous avait réservé une charmante surprise ce matin-là, nous guidant vers des chemins de campagne offrant des décors s’harmonisant parfaitement à l’ambiance créée par les oeuvres d’Avec pas d’casque. Bien qu’elle peut sembler clichée, notre expérience s’est véritablement vécue ainsi : La journée qui s’en vient est flambant neuve en trame de son pour accompagner lentement le lever de soleil sur une montagne au loin, les champs de maïs à perte de vue et quelques vergers ici et là, un champs fleuri, un petit pont traversant le cours d’eau d’un village, deux superbes chevaux noirs sortant d’une écurie… même l’odeur du purin y était !
Bref, un pur électrochoc nous rappelant l’essentiel, dans la simplicité de l’émerveillement ; nul besoin d’ajouter qu’on était déjà disposé à accueillir la poésie de Lafleur, avant même notre arrivée. On vous souhaite tous un moment comme celui-là un jour !
La dernière fois que Stéphane Lafleur avait chanté le matin devant une foule, c’était…
Prenant place vers 11h00 sur la scène éphémère qui offrait une vue sur le verger juste derrière, l’auteur-compositeur-interprète a débuté son concert en confiant au public que « la dernière fois que j’ai joué avant midi, c’était au Festif de Baie-Saint-Paul et c’était pour le lever de soleil. Il était 4-5 heures du matin, pis y’avait deux groupes de gens… facilement reconnaissables (rires) ».
Le chanteur, qui a célébré ses 50 ans au début de l’été, a enchainé avec le succès dont nous parlions plus tôt, sous un tempo plus lent et plus doux, accordant l’espace idéal à chacun de ses mots, toujours si bien choisis. L’artiste a prévenu les 200 spectateurs qu’ils n’assistaient pas à la naissance d’une carrière solo mais que c’était plutôt «une parenthèse», précédant le retour du groupe en studio, avant d’y aller de morceaux connus et certains, beaucoup moins, «dans leurs versions cuisine, leurs formules initiales quand je les compose chez moi ».
Quelques incontournables, dans le désordre : Mâcher tes bottes, Dommage que tu sois pris, j’embrasse mieux que je parle et Walkie-talkie, dont le refrain « Si tu savais, comme l’esprit d’un homme, peut faire du millage, sur pas grand-chose » résonne encore dans notre tête en écrivant ces lignes.
Puisque plusieurs familles visitaient la cidrerie pour jumeler concert + cueillette, Stéphane avait aussi pensé aux enfants, malgré que son répertoire ne s’y prête pas réellement. Il avait donc sélectionné Dans la nature, simplement parce que la pièce parle d’un ours. Ça lui a peut-être permis de rassurer quelques enfants attentifs, qui au début du spectacle se demandaient « Pourquoi il y a un monsieur bizarre à l’avant qui raconte qu’il mâche les bottes des gens ? ».
Se rappelant ses années de colocation, il a joué Margarine, « probablement la plus vieille chanson que j’ose encore jouer ». Excellente proposition puisque la voix de Stéphane, mariée à la guitare acoustique, résultaient en une texture sonore très agréable à l’oreille, malgré une poésie plus simple et plus brute, qui nous a fait soudainement réaliser son évolution en écriture depuis les années 2000.
Et avant de conclure un pacte avec le public à propos du rappel, le musicien a joué L’amour passe à travers le linge, une composition en réponse à un batteur d’un groupe très connu à l’époque (sans nommer de nom), qui avait assisté à un concert de son band et qui leur avait dit « C’est l’fun c’que vous faites, mais maudit que c’est déprimant! ». On espère que le batteur a entendu celle-là !
Bref, ce fût 75 minutes de pur bonheur!
Ingrid St-Pierre : La nostalgie de l’enfance… et des mamans aussi!
Cette immense autrice-compositrice-interprète trouvera toujours la façon de nous voler quelques larmes, même si c’était la troisième fois qu’on assistait au concert de cette tournée, même si on savait très bien où elle guiderait nos pensées et surtout, notre coeur.
Sous une météo parfaite frôlant les 24 degrés, sur fond de chant des criquets – et parfois, de quelques voitures qui devraient visiter un garage ! –, elle s’est déposée à ses claviers pour nous proposer un voyage dans le temps, dans son temps.
Ingrid St-Pierre est synonyme de sincérité et de la justesse des mots. On se disait à quel point son grand-père, bègue, devait être fier de voir grandir sa petite-fille à l’époque où ils partageaient des moments tout simples, mais encore aujourd’hui si précieux aux yeux de la chanteuse originaire de Cabano.
Ses mélodies au piano sont juste assez, la dose idéale pour accompagner des textes aussi vibrants : l’annonce d’une naissance, la main d’un enfant qui se détache subtilement de celle de sa mère, des photos de couple qui se décrochent avant de dire au revoir à la résidence familiale, des promesses qu’on n’a pas pu tenir parce que la vie en a décidé autrement. Samedi soir, les 400 spectateurs de toutes les générations ont été plongés dans leurs souvenirs, on le voyait, on le ressentait.
Remerciant avec humour le public de l’avoir choisie au lieu du concert de Céline à Paris, un vent d’automne l’a doucement accompagnée tout au long de cette magnifique soirée, agitant les voiles suspendues tout autour d’elle. Abordant le vieillissement sous un angle différent – « Je ne prends plus d’âge, je prends des détails » – en fin de spectacle, elle a invité toutes les tranches d’âges présentes, à tour de rôle, à l’accompagner sur le refrain de sa pièce Joailliers, un hymne adressé au grand privilège d’atteindre l’âge de la sagesse.
On gardera un très beau souvenir de notre passage à la Cidrerie Milton. Sincères remerciements à toute l’équipe de la cidrerie et plus particulièrement à Charlie Courchesne, pour son accueil chaleureux et les précieuses informations. À l’an prochain, on l’espère bien !
- Artiste(s)
- Ingrid St-Pierre, Stéphane Lafleur
- Catégorie(s)
- Acoustique, Canadien, Chanson, Contemporaine, Country, Folk, Francophone, Québécois,


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