Entrevue avec Duu | Une ode à la nature d’ici
Quatre ans de travail portent fruit ce vendredi 9 octobre : Duu, jardin d’Étienne Dupré, dévoile son deuxième projet long en carrière, Strobus/Banksiana. Au Club Pays, forteresse indépendantiste d’un Montréal rouge située sur la Plaza St-Hubert, l’album sera célébré en grande pompe demain à travers une installation multimédia alliant plaisirs ludiques et conférence. De fait : on célèbre l’album, les albums?
Sur les plateformes d’écoute, Strobus et Banksiana sont présentés comme deux entités différentes, avec des pochettes distinctes. Mais l’un ne va pas sans l’autre.
« En fait, il y a vraiment un thème qui unit ces deux albums-là, qui est finalement le pin blanc et le pin gris, qui sont des arbres issus de notre patrimoine écologique. Le nom latin du pin blanc, c’est Pinus strobus, et le nom latin du pin gris, c’est Pinus banksiana. Les chansons du côté Strobus sont plus calmes, plus folk, c’est plus épuré, tandis que dans Banksiana c’est plus chargé, plus agressif, c’est plus rock, plus étrange, aussi », dit Étienne Dupré, lui qui flirte plus souvent qu’autrement avec le rock, justement membre du trio zouz, l’un des meilleurs groupes de la province juge votre journaliste. « On pourrait les écouter séparément, étant donné qu’ils ont vraiment des humeurs très différentes, les deux albums, [mais aussi l’un après l’autre] », poursuit-il.
D’accord, mais par lequel commencer?
« Dans l’ordre qui est suggéré par, admettons, toutes les plateformes de streaming, c’est Strobus en premier, puis Banksiana après. » On commence alors plus en douceur pour plonger vers quelque chose de plus mordant ensuite; voyez, c’est comme au bar, lorsque vous passez d’une blanche à une IPA. Vous ne feriez pas l’inverse, non?
Voir la vie en vert
Étienne Dupré est un amoureux de la nature, à qui il dédie une bonne partie de son projet. « Je trouve que c’est un savoir qui devrait être universel, mais qui est encore une niche. Je trouve ça vraiment pertinent de savoir le nom des arbres, le nom des plantes. Et en fait, mon projet, je le mène un peu pour pousser les gens à avoir le goût de faire la même chose. J’ai l’impression que ça m’a permis d’être une meilleure personne que de plus m’intéresser à la nature. Quand je me promène en forêt, je suis plus capable de comprendre ce qu’il se passe. »
« Il y a eu un moment où je me suis rendu compte qu’au-delà d’un passe-temps, la passion pour la flore québécoise, c’est-à-dire celle qu’on trouve en milieu québécois, elle est identitaire aussi », dit Étienne Dupré. Car oui, en plus d’une langue et d’une culture différentes du reste du Canada, le Québec possède des espèces végétales uniques sur ses quelques 1,7 millions de km2 de territoire. Si la flore québécoise vous intéresse, sachez que l’ouvrage Flore laurentienne du frère Marie-Victorin, malgré ses quasi 100 ans d’existence, est encore très à jour et constitue encore une référence – oui, c’est de là que provient le nom du projet néo-classique de Mathieu David Gagnon!
Ce n’est alors pas pour rien qu’Étienne Dupré a planté son drapeau au Club Pays pour le lancement de Strobus/Banksiana : indépendantiste dans l’âme, oui, mais ça dépend du projet de société proposé par le gouvernement élu, nous partage-t-il. Mais les gouvernements, on le sait, ça part et ça vient, contrairement à la nature (si on prend assez soin, évidemment. Une raison de s’y intéresser davantage, on la protège mieux en la connaissant).
Faire des ponts entre son public et le savoir de la flore, c’est tout sauf des paroles en l’air : demain à 17h, Gabriel Grenier donnera alors une conférence gratuite au Club Pays dans le cadre de l’événement de sortie de Strobus/Banksiana. M. Grenier est un expert des forêts québécoises depuis plus de 20 ans et a signé l’ouvrage Forêts anciennes : L’expérience du fond des bois : un orateur captivant quel que soit le degré d’intérêt d’une personne par rapport au sujet, d’après Étienne Dupré! Un livre complétant l’offre de l’album sera également en vente sur place, avec des images, vous vous en doutez, de la flore québécoise, ainsi que les paroles des chansons, des textes originaux et les crédits des personnes impliquées dans la conception du projet.
Et puisque c’est avant tout un événement pour célébrer une sortie musicale, une portion concert de Duu sera également au menu à 19h : trois chansons de Strobus, puis trois autres de Banksiana, pas plus. Pour attraper une version live plus complète du projet, Étienne Dupré donne rendez-vous à son public le 12 novembre à la Sala Rossa, pour un lancement full band de l’album double, présenté dans le cadre du festival Coup de cœur francophone.
Varier les cordes à son arc
Étienne Dupré est un homme actif : ayant réalisé les albums de Larynx, oui merci ou encore Embo/phlébite, il accompagne aussi comme musicien de session des projets comme Klô Pelgag, Mon Doux Saigneur et Lysandre, en plus de faire partie de zouz.
Et son projet à lui dans tout ça?
« Je pense que la place que Duu a dans ma vie, j’aimerais qu’elle soit plus grande, que je sois amené à faire plus de spectacles, avoir un plus grand rayonnement, mais c’est avant tout un projet de création personnelle pour m’épanouir, et pour essayer de trouver quelque chose d’intelligent à dire dans ce monde un peu tordu », nous partage le musicien.
- Artiste(s)
- Duu
- Ville(s)
- Montréal
- Salle(s)
- La Sala Rossa
- Catégorie(s)
- Alternatif, Art rock, Francophone, Indie Rock, Post-punk, Post-rock, Québécois, Rock,
Événements à venir
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