Aldous Harding au National | Artiste singulière en pleine ascension
C’est au National que l’énigmatique Aldous Harding a choisi de nous présenter les pièces de son plus récent album, Train on the Island. La chanteuse néo‑zélandaise y a offert un concert construit avec précision, où chaque pièce s’inscrivait dans une mise en scène minimaliste et maîtrisée. Notre collaborateur Pierre Langlois s’y trouvait. Retour sur une soirée exceptionnelle.
C’est sobrement et sans grande manifestation que Harding et ses acolytes se présentent sur scène. Elle s’installe au centre d’un demi-cercle formé par ses musiciens, chacun tourné vers elle, comme si la scène devenait le théâtre d’un rituel intime. Un silence poli s’installe dans la salle, troublé seulement par quelques cris isolés.
Baignée dans une lumière à contre-jour, elle prend une inspiration, embrasse du regard le lieu, ramène le micro vers elle et entame Train on the Island, le morceau-titre de son dernier album. Les premières notes de ce morceau, une petite figure de piano qui semble toute simple et épurée, installe une ambiance feutrée. Le motif est utilisé comme une pulsation répétitive ayant un effet hypnotique. Tout le long de cette pièce, Harding est assise et elle nous sert par moment une étrange chorégraphie mécanique, saccadée et volontairement désarticulée.
Sans dire un mot, elle saisit un de ses instrument à secouer (shaker), et c’est parti pour la deuxième pièce. Tout le long, elle tient l’instrument tout près de son visage avec une expression faciale presque vide. Percussion légère et arrangement dépouillé installent une nappe harmonique douce et nocturne. La magie opère, le public bouge tout doucement, bercé par son phrasé, parlé plus que chanté.
Viens ensuite One Stop, qui nous rappelle un peu Kate Bush : diction plus expressive et théâtrale qui change des pièces précédentes. Elle fixe les spectateurs comme elle a l’habitude de le faire, mais la lumière, constamment à contrejour, nous empêche de la croiser du regard.
Entre les pièces, pas de grands discours : un « merci » glissé à l’occasion, puis de longs silences, accueillis avec une étonnante bienveillance par le public. Ces instants de suspension semblent devenir de véritables moments de communion, où artistes et spectateurs partagent simplement le même silence.
Des pièces comme Treasure et Worms profite de cette ambiance. Des compositions d’une qualité exceptionnelle, qui touchent plus qu’elles n’exaltent. Harding semble totalement absorbée par son univers, elle nous envoûte avec sa voix cristalline et éthérée.
Tout le long de la soirée, la chanteuse révèle de nombreux états émotionnels parfois difficiles à cerner. Ce torrent d’émotions se manifeste sous la forme de chansons uniques, singulières, musicalement inventives et inspirées.
La dernière pièce de la soirée, Designer, est égal a tout ce qui a précédé, mais avec un petit cote jovial qui fait du bien. Un peu de joie avant de retourner à la maison.
On a pu constater qu’Aldous Harding est une artiste singulière : elle semble avoir compris que la musique ne réside pas seulement dans les notes, mais aussi dans les silences, ce qui est plutôt rare de nos jours.
Grille de chansons
- TRAIN ON THE ISLAND
- I ATE THE MOST
- ONE STOP
- TREASURE
- VENUS IN THE ZINNIA
- IF LADY DOES IT BY
- WORMS
- PASSION BABE
- LEATHERY WHIP
- SAN FRANCISCO
- WHAT AM I GONNA DO ?
- FEVER
- WARM CHRIS
- COATS
- ZOO EYES
- IMAGINING MY MAN
- DESIGNER
Photos en vrac
- Artiste(s)
- Aldous Harding
- Ville(s)
- Montréal
- Salle(s)
- Le National
- Catégorie(s)
- Art rock, Folk, Pop,








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