Snoop Dogg

Bluesfest d’Ottawa 2014 – Jour 9 | Snoop Dogg, Childish Gambino, Deltron 3030 et plus

Le hip-hop se declinait sous diverses formes en ce jour 9 du Bluesfest d’Ottawa ; certainement la journée la plus achalandée de l’édition 2014, mis à part samedi dernier (Lady Gaga). De l’old school Snoop Dogg au jeune premier Childish Gambino, en passant par les blagues salaces de Bob Saget (!), il y avait de quoi en offusquer plus d’un, mais plaire à la majorité des jeunes gens réunis en grand nombre.

 

16h : Action Bronson

Sous le soleil cuisant, quelques centaines de curieux attendaient la performance d’Action Bronson sur la scène secondaire. Il s’est pointé au son de Silverado, avant de comprendre rapidement qu’il faudrait user d’audace et d’originalité pour marquer les esprits en ce samedi après-midi encore tranquille sur les Plaines Lebreton.

Alors il a quitté la scène. À travers la foule. Puis s’est dirigé vers la section backstage avant d’en ressortir en compagnie d’un garde de sécurité… à bord d’un bolide de golf !  (Après vérification photo, on constate que Del Tha Funky Homosapien se trouvait également à bord!) Et c’était parti pour un petit tour à travers les Plaines, tout en rappant, pendant que les fans suivaient le petit char en célébrant l’initiative. Comme une parade improvisée.

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Il s’est promené comme ça jusqu’à la scène principale, à plusieurs dizaines de mètres de là, avant de débarquer au beau milieu du terrain, accueilli en héros.  Maintenant pris au milieu de la foule, le voilà qui interprète The Rockers, clin-d’oeil aux lutteurs des années 1980 qui portaient ce nom – « Know I hit you with that dropkick, Marty Jannetty » -, suivie de Strictly 4 My Jeeps. Toujours à la recherche de la prochaine idée next level shit, il se dirige ensuite vers les toilettes chimiques et interprète un autre rap à bord de la petite cabine bleue.

À bout d’idées de mise en scène improvisée (et à bout de souffle également), il retourne finalement sur scène, mais l’objectif est atteint : le party a levé !  Un fan lui lance alors un gros joint, qu’il attrape habilement, l’allume puis le consomme. « Make some noise for druuuuuuuugs! »

Et ça se poursuit ainsi, dans un chaos relativement contenu. Force est d’admettre que Action Bronson n’est pas qu’un show de boucane, par contre : il rappe avec assurance des textes souvent bien ficelés sur des samples pour le moins variés, passant du vieux Queen à Phil Collins, ou encore Tracy Chapman. Original et rafraîchissant.

On attend encore son premier album complet officiel, qui ne saurait tarder apparemment.

Photo par GjM Photography

Action Bronson – Photo par GjM Photography

17h : Bob Saget 

Curieuse idée d’insérer un humoriste au beau milieu d’une programmation hip-hop.

On dit un humoriste, mais pas n’importe lequel : le légendaire Bob Saget. Oui oui : Danny Taller de Full House. Et l’animateur original des America’s Funniest Home Videos.

Pour ceux qui ne connaissent pas sa carrière d’humoriste, le choc a dû être brutal. « I can’t believe I’m making dick jokes. At 5pm. On a saturday. In Ottawa ».

Soixante minutes d’humour salace et tordu à l’heure du souper ?  Oui madame. Heureusement, l’humoriste était bien content de s’y trouver. « I love Canada, it’s one of my favorite cities ».

On rigole, mais il admet bien connaître Ottawa, pour y avoir travaillé vers l’âge de 22 ans, dans le désormais défunt club nommé The Hiccups. C’est là qu’il avait rencontré Norm MacDonald, ce qui a éventuellement donné lieu à un caméo dans le film Half Baked où il disait faire des fellations pour de la coke. « C’était une très mauvaise idée. Depuis ce temps, on m’arrête dans la rue ou à l’aéroport pour me dire, devant mes enfants, que je suce pour de la cocaïne ».

Le set de Saget contenait 30 minutes de stand-up semi-improvisé (et souvent savoureusement déplacé), un petit moment improvisé avec un jeune juif nommé Charlie qui s’exprimait bruyamment durant le spectacle et que l’humoriste a fait monter sur scène afin de lui « donner des conseils paternels », ainsi qu’une partie musicale un peu moins amusante.

C’était un pari risqué de miser sur l’humour, mais finalement, la foule a semblé apprécier ce changement de ton.

