crédit photo: Noémie D. Leclerc et Hubert Lenoir. Courtoisie.

Entrevue avec Noémie D. Leclerc et Hubert Lenoir | Cinéma direct, musique directe

Demain sortira en salle le premier long métrage de Noémie D. Leclerc, écrivaine de Darlène, conceptrice de la pochette de Journal d’un loup-garou, et maintenant… réalisatrice à part entière. Dans l’ombre d’autres artistes pendant des années, Leclerc s’affirme haut et fort, enfin : La meilleure façon, c’est par accident est son bébé. Dans la lignée de son projet Pictura de ipse (2021), Hubert Lenoir, son amoureux, signe la bande sonore du documentaire, enregistrée avec les techniques de musique dite « directe » qu’il apprécie tant. Entrevue avec les deux tourtereaux à la Cinémathèque québécoise, où était diffusé le film en début de semaine en première médiatique.

Si notre monde à nous s’écroule, le monde entier s’écroule-t-il en même temps? C’est quoi, en fait, la fin du monde? Voilà la question qu’épouse Leclerc à plusieurs reprises dans son documentaire, alors que son monde à elle s’écroulait en 2021, année où son beau-père Joe est mort. Habituée à filmer tout et n’importe quoi, Noémie Leclerc s’est rendue compte trop tard qu’elle n’avait jamais filmé son beau-père. Sauf une fois, à huit ans. Et seulement une demi-seconde, par accident.

Voilà le point de départ de son premier long métrage, La meilleure façon, c’est par accident, une ode à la vie, aux petites choses, au banal. Tout est matière à un film, pense Leclerc, qui s’entoure d’amis proches et de famille pour alimenter le dialogue de son documentaire : une petite conversation sur un amour perdu, un plan peu stabilisé d’une plaine, des réflexions très personnelles sur la vie après la mort. Ce côté profondément DIY, voire brouillon, est pleinement inspiré d’un mouvement cinématographique appelé le « cinéma direct », qui a vu le jour en Amérique du Nord à la fin des années 50. Un bruit de vent « en trop »? Non, rien n’est « de trop » avec le cinéma direct! Rien n’est parasite.

« L’histoire se raconte au montage, dit Noémie D. Leclerc en entrevue. Je voulais voir où ça s’en allait, mais c’était vraiment une traversée du désert », ajoute-t-elle, informant que sa première cut faisait presque quatre heures (la version distribuée en fait finalement un tout petit moins de deux)!

« C’est un film que j’ai fait pour qu’il ait l’air facile à faire, explique Leclerc. Même, j’aimerais ça que le monde le regarde, puis en fasse un. »

affiche la meilleure facon c est par accident* Affiche de La meilleure façon, c’est par accident. Courtoisie.

Filmer la vie

Au tournant de sa trentaine, Noémie D. Leclerc dévoile son nom au Québec avec un projet plus audacieux, le sien. Autrefois au service de projets d’autres artistes, elle assume un statut complètement différent avec La meilleure façon, c’est par accident.

« Il y a un sentiment de pouvoir et de force incroyable à travailler dans l’ombre. Je ne sais pas pourquoi, mais moi, ça m’élève énormément. C’est vraiment un endroit que je chéris, parce que tout est permis, y’a personne pour te regarder, dit la jeune réalisatrice. Mais quelque chose qui me manquait énormément, c’était le travail d’équipe, la conversation, parce que tu n’as pas nécessairement l’occasion de vivre ça quand t’écris des livres, quand tu fais des vidéoclips ou quand tu fais des covers d’albums. En fait, j’avais le goût de vivre, j’avais le goût de prendre un pas dans le monde. Ça a été, je pense, motivé vraiment par mon besoin, aussi niaiseux soit-il, que c’est difficile de se faire des amis quand on est plus vieux. Puis la caméra, c’était vraiment un bon prétexte pour me faire des amis, pour passer du temps avec les autres, puis ma famille aussi. »

la meilleure facon c est par accident* Noémie D. Leclerc. Courtoisie.

La meilleure façon, c’est par accident est une œuvre profondément personnelle, avec laquelle certains connecteront énormément, d’autres moins. Noémie Leclerc sait qu’elle ne partage pas qu’un film-documentaire avec quiconque achètera un billet, mais bien une frange de sa vie.

« Il ne faut pas trop que j’y pense, avoue-t-elle. C’est paradoxal, je suis tellement fière [de mon film], pis j’aimerais que tellement de monde le voie. Mais il y a une autre partie qui voudrait tellement le garder pour moi. C’est du monde que j’aime, je veux les protéger de tout mon cœur, de toute mon âme. J’ai peur autant que j’ai hâte. »

Musique directe

Sur l’affiche, nous retrouvons un nom que nous connaissons bien, très bien. Hubert Lenoir, amoureux de Noémie depuis la fin de l’adolescence, musicien iconoclaste qui nous a livré Fille de personne, Recommencer et Dimanche soir. Ce même Hubert Lenoir que nous ne voyons plus beaucoup depuis 2022, qui s’affirme même en retraite de la vie publique. Dans la lignée de son petit chef-d’œuvre Pictura de ipse, Lenoir a composé la bande sonore de La meilleure façon, c’est par accident en y incorporant divers sons qui pourraient ne pas être jugés comme « musicaux ». Une tradition qu’il tient de l’Américain John Cage, un compositeur bien connu pour ne pas hiérarchiser les sons.

« J’ai pu partir de ce que les room tone me donnaient, parfois aussi des sons que la perche avait captés, pour construire la conception sonore et la musique de chaque scène. »

C’était dans une improvisation avec le rythme des sons de la vie.

* Hubert Lenoir aux Francos de Montréal, en 2022. Photo par Marie-Emmanuelle Laurin.

« Je pense qu’on aborde la musique, souvent, comme quelque chose qui te prend, qui te transporte ailleurs, puis qui te fait oublier ta vie. Ce que je voulais faire, c’est une musique qui agit comme un filtre sur ta propre réalité. »

« Les sons bruyants qu’on entend, le trafic, la ventilation, ces affaires-là, qui ne sont pas des sons de nature, qui sont des sons de la vie, c’est notre réalité aujourd’hui. Je voulais leur donner un angle en voulant dire : “check, c’est quand même beau, c’est en harmonie”. Il y a plus de musicalité et de rythme dans ta vie [que tu le crois], et je pense que c’est difficile de séparer les deux. Non pas parce que c’est une affaire qui est indissociable, mais tout est dans tout. L’un est un peu un miroir de l’autre dans une autre dimension. »

La suite pour Hubert?

Hubert n’a jamais arrêté de composer. Sa retraite s’applique seulement à ses sorties médiatiques et ses spectacles, mais la musique, « ce n’est pas quelque chose que tu peux mettre à off », dit-il. La vie publique le rend paranoïaque, de ses propres mots. Existe-t-il une façon de conjuguer un talent immense (ça, ce sont mes mots) sans être englouti dans une machine, une industrie qui reconnaît logiquement ce même talent? Hubert cherche encore à créer une démarcation claire entre les portions privée et publique de son art.

« C’est plus d’accepter que je suis à la fois béni par toute cette musique-là qui me vient en tête, et aussi cursed de par mon destin. »

La meilleure façon, c’est par accident sera distribué dans 17 salles de cinéma du Québec à partir de demain, vendredi 18 septembre. Vous pouvez notamment vous procurer des billets ici, dans le réseau des Cineplex, ou ici, dans le réseau Cinéma Cinéma (Beaubien et du Parc).

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