Begonia

Begonia à la Sala Rossa | Un soul-pop coloré qui fait rêver

Quand on réalise qu’on vit sa vie de rêve, est-ce qu’on se pince ou continue-t-on à songer ? C’est ce qu’aborde Begonia dans son plus récent album Fantasy Life (2026). La chanteuse pop-soul winpégienne et son univers scénique coloré et éclatant ont fait rêver le public montréalais jeudi soir.

Mais d’abord, place aux corsets noirs, aux chokers à pics et à la confiance débordante du duo de rappeuses Cartel Madras. Leur mission de « première partie » – réveiller les quelques 300 spectateurs de La Salla Rossa – est un succès ! Elles sont drôles et d’un grand naturel lors de leurs échanges avec la foule. « Vous êtes prêts à secouer vos fesses ? Rapprochez-vous de la scène, comme si on allait combler l’écart entre les genres », lancent-elles.

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Elles balaient la foule d’un regard incisif tout en débitant un trap essoufflant mais articulé, ponctué d’influences de house, de punk et d’électro industrielle. Les basses sont lourdes, faisant vibrer le sol et bouncer des têtes dans la foule. Dans leurs morceaux issus de The Serpent & The Tiger (2021) comme dans leurs titres inédits, elles abordent sans filtre l’identité sud-asiatique et la culture queer.

Changement d’atmosphère !

Une vingtaine de minutes s’écoule avant l’entrée de Begonia (Alexa Dirks), ce qui laisse amplement le temps aux spectateurs d’admirer le décor. À l’image de ses vidéoclips pour Deep Cherry ou Hotter Than the Sun, la scène est truffée de marionnettes, de fleurs colorées et, surtout, de vers de terre noirs géants aux yeux fluorescents.

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Sur fond de musique presque féérique, l’artiste arrive vêtue d’un ensemble jaune, enveloppée d’un tulle rose et coiffée d’une couronne de fleurs. Elle commence par prononcer un discours donnant un avant-goût de la soirée intimiste et bienveillante qui s’annonce.

Merci de passer votre soirée avec nous alors que nous explorons le banal et le magique, l’exaltant et l’accablant, l’illusion, le désespoir, mais overall, l’honnêteté, la joie et l’espoir. joie et un espoir sincères… et les vers de terre ! Un symbole de renaissance, un rappel que même les plus petits êtres ont un impact!

« Je vous demande de laisser vos soucis à la porte, de vous joindre à nous […] Mais n’oubliez pas, Warm Nation : aucun attouchement sans consentement, aucune homophobie, aucune transphobie, aucun racisme », conclut la chanteuse. Les spectateurs réagissent à presque chaque phrase par des cris d’encouragement.

Dès ses premières notes, le temps semble s’arrêter. La chanson In my lifetime pt1 est lente et aérienne. Sa voix soufflée et sa proximité microphonique, nous donnent accès aux détails de son chant. Le morceau ressemble à la chanson soul I’m Kissing You de la chanteuse américaine Des-Ree, de par son dépouillement instrumental (à part un doux piano). 

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Confidences à cœur ouvert

Cette douceur se retrouve aussi dans d’autres pièces comme Out of My Control, où elle aborde la pression sociétale liée à l’horloge biologique. Avant de l’interpréter, la trentenaire confie à son public d’où lui vient son inspiration : « On se dit : “Tu es censée avoir un bébé. Tu ne sais même pas si tu en es capable ou non.” Et puis, avec l’économie actuelle… », plaisante-elle.

L’auteure-compositrice-interprète raconte également l’anecdote derrière la chanson Crying de son précédent album Powder Blue (2023) avant de l’interpréter. « Il y avait cette personne en coulisses. Je portais une petite tenue. Elle m’a dit : « Tu es tellement courageuse. » Quand tu as un corps plus gros, lorsque les gens te disent ce genre de chose, ce qu’ils veulent dire en réalité, c’est : « Tu es grosse, tu portes quelque chose que tu ne devrais pas porter, mais tu l’as fait quand même et c’est plutôt cool. » On ne devrait pas du tout commenter le corps des gens ! », lance-t-elle sous les applaudissements approbateurs du public. 

Begonia chante à plein poumon son hymne de résilience. Une voix lisse n’est clairement pas son but. Elle se permet de crier sur certaines notes et de laisser craquer son timbre. C’est d’un naturel envoûtant, et la foule y réagit bien. 

Quand elle s’adresse à son auditoire, Begonia parle à toute allure, témoignant peut-être d’une certaine nervosité ? Mais ce côté maladroit et sa vulnérabilité la rendent attachante. 

Sa façon d’occuper l’espace reste timide, même lors des morceaux plus dansants. Ses mimiques – hocher la tête ou pointer du doigt – sont mignonnes, mais répétitives. Mais tout cela est amplement compensé par la puissance de sa voix. 

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On sent toutefois que la chanteuse winnipegienne se laisse plus aller au morceau de clôture rythmée Fantasy Life. 

 » Hard to admit I’ve been struggling for years

To gain some imagined respect from my peers

While living a life that a younger me only could dream of

[…] I live my fantasy life

I give it all every night « .

Plus expressive, toute sourire, Begonia ouvre grand les bras et les tend vers son public, dans cet ultime hommage à son rêve de la scène devenu réalité.

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