Photo par GjM Photography

Deltron 3030 et Awolnation

Le projet Deltron 3030 débarquait ensuite sur la scène secondaire. On les avait vus au Bluesfest il y a 2 ans, avec un orchestre et des éclairages « Deltron », mais cette fois, rien de tout ça. Un show plus brut, mettant en lumière les nouvelles chansons du plus récent album.

Menée par l’excellent MC Del Tha Funky Homosapien, la bande a pris du temps à démarrer et à intéresser la foule avec son funk-rap pourtant très convaincant, mais une fois que le plaisir était de la partie, ça n’allait qu’en s’accentuant.

Dan The Automator n’a pas beaucoup participé sur le plan vocal, mais les scratchs de Kid Koala étaient bien présents. Deltron a une fois de plus terminé le tout avec Clint Eastwood, succès de Gorillaz dont la version endisquée est justement rappée par Del Tha Funky Homosapien. La finale était délirante, avec Kid Koala debout sur sa table à scratcher à la verticale, la table tournante dans les mains comme s’il s’agissait d’une guitare. Rock’n’roll !

Photo par GjM Photography

Kid Koala en feu durant le set de Deltron 3030 – Photo par GjM Photography

Parlant de rock’n’roll, le seul groupe rock de la soirée se produisait ensuite : Awolnation. Prestation correcte, sans plus, et qui se terminait évidemment par le succès Sail, puis Burn it Down. On les a connus plus en forme.

Photo par GjM Photography

AWOLNATION – Photo par GjM Photography

20h : Childish Gambino

Le très populaire Donald Glover, dit Childish Gambino, suivait avec son rap beaucoup plus tendance et au goût du jour.

Ça commence très fort avec Crawl, et la foule est en délire. Il a beau se la jouer pretty boy sur scène pour plaire aux dames, avec sa chemise hawaïenne grande ouverte et ses petits mouvements racoleurs (presque cartoonesques), il n’y a aucun doute que Childish est un nerd de premier plan.

Photo par GjM Photography

Childish Gambino – Photo par GjM Photography

L’audace que l’on retrouve sur Because The Internet – qui n’a pas nécessairement plu aux puristes, l’album s’attirant des critiques aux antipodes – est bien présente en spectacle, surtout musicalemnet. Dans ses détours synth-trap ou encore jazz-rap, dans ses balades soul à la Frank Ocean ou ses moments old school, le rappeur est épaulé par une bande de musiciens solides, qui donnent du mordant à la musique, pendant que Childish Gambino démontre avec brio qu’il est devenu un performeur extraordinaire.

Le rappel était plus ou moins réussi par contre : Glover a eu l’idée de se lancer dans un freestyle… Hmm… Pas des plus convaincants.

Quoi qu’on en dise, Glover voit grand avec cette carrière de rappeur, et sur ce nouveau spectacle, il se donne les moyens de ses ambitions. Visiblement, ils sont nombreux à le suivre dans cette aventure. Tant mieux, c’est mérité.

 

21h30 21h40 : Snoop Dogg

Du nouveau poulain au vieux cheval de course, on traversait deux générations entre les deux spectacles principaux.

Photo par GjM Photography

Snoop Dogg / Snoop Lion – Photo par GjM Photography

Avec à peine dix minutes de retard – il se fait vieux, le pitou – Snoop Dogg n’a pour ainsi dire rien jouer de récent : que des hits, avec son coolness habituel. Tout ça pendant que des escouades policières tentaient en vain de pincer les adeptes de la marijuana qui s’en allumeraient un gros en public. Ah ce bon vieux jeu de la chasse à la souris. Pas de chance pour messieurs les policiers : la foule était dense, et solidaire. Impossible de circuler tant il y avait des spectateurs partout. Et dès les premières notes, un smog s’est carrément formé au-dessus des Plaines Lebreton… Un autre petit constat d’échec pour la guerre aux drogues.

Quoi dire sur Snoop Dogg qui n’a pas déjà été dit… Son spectacle d’une heure et demie était de la bombe, multipliant les hits comme Gin & Juice, Drop It Like It’s Hot et Who Am I? (What’s My Name?), ainsi qu’une panoplie de reprises, de Dr. Dre à 2Pac, en passant par le classique Jump Around et l’hymne Young, Wild & Free de Wiz Khalifa.

Un petit discours pro-légalisation du pot, beaucoup d’amour et peace out, il était parti avant le coup de 23h. Vous l’aurez deviné : c’était un bon party, où il faisait bon grinder son voisin de droite en respirant la fumée secondaire.

Voilà qui concluait une journée à succès. Solide sur papier, solide en réalité.

Photos en vrac
par GjM Photography

 

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